Voilà des jours, des semaines, même, si l’on excepte un jour ou deux d’accalmie, que le vent souffle en force avec des bourrasques si violentes que, parfois, l’on en perd l’équilibre ; un vent qui donne au ciel ce bleu de Provence qu’ailleurs on nous envie mais qui vide ici les plages où le sable vous fouette de mille piqûres. Un vent qui arrache les masques qu’on voit s’envoler sur les trottoirs… Alors, pensez, les fameux aérosols pleins de virus qu’on nous disait voler jusqu’à huit mètres de distance pour finir dans le nez des passants… Foutaise !

Et pourtant, disciplinés, les Français ne mettent plus le nez dehors, au vrai sens du mot. Marcheuse de l’aube, j’en croise ainsi qui, seuls dans la ville au petit matin, déambulent le visage couvert jusqu’aux yeux. De qui se protègent-ils, qui veulent-ils ainsi épargner ?

Loin des discours alarmistes, le recueil des chiffres auprès des épidémiologistes (enquête publiée par le New York Times) montre que « le chiffre réel des contaminations qui ont eu lieu en extérieur se situe sous la barre de 1 %, et pourrait même être inférieur à 0,1 % ». Autrement dit, le masque en extérieur ne sert absolument à rien.

Hélas, il y a longtemps, maintenant, que la peur a pris le pas sur la réflexion. Le Covid-19 et la tyrannie sanitaire ont fini de transformer les populations en troupeaux dociles et ce sale pli est de ceux qu’on ne défroissera pas.

Auteur d’une tribune dans le FigaroVox, Mathieu Slama s’inquiète de la nouvelle ère hygiéniste qui s’annonce quand le Premier ministre nous promet un avenir masqué – pour notre bien – et des mesures toujours plus liberticides et restrictives – pour notre bien également. C’est ce que Michel Foucault nommait « la biopolitique managériale », soit une société dont l’organisation n’est plus fondée « sur l’intérêt général et les libertés, mais un dispositif de contrôle des corps, des gestes et des visages ». Désormais, nous y sommes : « La gestion de la vie biologique devient la préoccupation première du pouvoir politique. » Quitte à renier les principes qui définissaient hier notre démocratie, par exemple la loi de 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public : « Se dissimuler le visage, c’est porter atteinte aux exigences minimales de la vie en société. […] La République se vit à visage découvert. »

Pourtant, en matière d’exclusion et de rejet, on ne peut faire mieux que le passe sanitaire dont la mise en place a été votée le 10 mai dans un Hémicycle quasi désert, ce qui témoigne de « l’effondrement intellectuel et moral de notre classe politique ». Après le confinement total, le couvre-feu et le port du masque obligatoire partout et en tout lieu, on va maintenant subordonner strictement la vie des citoyens à leur statut sérologique !

Aux termes de l’article 1er de la loi votée la semaine passée, « le gouvernement pourra, de façon discrétionnaire, exiger des Français qu’ils présentent un test antigénique négatif, un certificat d’immunité ou de vaccination pour vivre normalement et exercer leurs activités quotidiennes – trahissant la promesse de réserver le passe sanitaire aux seuls grands événements », souligne Rémi Tell, dans le FigaroVox. Ainsi, au prétexte de lutter « contre une maladie à laquelle ont survécu 99,97 % de l’Humanité », il « sape l’égalité quand il crée des citoyens de seconde zone, condamnés à la réclusion et à l’avilissement pour avoir refusé de s’engager sur le chemin damé par le bio-pouvoir ».

On ne peut donc, hélas, qu’adhérer à la conclusion de Rémi Tell : « Comme le XXe siècle a commencé en 1914, l’Histoire pourrait retenir du XXIe qu’il débuta en 2020-2021, années inaugurant une société durablement distanciée, rattachée à la vie par la seule existence biologique, et sous contrôle total des États acoquinés avec les géants du numérique. » Lesquels se sont engraissés comme jamais grâce à la crise sanitaire.

17 mai 2021

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