Editoriaux - International - 10 novembre 2019

Comment les Américains confisquent le pétrole syrien

Une fois de plus, entre les annonces américaines et la réalité, il y a un gouffre. Après avoir déclaré, le 6 octobre dernier, que les forces américaines quittaient la Syrie, le président Trump a ensuite nuancé son propos. Certes, le nord de la a été abandonné, permettant à la Turquie de lancer l’offensive anti-kurde dont elle rêvait. Mais dans le même temps, des blindés américains venus d’Irak pénétraient dans l’est de la Syrie afin de prendre possession des puits de pétrole qui représentent l’essentiel de la production du pays. Cerise sur le gâteau : les Kurdes sont associés à l’opération et donc pas si abandonnés que cela par Trump.

La raison avancée est de « sécuriser » les puits de pétrole afin d’empêcher Daech de remettre la main dessus. Ce n’est évidemment qu’un prétexte car l’armée syrienne s’apprêtait à le faire sous couverture aérienne russe. On voit mal comment les débris de Daech encore présents au-delà de l’Euphrate pouvaient s’opposer à cela.

Trump n’y a pas été par quatre chemins, le 27 octobre, pour justifier cette confiscation : « Nous gardons le pétrole, nous protégeons le pétrole », avec à la clé un argumentaire confondant : « Le pétrole peut nous être utile, parce qu’on pourrait en prendre nous-mêmes aussi. Et ce que j’ai l’intention de faire est, peut-être, de passer un accord avec Exxon Mobil ou l’une de nos grandes compagnies pour aller là-bas et faire les choses comme il faut. » Les bonnes vieilles traditions américaines ne se perdent pas…

Les Russes ont évidemment réagi, et de façon assez peu diplomatique : « Ce que fait Washington aujourd’hui, la prise de contrôle par les armes des champs pétroliers de l’est de la Syrie, est, pour dire les choses simplement, du banditisme international d’État », a déclaré un membre du ministère de la Défense.

En réalité, ces puits de pétrole, dont beaucoup ne sont plus opérationnels, sont une goutte d’eau pour les États-Unis, devenus largement autosuffisants en pétrole. D’ailleurs, un porte-parole du Pentagone, Jonathan Hoffman, a récemment affirmé au cours d’une conférence de presse que ce sont les Kurdes qui bénéficieront des retombées financières. Il a dû préciser cela car la question inévitable posée par un journaliste avait fusé : « Les États-Unis sont-ils en train de voler le pétrole ? »

Quelle est donc la vraie raison de ce redéploiement qui vient en contradiction des déclarations solennelles de Trump sur le retrait américain de Syrie ? On peut avancer deux hypothèses : empêcher la Syrie d’opérer son redressement économique, qui passe nécessairement par sa production de pétrole et de gaz, et surveiller l’Iran, dont l’implantation dans la région reste une source d’inquiétude, notamment pour Israël.

En tout état de cause, le Pentagone a encore réussi à convaincre Trump de ne pas quitter la Syrie. Jusqu’à quand ?

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