Dans un Liban en crise, l’« immense joie » des chrétiens qui attendent la venue du pape
« Nous l’attendons avec une joie immense. » Rita Abi Hanna nous téléphone du Liban, et son enthousiasme est palpable lorsqu’elle évoque la visite de Léon XIV dans son pays, du 30 novembre au 2 décembre prochains. Cette jeune femme libanaise participe à l’organisation du voyage du Saint-Père au pays du Cèdre avec l’association APECL (Assemblée des patriarches et évêques catholiques du Liban), qui œuvre pour former les jeunes à être des artisans de paix. C’est le tout premier voyage apostolique du prélat, qui se rendra d’abord en Turquie, pour célébrer les 1.700 ans du concile de Nicée, puis au pays du Cèdre.
Un geste paternel pour un peuple en souffrance
Si le Saint-Père a choisi le Liban pour ce premier déplacement hors de l’Italie, c’est pour envoyer un signal fort au Moyen-Orient, selon Rita : « Le pape ressent la douleur des Libanais et des chrétiens du Moyen-Orient » et son « voyage est comme un geste paternel envers ce peuple qui souffre et qui a enduré tant d’épreuves [...] C’est la visite d’un père qui vient apaiser son peuple. »
Jointe elle aussi par téléphone, son amie Yasmina Sawma, qui anime un centre de spiritualité chrétienne au Liban, nous décrit en effet la difficile situation des communautés chrétiennes : « Après une guerre avec Israël, une crise économique lamentable, l'explosion du port de Beyrouth, pour les jeunes, l’issue est souvent celle de l’émigration. » Un choix qu’ont refusé de faire ces deux jeunes Libanaises, qui se disent trop attachées à leur pays pour le quitter : « Nous subissons de dures séquelles et il est difficile de croire que l’avenir sera meilleur. L’instabilité de notre pays nous empêche de faire des projets d’avenir », regrettent-elles.
« Quand on quitte le Liban, on perd sa famille, on ne voit pas ses parents vieillir. C’est une blessure, chez les jeunes qui partent », se désole Rita, qui se dit toutefois chanceuse « d’avoir un bon salaire pour vivre au Liban » et, ainsi, « soutenir sa famille ».
Les chrétiens désormais minoritaires
L’avenir est sombre, en effet, pour ces communautés chrétiennes, autrefois majoritaires au Liban, et affaiblies aujourd’hui par une démographie déclinante et une émigration forte : « À la fondation du Grand Liban, en 1920, les chrétiens représentaient 55 % de la population. Depuis, on estime leur nombre à moins de 40 % », explique Richard Haddad, à BV. « Leur nombre n’arrête pas de baisser et, de plus, leurs territoires se font grignoter », précise cet historien et politologue, spécialiste du Moyen-Orient, qui décrit l’installation grandissante de musulmans dans des villages et des quartiers historiquement chrétiens.
Si leur nombre diminue, les chrétiens peuvent toutefois vivre en paix sur ces terres riches de deux mille ans d’histoire chrétienne, visitées par le Christ lui-même et dirigées, selon la Constitution du pays, par un président chrétien : « C’est le seul pays de la région où les chrétiens ont une place dominante, explique Richard Haddad, les postes et le pouvoir qu’ils ont, ils ne les doivent à personne. »
Pays de tradition chrétienne, le Liban a déjà reçu la visite de nombreux papes, et le voyage de Léon XIV s’inscrit dans une tradition apostolique, honorée par Jean Paul II et Benoît XVI et promise par le pape François (qui, en 2022, a dû renoncer à son voyage pour raisons de santé). Les papes ont ainsi montré leur attachement et leur soutien envers le pays du Cèdre.
