Le confinement révèle un vieux caractère français. Celui que la République jacobine et centralisatrice tente de gommer depuis deux siècles derrière le terme de « français ». En France existent des Picards, des Gascons, des Basques, des Bretons, des Alsaciens et des Lorrains, etc. Il n’y a encore pas si longtemps, épouser une fille d’un autre village était en soi une aventure : « Point fille de Léon ne se mariera en Trégor ! » me répète un ami morlaisien. Les Noirmoutrins, les Rhétais, les Saint-Politains, les Brestois… Il y a autant de gentilés que de communes en France !

Curieusement, et schématiquement, ces identités locales ont retrouvé un ennemi commun : le Parisien. Pour faire plus court : le gars des villes. Pour lui, tout est folklore et dépaysement. Il va à la campagne comme il fait du lèche-vitrine… Pourtant, chaque été, la presse se nourrit de ses exploits imbéciles quand il veut faire taire les poules, les coqs, les vaches, les cloches et autres joyeusetés campagnardes. Que voulez-vous… La ferme pue et les vaches pètent du méthane. En fait, selon lui, la campagne n’est jolie qu’en carte postale !

Depuis le début du confinement, bon nombre de citadins ont fui dans leurs « résidences secondaires », propageant virus et mécontentements, de l’île de Ré à Noirmoutier. Les Parisiens débarquent « comme des cow-boys », lit-on. Ils pillent supermarchés et papier toilette (il faudra, un jour, qu’on m’explique pourquoi, dans le cadre d’un confinement, le PQ est la denrée la plus prisée de ce pays…). Ils agissent en territoire conquis. Ils prennent leurs aises face aux provinciaux. Tout dans leur attitude transpire l’orgueil. « Dans les campagnes, les gars des villes ne savent rien faire comme il faut ! » me dit un paysan du Lorroux.

La colère du provincial que l’on prend de haut est légitime. Le Parigot et ses manières, cette espèce d’aplomb quand il rétorque « Je suis chez moi parce que je paie le crédit de cette maison », manquent en effet l’essentiel… Le sujet est l’enracinement. On appartient à la terre que l’on fréquente, pas aux maisons de vacances. On est du pays où l’on connaît chaque ruisseau, chaque rivière, chaque coin de forêt et détour de sentiers. Les relations que l’on tisse avec les gens du pays permettent de devenir soi-même enfant du pays… Une résidence secondaire est une porte d’entrée dans ce nouveau monde, en aucun cas une annexe parisienne.

Les provinciaux ne peuvent pourtant pas à la fois rejeter les envahisseurs parisiens et fonder l’intégralité de la politique économique, culturelle et urbaine locale sur leur présence saisonnière.

Les langues régionales disparaissent avec les anciens. Les us et coutumes de chaque région se meurent. Les tensions de plus en plus visibles révèlent-elles le retour d’une conscience locale et régionale ?

En tout cas, il est ironique de voir qu’après 200 ans de centralisation, d’harmonisation et d’unification, le Parisien n’est plus chez lui en royaume de France !

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