Comme nous l’avons tous perçu, la compréhension d’une pandémie implique la collaboration de nombreuses disciplines, certaines médicales, d’autres pas. Depuis des mois, que lisons-nous, qu’entendons-nous à longueur d’émissions, de pages, de fils de discussion ? Des représentants de ces sciences, plus ou moins exactes, inconnus hier, venant apporter leur analyse, forcément partielle, de la situation.

Le statisticien oppose ses chiffres au médecin hospitalier, l’épidémiologiste conteste les diagnostics des curateurs, le sociologue rejette le biologiste ; et si, encore, nous n’avions affaire qu’à des professions parlant d’une voix, mais non : tel Toulousain s’outrage d’un avis contraire descendu de Paris, tel homme de gauche ne veut entendre l’analyse venue du « pouvoir », le privé s’oppose au public, le virologue chercheur n’écoute pas le praticien. Partout la cacophonie s’installe, tous contre tous, chacun pour soi, et le virus se marre.

Que viennent faire ces scientifiques dans ces débats sans fin où l’illusion de la vulgarisation donne à croire à tout un chacun qu’il est capable « de se faire une idée » ? Ayant laissé la blouse blanche au vestiaire, on les voit tendus, voulant prendre le dessus et oubliant que le doute est la vertu fondatrice de la science. Que viennent-ils chercher ? Des émoluments, une part du gâteau médiatique pour nourrir leur ego affamé, des points dans la course aux subventions et aux partenariats juteux ?

Leurs interventions, aiguillonnées par les stratégies commerciales des médias et de leurs commanditaires, accentuent les inquiétudes de la population, renforcent les imbécillités complotistes, parasitent les décisions des pouvoirs publics.

Mais, bien sûr, ils ne sont pas là par hasard, il faut alimenter les flots de messages sur les réseaux sociaux, dont on connaît les recettes, où chaque parole est pesée par le lecteur à l’aune de son incompétence et de ses préférences, les réponses, laudatrices ou contemptrices, ajoutant encore à l’imprécision générale.

La , pourtant, est simple : nous, citoyens, ne savons rien de cette maladie, le monde scientifique n’a aucune certitude et les autorités doivent, dans ce flou et sous pression, mettre en place des politiques de santé publique acceptables par leurs concitoyens et tolérables par l’économie.

Interrogez-vous honnêtement : vous feriez quoi, à leur place ?

Plus personne ne s’offusque de l’étalage, sur la place publique, de comptes morbides, comme si cela était une information indispensable à notre propre existence ; avec ses présentations « PowerPoint », le ministre se rabaisse au rang du salarié fier de ses diapos et nous somme tenus d’absorber cela comme les cours de la Bourse… Ces chiffres n’ont aucun sens, ils ne rassurent pas plus qu’ils ne soignent et les comparaisons internationales sont pires encore. Il suffit d’attendre la publication des chiffres de la mortalité annuelle 2020 pour, en les comparant à l’antérieur, connaître les dommages de l’épidémie ; sans doute seront-ils moindres que ceux utilisés aujourd’hui.

Les politiques aussi participent de cette hystérie collective, leurs prises de positions sont focalisées sur les sondages et les retweet, rien de mieux, car ils ne savent rien de plus.

Ainsi, avec cet invraisemblable psychodrame d’un genre nouveau qui se joue dans la société, nous assistons au premier dommage de la société transparente et surinformée. Cela m’angoisse davantage que le Covid-19.

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