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14 commentaires
Si le Liban semble renaître, c’est qu’il a bénéficié d’un défrichage que personne n’avait osé tenter et que Tsahal a payé de son sang. Ce « sale boulot » accompli, beaucoup reste à faire dans ce pays, hier à majorité chrétienne qui entretenait des relations satisfaisantes avec Israël. Parler de « Chrétiens » en les considérant d’une seule pièce est une erreur que peu font sur le terrain. Si le byzantinisme s’incarne, c’est bien au Liban qu’il s’épanouit. Il semble cette fois – et le pape ne serait pas venu dans un pays en crise ouverte – que des solutions sont en vue, maturent doucement. Le président actuel, sans autre rapport qu’homonymique avec son prédécesseur, chrétien qui avait muté peu ou prou dans un compromis compromettant, semble tenir les rênes. On aura deviné que les Américains sont à la manoeuvre. Autre chose que le macronisme en brioche quand Behrouth a explosé et que notre président y apportait sa vanité. Le pape n’est donc pas américain pour rien. Il nous change des batteurs d’estrade. Il n’y a plus qu’à lui souhaitait bonne chance et nous serons attentifs à sa parole.
Espérons que dans 2 ou 3 nouveaux Papes, la France n’ait pas une même visite d’un pays déchiqueté par qui nous savons…
Lisez les livres de Jean-Guy Sarkis. La guerre du Liban n’a pas eu lieu.
La plus grosse erreur des chrétiens Libanais a été d’accueillir les palestiniens en 1970. Ce qui est arrivé à la Suisse du Moyen Orient est une catastrophe (qui arrivera bientôt en France). Ce peuple et ce pays extraordinaire ne méritent vraiment pas ce qui arrive.
Certains commentateurs qui brandissent l’épouvantail israélien devraient plutôt avoir le courage , de dénoncer la diminution effrayante des populations chrétiennes partout sur le globe où elles sont confrontées à des communautés mahométanes ivres d’amour et de paix . Si ils n’ont pas ce courage , avoir au moins l’honnêteté de la reconnaître ! ( Les chiffres officiels sont facilement consultables .)
» « À la fondation du Grand Liban, en 1920, les chrétiens représentaient 55 % de la population. Depuis, on estime leur nombre à moins de 40 % », explique Richard Haddad, à BV. « Leur nombre n’arrête pas de baisser et, de plus, leurs territoires se font grignoter » » se font grignoter et bombardés.
Ce pape est courageux. Félicitations.
Espérons que le peuple élu, qui a bombardé les églises de palestine, ne bombarde pas celle où le pape célébrera une cérémonie.
Un peu partisan non ?
Le mot courage n’est pas le premier qui me vient à l’esprit pour un pape qui interdit que l’on déclare Notre Sainte Vierge Marie comme corédemptrice et médiatrice de toute les grâces pour ne pas troubler les protestants. Un pape qui immédiatement après son élection prend contact avec les représentants du peuple élu comme vous dites afin de poursuivre le dialogue interreligieux. Les malheureux Chrétiens du Liban n’ont pas grand chose à attendre d’un pape conciliaire mettant à égalité les Catholiques et les hérétiques. Léon XIV ne sera pas le successeur d’Urbain II.
La joie serait immense si le Pape parvenait à faire respecter les Chrétiens dans le monde.
Rappelons que, selon le HCDH, les attaques israéliennes ont causé la mort d’au moins 127 civils au Liban depuis le cessez-le-feu conclu en novembre 2024 qui visait à mettre fin à un conflit avec le mouvement terroriste Libanais Hezbollah, un allié du groupe islamiste palestinien Hamas.
C’est cela la principale actualité.
AH , vous revoilà ! vos commentaires illuminent ma journée …
Tout ce dont l’acronyme commence par Haut Commissariat est par essence suspect. La HCDH est basée en Suisse et pas au Liban, on peut mettre en doute ses sources d’autant que l’armée israélienne cible des terroristes, pas des « civils » au sens littéral du terme.
« l’armée israélienne cible des terroristes, pas des « civils » au sens littéral du terme. » = ce n’est pas l’avis de l’unicef, de l’ONU et de la La Cour internationale de justice. Un détail sans doute?
Tara, ce n’est pas un détail et je vois parfaitement sur quel terrain vous voulez m’emmener. Mais les trois organisations que vous citez on perdu toute légitimité morale car gangrénée jusqu’à l’os par la corruption. Quand à la cour internationale de « justice » elle n’est reconnue que par quelques pays occidentaux mais n’a aucune valeur pour la plupart des autres gouvernements. Son avis compte pour du beurre.
Non point,
c’est bien votre toujours pertinent bienveillant et constructif commentaire, la principale actualité .