Discours d’Emmanuel Macron sur la francophonie, rien qu’en français !

Comme annoncé début février dans ces lignes, le Président a lancé, ce mardi 20 mars, son plan pour la grande cause nationale de la langue française. Hasard du calendrier, ou symbole particulièrement travaillé, ce jour correspondait au primus tempus – printemps, pour les déculturés de Najat Vallaud-Belkacem.

Mais un Macron, pas plus qu’une hirondelle, ne fait le printemps et son intervention n’a eu aucun écho dans la grande presse audiovisuelle. Car un événement autrement alléchant pour les journalistes fit l’exclusivité des informations – j’évite la facilité du « scoop » -, la garde à vue de Sarkozy ! Avec le feuilleton des démêlés héréditaires Smet-Hallyday en interlude…

À croire que la Chancellerie et ses juges se fichent pas mal de la revitalisation du français. Il est vrai qu’ils sont sans doute les derniers, dans nos institutions, à en faire un usage exclusif et sourcilleux, où les termes « pot-de-vin » ou « étranger » sont autrement plus incisifs que « bribe » ou « offshore » et parfaitement entendus et enregistrés par les clercs qui les assistent…

Autre symbole : c’est sous la coupole de l’Institut, face aux académiciens, mais devant un parterre d’invités illustrant bien en polychromie la diversité nationale et internationale francophone, que Macron prononçait un long plaidoyer explicitant les axes de son ambition. Lesquels sont :

– Retour aux fondamentaux de l’école
– Doubler le nombre d’élèves dans les lycées français à l’étranger
– Doubler le nombre d’étudiants étrangers en France
– Davantage de cours de français gratuits pour les réfugiés

Avec les trente mesures destinées à concrétiser son plan, il a ajouté un vibrant hommage aux enseignants de français, “ces héros bien particuliers qu’on appelle les profs de français” (sic). Sans être le moins du monde désobligeant ou taquin, il me semble que c’était bien une adresse subliminale mais élogieuse à son ancien professeur ; une certaine Brigitte Trogneux…

Cependant, si ces principes sont les piliers de son plan, les propos de son long discours – comme à l’accoutumée- et le motif officiel de sa présentation inscrit sur le pupitre élargissaient le champ de l’ambition. En effet, le slogan était “Une ambition pour la langue française et le plurilinguisme”. Ce qui demandait à l’évidence clarifications.

Pour ce que j’en ai entendu, je n’ai pas bien compris, mais je demeure modeste. Le plurilinguisme devrait permettre de lire des œuvres étrangères en français et vice versa. Comprenne qui pourra, car on peut constater que c’est déjà le cas. Le français aurait vocation à devenir « langue de traduction ». Sous une autre forme : « parler le français dans toutes les langues » ! Vous avez quatre heures pour développer l’argument !

En revanche, je salue la performance de l’orateur de n’avoir, contrairement à son habitude, utilisé aucun mot ou expression anglais et préféré, pour une fois, « entreprises innovantes » à « start-up » dont il nous rebat avec excès les oreilles, et fausses informations à « fake news », toujours d’actualité…

J’ai cependant compris qu’un de ses grands défis est de faire du français “une langue majeure d’échanges” tout en bousculant l’anglais, « langue hégémonique de l’économie ». Tenter d’imposer la nôtre au sein de l’Europe et ses institutions est logique, surtout avec le divorce de la Grande-Bretagne, ce qui sera néanmoins probablement ardu.

Espérons cependant, s’il réussit, qu’à titre de « retaliation », celle-ci ne traduise pas dans une version nationale la devise de la royauté inscrite depuis six siècles aux armoiries de la monarchie britannique : “Dieu et mon droit”.
Car, alors, c’est l’Histoire qui serait maltraitée…

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