Editoriaux - International - 9 octobre 2019

Les Américains en Syrie : partiront, partiront pas ?

Rien n’est simple et rien n’est sûr, avec Donald Trump. Dimanche soir, à la suite d’un entretien téléphonique avec Erdoğan, il créait la surprise en annonçant le retrait des troupes américaines du nord de la Syrie : « Il est temps pour nous de sortir de ces guerres ridicules et sans fin, dont beaucoup sont tribales, et de ramener nos soldats à la maison. »

Le mot « tribal » est sans doute inadéquat mais on pouvait espérer qu’au moins, cette fois, l’Amérique mettait un terme à son intervention et à l’occupation, parfaitement illégale, du nord et de l’est de la Syrie.

D’ailleurs, dès le lundi matin, entre 50 et 100 (le chiffre varie selon les sources) soldats américains, membres des forces spéciales, quittaient Tall Abyad et Ras al-Aïn, deux positions situées le long de la frontière turque. Les réactions furent violentes, dans le monde entier certes, mais surtout dans le camp républicain, qui considère que l’abandon des Kurdes à la vengeance turque est inacceptable. En outre, cela revient à laisser le champ libre à la Russie qui reste, pour la majorité de la classe politique américaine, l’ennemi numéro 1.

Or, Trump est fragilisé par une offensive sans précédent des démocrates qui rêvent de déclencher la fameuse procédure d’ »impeachment ». La raison invoquée est l’existence de pressions supposées de Trump sur son homologue ukrainien pour qu’il enquête sur les activités délictuelles du fils d’un concurrent démocrate ayant des intérêts en Ukraine. Le président américain a, dans ce contexte, bien mal choisi son moment pour cette annonce de retrait qui ne peut que crisper une partie importante de son propre camp.

Pourtant, en cherchant à se retirer de Syrie pour la seconde fois (une première annonce avait été faite à la fin de l’année dernière), Trump ne fait que tenir une promesse de campagne : fin des aventures extérieures coûteuses et inutiles, voire nocives.

Sous la pression, il a opéré un spectaculaire rétropédalage. Erdoğan ayant aussitôt déclaré que la Turquie était prête pour une offensive contre les Kurdes dans le nord de la Syrie, Trump, tout en finesse, a tweeté : « Si la Turquie fait quoi que ce soit dont j’estime, dans ma grande et inégalable sagesse, que cela dépasse les bornes, je détruirai et anéantirai complètement l’économie de la Turquie. »

L’homme n’est tout de même pas très facile à suivre. Inquiet d’un rapprochement récent de la Russie et de la Turquie, il veut se rapprocher de cette dernière en lui laissant le champ libre en Syrie, puis, dès le lendemain, la menace de destruction économique si elle fait ce qu’elle a toujours dit qu’elle ferait : attaquer les Kurdes.

L’imbroglio est aujourd’hui complet et plus personne ne sait ce qui va se passer. Pour l’instant, les Américains semblent avoir interrompu leur retrait, ce qui, par définition, gèle toute intervention turque.

Les Kurdes sont naturellement furieux de l’attitude américaine et rappellent qu’ils détiennent en Syrie plus de 10.000 combattants de l’État islamique, ainsi que leurs familles, à quoi s’ajoutent de nombreuses veuves et orphelins de combattants, soit plus de 100.000 personnes. S’ils sont attaqués, le risque est qu’ils ne les surveillent plus.

La guerre n’est, hélas, pas finie en Syrie.

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