Sans aller jusqu’au match de catch féminin dans la boue – discipline très prisée aux , mais qui ne doit pas forcément faire le bonheur des féministes de l’espèce vigilante –, ceux qui attendaient un crêpage de chignons entre Anne Hidalgo, Rachida Dati et Agnès Buzyn, lors de leur débat de ce jeudi 25 juin, à quelques jours du second tour de l’élection municipale parisienne, en auront été pour leurs frais.

D’ailleurs, ce duel au sommet a failli ne pas avoir lieu, en raison d’un mouvement de grève touchant le groupe NextRadioTV, propriétaire de la chaîne BFM TV. Pas bégueules pour deux ronds, les trois finalistes ont même apporté leur soutien aux salariés en lutte ; ou de l’art de se donner la fibre sociale à peu de frais.

Étant donné l’état des forces en présence, Rachida Dati ne pouvait qu’attaquer la première. Logique : les sondages ne lui donnent que 35 % face à madame le maire sortant (44 %), tandis que l’ancien ministre de la Santé se voit condamné à faire de la figuration intelligente, avec seulement 18 % d’intentions de vote.

C’est donc chose faite avec le confinement de la capitale, l’ex-garde des Sceaux stigmatisant « l’abandon des plus vulnérables, des plus fragiles, des personnes seules ». Joli coup de fusil à tirer dans les coins qui concerne, évidemment, Agnès Buzyn et ses positions singulièrement erratiques durant l’épidémie. Pour se défendre, Anne Hidalgo excipe du fait qu’elle aussi a été touchée par le , mais sans que sa vie ne soit en danger. Bien joué, mais un brin trop court, avoir été diagnostiquée « positive » ne valant pas non plus médaille pour bravoure au front.

Et Rachida Dati d’enfoncer ensuite le clou sur ses terrains de prédilection : saleté de la capitale et tyrannie du vélocipède. Bref, elle reproche à la favorite de ne gouverner que pour ses électeurs et non point l’ensemble des Parisiens. Voilà qui n’est pas faux, mais logique, une fois encore, la « ville inclusive » qu’appelle Anne Hidalgo de ses vœux ne saurait inclure les habitants d’arrondissements ne votant pas pour elle. On notera que ses prédécesseurs n’agissaient guère autrement ; ce qui est tout aussi logique, une fois de plus.

Dans la foulée, celle qui fut longtemps l’égérie de Nicolas Sarkozy s’alarme de « la fuite des habitants en raison des prix de l’immobilier », phénomène touchant par ailleurs la grande majorité des capitales européennes. Ce à quoi il lui est rétorqué : « Madame Dati est l’une des principales opposantes à la politique de logement que nous menons. » Si la politique en question consiste à importer sans cesse plus d’immigrés dans la capitale, on s’opposerait à moins.

Mais il est vrai que les plus fortunés des Parisiens ont besoin de ces immigrés, pour garder leurs enfants et soigner leurs vieux, faire la plonge dans leurs restaurants branchés et les servir à domicile à toute heure du jour et de la nuit. En revanche, le ton monte d’un cran à propos de l’insécurité et ces quartiers où les femmes sont, de fait, exclues de l’espace public, autres chevaux de bataille de Rachida Dati.

Il faudrait donc, à l’en croire, une police municipale plus efficace, voire même armée, proposition à laquelle Agnès Buzyn est également favorable. Pourtant, Paris regorge de policiers. Seulement voilà, on pourrait en mettre trois fois plus, municipaux ou non, s’il leur est interdit d’utiliser les méthodes idoines pour arrêter les délinquants et si ces derniers, même une fois arrêtés, sont ensuite relâchés dans la nature, que cela ne changerait évidemment rien. Quant aux femmes interdites de circuler dans certains quartiers, on voit mal ces mêmes policiers pénétrer de force à leur domicile pour les obliger à sortir faire leurs courses…

Vu la platitude de ces échanges à fleurets mouchetés et l’inanité des propositions des unes comme des autres, grande est l’envie d’envoyer tout ce joli petit monde en jupons faire un stage à Béziers. Elles comprendraient alors peut-être comment certains maires font de la politique, de la véritable politique et pas seulement urbaine.

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