« Si l’argent ne fait pas le bonheur, rendez-le ! » disait Jules Renard. Aurait-il inspiré les quatre-vingt-trois millionnaires qui appellent aujourd’hui les gouvernements à taxer « immédiatement » davantage les plus riches de la planète, et ce, « substantiellement et de manière permanente » ? « Alors que le Covid-19 frappe le monde, les millionnaires comme nous avons un rôle essentiel à jouer pour guérir le monde », rapporte Le Figaro. Il serait sans doute plus opportun de laisser ce rôle à la médecine, mais je concède que c’est peut-être une déformation professionnelle…

Chez ces admirables philanthropes dénués de toute démagogie et plutôt modestes – parce qu’en réalité, la plupart sont milliardaires -, on trouve 67 Américains, 2 Néo-Zélandais et 9 Européens (puisque les 5 Britanniques n’en sont plus) et… un seul Français, mais apparu hier sur leur site ! Probablement parce qu’à moins d’être héritier, avec 47 % de pression fiscale, contre 26 % aux USA, devenir millionnaire en France est pratiquement réservé aux amateurs du Loto.

Mais ces altruistes étrangers ne pourraient-ils pas commencer par faire des dons ? Le monde est plein de laboratoires, d’unités de recherche, d’hôpitaux et de dispensaires de brousse auxquels il manque jusqu’aux seringues ou à l’encre des photocopieuses…

Et puis pourquoi ne pas plutôt s’associer pour créer un fonds commun qui aiderait l’émergence d’entreprises de recherche médicale, soutiendrait la formation, ce qui déboucherait sur des emplois ?

Non, ce qui les branche, c’est de tourner leurs petits bras implorants vers leurs États pour être plus imposés ! Ils devraient pourtant être bien placés pour savoir – et la gestion française du Covid-19 l’a brillamment illustré – que tout ce que font les États coûte deux fois plus cher et marche deux fois moins bien.

À croire que leur démarche pourrait leur apporter un (ou plusieurs) bénéfices secondaires qu’on vous laisse deviner. Mais s’ils veulent vraiment se faire essorer, la solution la plus simple serait quand même qu’ils s’installent en France.

C’est étrange, aucun n’y a pensé, mais ils illustrent bien la prophétie de Lénine : « Les capitalistes nous vendront la corde avec laquelle nous les pendrons. »

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