Ces 8 et 9 octobre, un colloque s’est tenu à Abidjan sur le thème « Construisons ensemble une communauté de destin - encore plus solide », révélateur à plus d’un titre de la redistribution des cartes géoéconomiques en et de l’affirmation de la dans le monde.

Les échanges ont été denses en présentations élaguées de tous aspects polémiques, en déclarations d’intention appuyées et en non-dits à peine voilés sur les conditions d’un partenariat conforme au principe chinois d’« apprendre à pécher plutôt que de donner du poisson » – à condition de s’en donner les moyens.

Côté chinois, la tonalité générale illustrait l’évolution sensible du discours officiel depuis le sommet du G20 à Hangzhou, en 2016, dans l’affirmation de sa puissance comparée à celle des pays « anciennement développés ».

La Chine se présente comme la première puissance mondiale depuis 2014 en termes de volumes des marchés, seule capable de sortir de la récession économique dans laquelle les pays occidentaux, surendettés, plongent le monde depuis dix ans, et de relancer la croissance mondiale selon une nouvelle gouvernance plus ouverte et harmonieuse, offrant « le bonheur pour tous d’une montagne verdoyante ».

C’est pourquoi le concept des « routes de la soie », remis au goût du jour par le président Xi Jinping sous le nom de « ceintures et routes », s’étend au reste du monde par des voies logistiques et des autoroutes de l’information qui relieront, dès 2023, 82 villes de 48 pays africains.

Rhétorique simplificatrice, les émigrés africains en Europe seraient principalement des réfugiés économiques fuyant leurs pays maintenus volontairement dans le sous-développement industriel par les anciennes puissances coloniales. « On vous a menti sur le destin de l’Afrique », prétendent les officiels chinois.

Chef autoproclamé du village planétaire interdépendant et interconnecté, la Chine a donc adopté un multilatéralisme à géométrie variable articulé autour de communautés de destin dans tous les domaines. Elle a fait son nid économique en Afrique et compte bien le consolider, à l’image du « nid d’oiseau d’Abidjan », stade multisports international construit par un groupe chinois, offert par la Chine et inauguré récemment sous le nom d’« Arc de Triomphe ». C’est ainsi que la Chine a tissé un réseau continental d’amitiés nationales.

Toutefois, les Chinois ont la franchise de dire que leur vision de l’humanisme ne se réduit pas à l’altruisme. Ils investissent en Afrique avant tout pour gagner de l’argent. Pour cela, ils veulent créer des marchés et des clients africains autonomes et productifs, ce qui implique beaucoup de travail sur des projets structurants et une « auto-révolution » de tous. De la transfusion à l’hématopoïèse, à l’image du processus sanguin qui fait travailler les cellules internes de l’organisme.

De leur côté, leurs interlocuteurs africains, tournant sans scrupule le dos à leurs « amis » européens qu’ils critiquent ouvertement, soulignent le soutien de l’Afrique par la Chine depuis son adhésion à l’ONU en 1971. Ils louent la performance de l’État socialiste qui a su se hisser au premier rang économique mondial, admirent le modèle dirigiste de capitalisme d’état mixte, public/privé, et apprécient particulièrement le principe chinois de non-ingérence.

Entre dragon chinois et pangolin africain qui se rêve en lion, le terme communauté de destin n’indique rien des conditions de partage du festin. Face à une Chine qui joue pleinement et sans complexe son avantage, imposant sa vision et ses atouts dans l’intérêt supposé de tous, le contraste est saisissant avec une France suicidaire et inaudible qui, reniant ses valeurs chrétiennes et ses racines culturelles, soutient la repentance des adeptes incultes et idéologisés de l’anticolonialisme primaire. Avec leurs porte-voix médiatiques dominants-dépendants, ils sont les meilleurs alliés objectifs de la Chine.

On avait déjà constaté, ici, les raisons et déraisons du découplage entre la France et l’Afrique ; cette tendance se confirme. Si la France veut survivre, elle doit opérer un changement radical de discours, de méthode et de pratique en Afrique. On n’en voit aucun signe annonciateur.

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