Les États-Unis sont agités depuis quelques années par une contestation montante contre la présence de symboles et de monuments commémorant les États confédérés indépendants durant la guerre de Sécession (1861-1865), assimilés à l’esclavagisme et au racisme par la gauche et les lobbys des minorités pour lesquels cette présence véhicule un message “discriminant”.

Bien que vaincus, les États du Sud ont jusqu’alors gardé vivace leur héritage confédéré : en témoignent les 718 monuments à la gloire des hommes politiques et des généraux sudistes, ainsi que les centaines de rues et d’écoles qui portent les noms de ces hérosd dont les plus populaires sont le président confédéré Jefferson Davis et son général en chef, le brillant stratège Robert E. Lee. Les États d’Alabama, de Virginie et de Géorgie ont même des bases militaires au nom de généraux sudistes et imposent des jours fériés en l’honneur des nombreux soldats tombés pour le Dixieland.

La guerre de Sécession fut en effet le conflit le plus meurtrier de l’histoire états-unienne, avec près de 600.000 morts au total, dont environ 270.000 du côté sudiste. Malgré la défaite, l’héritage confédéré suscite un large attachement dans les États du Sud, où il symbolise l’esprit de résilience et d’autonomie face à Washington.

Après la défaite, la thèse romantique de la “cause perdue” s’est développée dans ces États : vision idéalisée d’un Sud héroïque défendu jusqu’au bout par ces milliers d’hommes, souvent des petits fermiers, qui ont résisté avec courage pour le “droit des États” à un Nord techniquement et numériquement supérieur. C’est en effet le désir d’autonomie qui est mis en avant plutôt que l’esclavage, qui n’était pas la cause première du conflit. Dans de nombreuses familles, on se souvient encore avec orgueil de l’ancêtre paysan qui s’est battu contre les Yankees.

Après la tuerie de Charleston en 2015, l’État de Caroline du Sud a été le premier à retirer le drapeau confédéré qui flottait sur le Capitole. Depuis les événements de Charlottesville, qui avaient débuté après que l’État de Virginie eut décidé de déboulonner la statue du général Lee, les tensions se sont cristallisées autour des monuments à la gloire du Dixieland, dont la démolition est réclamée par la gauche et certains groupes de défense des minorités. Des statues ont ainsi été détruites à Durham et Gainesville, ainsi qu’à Baltimore.

Le maire démocrate de New York, Bill de Blasio, a quant à lui annoncé le retrait des “symboles de haine” : ce qui englobe statues, rues et écoles nommées en l’honneur de confédérés. Ce, malgré les récriminations d’un Trump impuissant qui s’est borné à tweeter sa “tristesse” quant à la “mise en pièces” de l’histoire états-unienne.

Et le peuple, dans tout ça ? Selon un institut de sondage, 71 % des États-Uniens (dont 50 % de Noirs) estiment que ces statues et ces symboles doivent rester en place. Des milliers de Noirs et de Peaux-Rouges se sont (volontairement) battus dans les rangs confédérés, ce qui explique l’attachement de nombreux Afro-Américains et Amérindiens à l’héritage sudiste.

Vaincu militairement, humilié politiquement, déclassé économiquement, le Sud se voit à présent attaqué sur le dernier bastion qui lui reste : sa mémoire et son histoire. En somme, l’ultime offensive yankee contre le Dixieland.

20 août 2017

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