Près de 500 morts en une journée, plus de 4.000 au total, la contamination de la population française par le Covid-19 semble suivre la courbe à l’italienne avec une dizaine de jours de retard. Toutefois, le dénombrement n’est pas le même dans les deux pays et, en France, il ne tient pas compte des décès dans les EHPAD et à domicile.

En revanche, les chiffres allemands sont beaucoup plus modérés. Ainsi, leur comparaison entre les trois grands pays voisins au cœur de l’Europe suscite l’étonnement : l’Italie, la première touchée par l’épidémie, recense 97.689 malades et 10.779 décès, la France paraît la suivre avec 52.128 personnes détectées et 3.523 victimes, mais l’Allemagne, qui pratique massivement des tests, sept fois plus qu’en France, a identifié 68.305 porteurs du virus alors qu’elle ne dénombre heureusement « que » 710 morts. Même si ces données doivent être relativisées en raison de la différence des stratégies et des méthodes, elles conduisent à recevoir une grande leçon de cette épreuve qui nous est imposée.

La mondialisation, la construction européenne devaient être des moteurs de l’égalité par la convergence. On doit prendre conscience avec lucidité d’une réalité tout autre : si cette triple évolution, en facilitant la circulation des personnes et des biens, a contribué à répandre le virus, elle n’a nullement fait avancer l’utopie, la grande illusion d’une égalité universelle entre les membres de l’humanité.

Plus que jamais, l’inégalité est une réalité qu’on cherche en vain à ignorer. Il y a toujours des inégalités naturelles : alors que le nombre d’hommes et de femmes infectés est relativement proche, le taux de décès apparaît très différent. En Chine, il est de 2,8 % pour les hommes, contre 1,7 % pour les femmes. Durant la période étudiée, 63,8 % des décès concernaient des hommes. Le constat est voisin en France, où 58,4 % des décès recensés, à date du 15 mars, sont masculins. Les hommes sont également deux fois plus nombreux que les femmes à passer en réanimation.

Certes, on pourra dire que l’inégalité, en faveur des femmes, s’explique par un mode de vie spécifique selon le sexe, mais on peut aussi penser que la supériorité physique de l’homme destiné à chasser et à se battre pour protéger son clan a pour corollaire un avantage biologique de la femme destinée à enfanter.

L’inégalité devant la mort, d’un individu à un autre, et d’un âge à un autre, sont des fatalités, mais cessent de l’être lorsqu’un pays, imprévoyant et insuffisamment doté en moyens, est obligé de faire ce que l’on croyait réservé à l’horreur du nazisme : le tri.

Cette inégalité-là est insupportable, inacceptable ! L’imprévoyance dont l’État a fait preuve dans notre pays, en faisant croire que l’épidémie n’atteindrait pas la France, en laissant les frontières ouvertes, notamment avec l’Italie, en minimisant le mal, puis en justifiant les pénuries par des mensonges sur l’inutilité des tests précoces, des masques, en organisant des élections avant de fermer précipitamment les écoles, est une faute lourde dont les Français vont payer la note d’abord.

La France réussit ce paradoxe d’une dépense publique record et d’un État inefficace ! Dans notre pays, les technostructures étouffent les organes publics efficaces. Le retard dans les commandes de produits essentiels, les réquisitions inutiles, les refus de faire appel à certaines entreprises ou aux cliniques privées, la guerre souterraine contre la chloroquine sont autant de preuves que notre État pachyderme incapable d’agir vite pour servir le bien commun est pénétré sournoisement par des intérêts privés.

Enfin, dernière illusion : le regard des Français est aujourd’hui partagé entre deux jugements contradictoires. La popularité du chef de l’État augmente, mais la confiance envers Macron et Philippe s’érode. Les Français retrouvant leur tradition monarchiste se rassemblent autour du roi devant l’épreuve, mais en même temps, ils constatent avec bon sens sa mauvaise « gouvernance » de la crise. Selon une enquête Ipsos, 56 % des personnes interrogées se disent insatisfaites de la gestion de la crise sanitaire du gouvernement. Mais, selon une autre étude, le chef de l’État gagne des points dans toutes les catégories d’âge, en particulier chez les plus de 65 ans (+17). Il y a fort à parier que beaucoup, une fois la peur oubliée, songeront à lui couper la tête…

(À suivre.)

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