Lundi soir, le préfet de l’Aisne, Ziad Khouri, prenait un arrêté interdisant la vente d’ sur tout le département. Moins de 24 heures après, cet arrêté était rapporté par le même préfet. « Rapporté » ? En langage administratif, cela veut dire « annulé ». Dans « annulé », il y a « nul ». Alors, rapporté, c’est mieux, vous comprenez.

Vous me direz que dans « rapporté », il y a « rapporteur », et au train où vont les choses, on se dit que les rapporteurs ont de beaux jours devant eux. Allô, la gendarmerie ? Mme Michu, ce matin, elle est sortie de chez elle rien que pour aller acheter une baguette de pain. C’est bien 135 euros, brigadier ? Et Mme Chombier, je l’ai vue sortir du supermarché avec un plein chariot de Coca. C’est pas un produit de première nécessité, que je sache, le Coca ? Merci, Madame. On va s’en occuper, de ces deux-là. Pas possible, des choses comme ça, en France ? Faites le tour de la presse quotidienne régionale, vous verrez que si. Peut-être pas la dénonciation ? Pas encore, mais faut laisser le temps que les choses se mettent en place.

Donc, le préfet, il avait décidé de faire du zèle. Sa crainte ? Les violences intrafamiliales, le confinement risquant de les exacerber. Département de betteraviers, à coup sûr, l’Aisne doit être un département d’alcooliques ! Né au Liban et naturalisé français, on voit que cet énarque est un modèle d’assimilation. Il semble, en effet, avoir totalement assimilé ce sport, que dis-je, cet art ancestral de notre administration française : celui d’emmerder le maximum de monde en un minimum de temps avec un maximum de mesures, si possibles contradictoires. Avec, en prime, cette petite touche inimitable, si française aussi, de moralisation : c’est pour votre bien, tout ça. Rassurez-vous, c’est français, c’est la police française !

Mais le préfet est revenu sur sa décision. Entre-temps, il aurait échangé, paraît-il, avec des addictologues, déclare-t-il dans un communiqué soigneusement aseptisé au gel hydroalcoolique. N’aurait-il pas pu les sonder avant ? Cet aller-retour administratif donne, à l’évidence, une impression de précipitation, pour ne pas dire de désordre, qui en rajoute dans le sentiment de vivre des heures dignes de celles de La Septième Compagnie ou de naviguer sur un bateau ivre.

On attend avec impatience l’arrêté préfectoral qui osera fixer les conditions réglementaires de la bagatelle afin de respecter les mesures de « distanciation sociale » : fréquence, comment, ce qu’on peut faire, ne pas faire… Des croquis sont possibles. Au préalable, afin d’éviter que l’arrêté ne soit rapporté dès le lendemain de sa parution, le préfet aura eu soin de consulter un sexologue ou, mieux peut-être, Brigitte Lahaie. Rien n’interdit, non plus, de consulter le bon docteur DSK qui, dit-on, est une épée en la matière.

25 mars 2020

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