En exclusivité pour Boulevard , Philippe de Villiers donne son point de vue sur l’épineux dossier de Notre-Dame-des-Landes. Un dossier que l’ancien président du conseil général de Vendée connaît bien : une utopie, une imposture, une escroquerie, selon lui. Une interview sans langue de bois, donc…

Philippe de Villiers, pouvez-nous nous éclairer sur le dossier de Notre-Dame-des-Landes ?

C’est un dossier que je connais très bien. J’ai eu à en connaître en tant que président du conseil général de la Vendée pendant vingt-cinq ans. Il s’agit d’une utopie, d’une imposture, voire d’une escroquerie – le mot n’est pas trop fort.
Premièrement, il est tout à fait possible et raisonnable de moderniser et d’adapter l’aéroport Atlantique. Le domaine foncier est le même que Genève. Il est tout à fait possible de moderniser les pistes, l’aérogare et les parkings. C’est tout à fait possible et cela évitera les gaspillages.
Deuxièmement, le projet de Notre-Dame-des-Landes est un projet des années 60. Cela pose deux problèmes aujourd’hui. Tout d’abord, les lignes transcontinentales ne viendront jamais se poser là. Aucun aéroport régional n’arrive à les attirer. Elles cherchent des hubs. Il suffit d’aller à et à Lyon pour le comprendre. Ensuite, le succès de Nantes Atlantique provient des low cost. Les compagnies low cost n’iront jamais à Notre-Dame-des-Landes tout simplement parce que Vinci a déjà annoncé que les coûts aéroportuaires seraient de +20 %. Les low cost iront donc ailleurs, et notamment à Bordeaux.
J’ai les confidences de tous les patrons de compagnies aériennes, et de collectivités territoriales. Tout le monde dit que c’est une folie, mais tout le monde continue.
J’ajoute que ce serait la mise à du Puy du Fou. Il y a, aujourd’hui, quarante-cinq minutes par la route entre Nantes Atlantique et le Puy du Fou. Avec Notre-Dame-des-Landes demain, il faudrait prendre le périphérique ouest qui est toujours encombré, puis le pont de Cheviré qui est fermé dès qu’il y a du vent. Autant dire qu’il faudrait 2 h 45 et les tour-operateurs nous ont fait savoir qu’ils mettraient fin à tous leurs contrats si l’aéroport était transféré à Notre-Dame-des-Landes.

Selon vous, pourquoi l’État s’acharnerait ?

“Ma réponse est simple : il n’y a aucune logique économique à ce projet.
Je suis pour le moins perplexe. Je ne vois rien d’autre que des raisons troubles. Il doit y avoir les mêmes raisons que celles que j’ai vues sur le dossier du pont de Noirmoutier notamment. Je me rappelle très bien avoir vu ce que j’ai vu et je le détaille dans mon livre Le moment est venu de dire ce que j’ai vu.
À mon avis, il faut plutôt chercher dans la coulisse, des grandes entreprises, et des ristournes, donc du monde politique.

Ce projet est douteux. Pourquoi cet acharnement ?

J’espère de tout mon cœur que le président de la République va prendre une décision sage.
La décision sage est la suivante. D’abord, il faut garder Nantes Atlantique et le moderniser. Ensuite, il faut évacuer la ZAD. Il y a eu toute une depuis de nombreuses années. Elle consiste à faire croire qu’il n’y a que deux sortes de gens, les gens sages qui sont pour Notre-Dame-des-Landes et les fous et violents qui sont pour la ZAD. Or, il y a une troisième catégorie de gens qui ne sont ni fous ni violents, qui sont sages, et qui ne sont ni pour la ZAD ni pour Notre-Dame-des-Landes.

Les zadistes ont-ils confisqué le débat ?

Cela arrangeait les grands groupes de pression qui sont les alliés objectifs des zadistes.
J’ajoute un point important sur le référendum, par lequel le peuple se serait prononcé. Mensonge ! Le peuple ne s’est pas prononcé ; un département s’est prononcé.
L’ancien président du conseil régional à l’époque, Bruno Retailleau, est allé voir – je le tiens de la bouche même de Valls. Il lui a dit qu’il ne fallait pas mettre la Vendée dans le périmètre du référendum, car la Vendée voterait non à Notre-Dame-des-Landes. La Vendée représente 12 % des usagers de Nantes Atlantique. Sur Internet, vous pouvez trouver une pétition de plusieurs centaines de chefs d’entreprise vendéens qui voient avec désolation la perspective du transfert vers Notre-Dame-des-Landes. Cela va éloigner la Vendée de deux à quatre heures du nouvel aéroport.
Qu’on arrête donc de nous mentir et qu’on nous dise la vérité.
La décision équilibrée que je vous suggère, si vous avez des accointances avec le pouvoir en place, transmettez-lui : d’abord, on garde Nantes Atlantique, et on évite de gaspiller les fonds publics. Ensuite, on évacue la ZAD et on rétablit l’État de droit.

11 décembre 2017

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