Discours de politique générale pour le nouveau Premier ministre devant les députés. Un exercice traditionnel, auquel ne pouvait échapper ; comme il n’a pas échappé au traditionnel croc-en-jambe de Macron pour ses Premiers ministres : comme Édouard Philippe en son temps, Castex a eu droit à l’indélicate interview du Président, quelques heures avant sa prise de parole devant les députés. Et c’est ainsi que l’on achève de se convaincre du caractère éminemment politicien de la nomination du nouveau Premier ministre : surtout, ne faire aucune ombre à Emmanuel Macron, à deux ans de la présidentielle. Et faire pleuvoir les promesses et l’argent pour forcer la réélection du Président. 40 milliards pour relancer l’industrie, 6 milliards pour le système de santé, 20 milliards pour la rénovation thermique, 20 milliards de réduction des impôts dits de production, 100 euros d’augmentation pour l’allocation de rentrée scolaire, quasi-gratuité des restaurants universitaires, de l’argent pour l’économie verte en veux-tu en voilà…

Monsieur Castex serait donc un magicien, capable de faire pleuvoir les sous sur la France, d’ouvrir en grand une corne d’abondance qui déverserait ses milliards sur l’Hexagone… À aucun moment de son discours Castex n’a évoqué les recettes pour couvrir tous ces milliards dépensés : la BCE serait-elle une mine inépuisables pour les pays membres de l’Union européenne ? C’est nouveau… Les principes de base de la gestion budgétaire compteraient donc parmi les victimes du Covid-19 ? La réduction des déficits et de la dette, que Macron avait érigée au rang de priorité nationale il y a trois ans, ne servait donc à rien ? Bien sûr que non, mais l’élection se profile, la crise est là, va provoquer des dégâts immenses d’ici quelques semaines, et s’il n’ouvre pas en grand les robinets, Macron sera battu à plate couture, à tous les coups. Alors, il est urgent de faire croire à cet « argent magique » dont Macron en personne avait nié l’existence, il y a quelques mois, quand des manifestants lui réclamaient des largesses budgétaires. L’argent magique existe bien, tout compte fait, mais seulement en période électorale, quand le bateau présidentiel est en passe de faire naufrage.

Être Premier ministre est une immense chance, dans une carrière politique, elle fait rentrer l’heureux élu dans l’Histoire de notre pays. En la saisissant, M. Castex passera donc à la postérité comme l’un de ces transfuges de la droite qui, au lieu d’œuvrer à nous débarrasser du pire Président que la France ait jamais eu, est venu apporter son crédit personnel, sa connaissance des territoires, son autorité naturelle, son accent des terroirs au service de sa réélection. Par pur carriérisme, serait-on tenté d’ajouter. Et dans un des pires moments de notre Histoire, qui plus est. Nul doute que les générations futures ne l’en remercieront pas…

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