Alors que doit sortir, en mars 2022, une nouvelle adaptation cinématographique du Temps des secrets par Christophe Barratier, troisième roman des Souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol, revenons un peu sur le diptyque La Gloire de mon père/Le Château de ma mère réalisé par Yves Robert.

Sortis à deux mois d’intervalle en août et octobre 1990, les deux films transposent à l’écran les deux premiers romans des Souvenirs d’enfance de Pagnol et mordent un peu sur les suivants dans la conclusion du Château de ma mère.

Il faut savoir que Marcel Pagnol lui-même avait pour projet d’adapter ses romans au cinéma ; hélas, il n’en eut pas eu le temps, l’auteur mourut d’un cancer en 1974. C’est Yves Robert qui se chargea finalement de les mettre en scène.

La Gloire de mon père relate les premières années du jeune Marcel qui, d’Aubagne à Marseille, en passant par Allauch où il passe ses en à la « Bastide neuve », grandit selon le modèle d’un père (Philippe Caubère, exceptionnel) qu’il admire et idéalise avant d’en comprendre et d’en embrasser les imperfections. Avec Le Château de ma mère, c’est à Augustine Pagnol, la mère de Marcel, que le scénario rend hommage. Nathalie Roussel, d’une vulnérabilité bouleversante, prête ses traits au personnage et compose une figure maternelle archétypale, gracieuse, réconfortante, délicate mais finaude à la fois, presque évanescente, qu’une simple contrariété suffit à abattre. Déclaration d’amour émouvante d’un fils pour sa mère, le récit s’achève dans un épilogue d’une rare mélancolie qui inscrit à lui seul le diptyque La Gloire de mon père/Le Château de ma mère parmi la liste des plus grandes œuvres du français.

Si le premier film est celui de l’innocence, de l’insouciance et de la découverte des grands espaces, le second est celui de la maturité, des premières désillusions amoureuses et des premiers chagrins.

Le fil rouge entre les deux, ce sont évidemment les collines de Provence, désert sauvage de garrigue et de maquis que surplombe le Garlaban sous la lumière brûlante du soleil. Incarnées à travers le personnage de Lili des Bellons, jeune paysan-braconnier avec lequel Marcel noue une amitié virile « à la vie, à la mort », les collines offrent le cadre privilégié du récit ainsi qu’un parfait contraste au monde de certitudes dans lequel baigne, en ce début de XXe siècle, la pensée rationaliste, progressiste et moderniste de l’instituteur Joseph Pagnol. Marcel, contrairement à son père, ne cesse de se montrer ouvert au sacré, sa passion pour les collines ne peut s’expliquer autrement que par une forme de piété païenne – sa nature est foncièrement romantique.

Habitué des récits d’enfance – on pense à La Guerre des boutons et à Bébert et l’omnibus –, Yves Robert n’eut manifestement aucun mal à retranscrire à l’écran la passion qu’éprouva le jeune Pagnol pour ses paysages de Provence. Construit sur un mode épisodique, son récit rejette en partie la structure ternaire traditionnelle d’un scénario – c’est encore plus vrai pour le second volet que pour le premier. Cependant, le cinéaste parvient, par son génie de l’ellipse, son sens du cadre et du montage, à relier le tout de façon dynamique et vivante. Entreprise extrêmement périlleuse mais facilitée par une discrète voix off et par un accompagnement musical grandement inspiré – Vladimir Cosma compose, ici, l’une de ses plus belles bandes originales, laquelle traduit avec brio l’émerveillement contemplatif et le bouillonnement de l’aventure dans le premier volet ; puis la nostalgie et la douleur dans le second.

Éloge de l’amour filial et de la transmission, célébration de la nature, de la contemplation et de l’amitié franche et virile, ce diptyque n’a décidément rien pour plaire à l’époque ; c’est pourquoi, précisément, il faut le voir.

5 étoiles sur 5

1 août 2021

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