Un rapport alarmant vient d’être publié sur le malaise des personnels d’établissement. Présenté par le SNPDEN-UNSA (syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale-Union nationale des syndicats autonomes), il indique que 75 % des chefs d’établissement et personnels de direction estiment que leur moral « s’est dégradé ». Ces « perdir »(personnels de direction) sont à bout de souffle et l’enquête révèle que 12,6 % d’entre eux ont des pensées suicidaires. En 2020-2021, le ministère de l’Éducation nationale recense 1.648 ruptures de contrat émanant de professeurs titulaires. Même constat chez les enseignants puisque, selon Franceinfo, « sur les 869.000 enseignants de France, on compte 1.417 démissions en 2018. Ce qui représente moins de deux enseignants pour 1. 000. Un chiffre marginal, mais trois fois plus élevé qu’en 2011. »

Étonnamment, dans la presse, les chiffres sont là, la tendance est décrite comme « inquiétante », mais c’est avec des pincettes que l’on va analyser les causes. Alors certes, Le Monde évoque pudiquement « le fonctionnement », « la vie de l’établissement », le « sentiment de solitude et de perte de sens », le « clivage générationnel assez net », « le choc entre le métier idéalisé et la réalité ». Franceinfo préférera évoquer « l’accumulation d’angoisse, de travail et de frustration ». RTL indique des situations qui se dégradent, une solitude des enseignants. Mais nulle part n’est décrite l’évolution comportementale des élèves éloignant ce métier de ce qu’il était encore il y a quelques années et aboutit aujourd’hui aux désillusions sur cette profession. Usage du téléphone ou du vernis à ongle en classe, regroupement ethnique des élèves (un professeur nous raconte enseigner le français dans une classe qu’il a rebaptisée intérieurement sa « promotion Camus ») mais aussi désormais violences, insultes, menaces à l’égard du maître ou du professeur dont la figure n’inspire plus aucun respect. Dans le Rhône, dans un lycée difficile, un professeur décide de faire une évaluation, un des élèves n’est pas d’accord avec cela et lui jette des cailloux. À Mayotte, la semaine dernière, des bandes rivales se sont affrontées dans un lycée : les classes ont été saccagées, là encore par des jets de pierre. À Combs-la-Ville (Seine-et-Marne), une enseignante est bousculée par un de ses élèves qui la fait tomber à terre, non pas dans l’indignation mais l’hilarité des autres élèves « weeesh elle a betom ». La scène filmée est diffusée sur les réseaux sociaux.

Les exemples de ce que le ministère appelle, dans son jargon, les « incivilités » ou la dégradation du « scolaire », pour ne pas dire des élèves, sont vécus au quotidien par des enseignants qui, à l’origine, avaient le souci de la transmission, mais pas la vocation de gendarme. Alors, trop, c’est trop, ils finissent par démissionner pour ne pas craquer. Sébastien, professeur des écoles depuis 25 ans, lâche quand même au micro de RTL : « Les élèves ne sont plus les mêmes. Les parents ne sont plus les mêmes. » L’ombre de plane dans tous les esprits. Alor, comme les soignants qui démissionnent massivement à bout de souffle de conditions de travail dégradées, ce sont maintenant nos enseignants qui jettent l’éponge et alourdissent le bilan accablant de ce au service public de plus en plus défaillant.

23 novembre 2021

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