Le soir du 13 avril, le Président Macron a annoncé le prolongement du confinement jusqu’au 11 mai, une quarantaine généralisée d’un mois supplémentaire depuis le 17 mars, ce procédé présenté comme la seule manière de ralentir la propagation du coronavirus chinois dans l’Hexagone. Ainsi, un mois supplémentaire pour attendre (encore) des masques et des tests de dépistage ; le nécessaire permettant de reprendre une vie normale.

In fine, dans une planète mondialisée tant économico-socialement que culturellement, tout le monde finit par faire la même chose : du Japon aux États-Unis, en passant par le Royaume-Uni, les médias de masse délivrent les mêmes informations, en dépit des différences linguistiques. On y diffuse la même maxime morale : « Restez chez vous ! » Tout cela finissant par dépasser les injonctions contradictoires de l’Organisation mondiale de la santé du mois de janvier, au moment où l’épidémie s’étendait en Chine. Après quoi, tous les pays riches ont fait comme elle, mais à leurs manières et avec leurs moyens. Notons, cependant, que la barre des 120.000 décès va être atteinte sur l’ensemble du globe.

Selon Herbert Marcuse, dans L’Homme unidimensionnel, « la civilisation technologique établit une relation spécifique entre l’art et la technique ». À présent, le « tracking » via les smartphones apparaît comme une solution viable. En bref : souriez, vous êtes tracés ! Mais, de même que le capitalisme qui constitue le seul modèle économique rentable, le mondialisme que celui-ci engendre évolue en mimétisme culturel et social : une uniformisation des us et coutumes, y compris en temps de crise sanitaire. En France, il n’y a que le professeur Didier Raoult, directeur de l’IHU Méditerranée Infection, pour se prononcer publiquement contre ce confinement « pour tous ». Qui perçoit, alors, la mise en scène qu’est l’égrenage des cas et des morts à travers le point-presse que fait quotidiennement notre gouvernement ? Cyniquement, l’angoisse reste mobilisatrice.

Friedrich Nietzsche avait saisi le problème majeur de la civilisation, notamment dans ce passage de La Généalogie de la morale : « Le châtiment, moyen de mettre hors d’état de nuire, moyen de prévenir des dommages ultérieurs. Le châtiment, moyen de dédommager, sous une forme quelconque, l’homme lésé (même sous celle d’une souffrance). Le châtiment, moyen d’isoler ce qui perturbe l’équilibre pour empêcher la perturbation de s’étendre […] Le châtiment, moyen d’éliminer un élément dégénéré (parfois toute une branche, comme dans le droit chinois : donc comme moyen de préserver la pureté de la race* ou de maintenir un type social) […] Le châtiment comme déclaration de guerre et comme mesure de guerre contre un ennemi de la paix, de la loi, de l’ordre, de l’autorité, en qui on combat avec les armes de la guerre un rebelle, un traître, un violateur de la paix, que la communauté considère comme un danger parce qu’il rompt le contrat fixant les conditions de la vie communautaire » [§13 de la Deuxième dissertation].

C’est précisément cette analyse qui conduira Michel Foucault à affirmer, dans Histoire de la sexualité, que le pouvoir politique est voué à muter en biopouvoir.

Alors, ce confinement (quasi) mondial n’est-il pas un châtiment ne portant pas son nom ? En outre, peut-on penser véritablement l’incurie des gouvernants, si prompts à prioriser le marché par rapport à la santé ? Enfin, pourquoi tout pouvoir a-t-il vocation à être totalitaire ? Avec ou sans compétences particulières.

*Note de l’auteur : le terme « race » était souvent employé au XIXe siècle avec une connotation strictement biologique et non pas nécessairement politique

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