Connaissez-vous Claire Koç ? Retenez bien son nom – mais aussi son prénom – car ils vont faire parler d’eux et d’elle durant les prochains jours et au-delà. Son compte la présente ainsi : « Journaliste @franceinfo, passionnée par le savoir-faire français et le cinéma. » Ce même compte arbore le tableau de Delacroix qui a valu à Boulevard Voltaire une coupure de courant. Son tweet épinglé : « J’entends de jeunes journalistes en devenir m’expliquer qu’ils veulent être journaliste pour “dire la vérité”. Non. Notre métier est de rapporter des faits. Nous ne sommes ni juges ni avocats, nous ne sommes pas là pour faire . Encore moins pour dire ce qu’il faut penser. » Le décor est planté, et il est avenant.

Ce week-end, elle est interviewée à l’occasion de la sortie de son premier livre par Alexandre Devecchio, dans Le Figaro Magazine. Un livre qui part de son prénom : Claire, le prénom de la honte. Car, pour cette jeune fille d’origine turque, ce prénom qui tinte comme les cloches du XIIIe siècle a représenté un choix, une volonté, un idéal. Celui de s’intégrer au pays d’accueil. Celui de l’assimilation. Un gros mot pour certains, à l’heure où toutes les identités sont promues, sauf une. Mais aussi, pour elle, un défi : « En revenant chez mes parents avec ma carte d’ et mon prénom “français”, j’ai été rabaissée, humiliée. »

La jeune journaliste raconte concrètement ce qui n’est aujourd’hui, à l’heure du communautarisme et du (Que de -ismes inquiétants pour nommer cette partition de fait…), qu’un vieux rêve qui ressemble à un paradis perdu. « Nous vivions dans une cité HLM d’où les Français dits de souche commençaient à partir. Il en restait quelques-uns qui m’ont servi de modèle. On entendait de la musique française. Nos voisins nous apportaient des plats qu’ils avaient préparés pour nous les faire goûter. Nous avons découvert le pot-au-feu ! Même le jambon était présent, il n’y avait pas toutes ces querelles et notamment le tabou alimentaire. Nous allions à l’église, on allumait des cierges à , on fêtait l’Épiphanie sans connotation religieuse derrière, nous appliquions les du pays d’accueil. […] Nous regardions des films français avec Delon. C’était notre vie : nous nous imprégnions de la culture française. »

En montrant l’importance du choix du prénom, en décrivant concrètement son propre parcours, loin de toute théorisation, elle valide les analyses d’Éric Zemmour qui a lui aussi connu un parcours similaire et vu se vider les des derniers « Français de souche », expression qu’elle n’hésite pas à employer.

Elle raconte également le grand basculement qu’elle a aussi vécu, le repli communautariste, la disparition des Français et, donc, de la de son univers quotidien : « En présence d’une forte communauté turque dans une cité, les commerces deviennent turcs : musique, alimentation, vêtements. Mon boulanger était turc, l’épicier aussi. C’est ça, le communautarisme. Aucun espace n’est plus accordé à la France. »

Avec elle, il faut revenir à ces réalités, à cette histoire, à ces « faits ». Incontestables. Ne pas s’en tenir là, évidemment. Et Claire Koç a des idées. Pour elle, tout part de l’école. Mais d’une école qui enseignerait « la fierté d’être français ». « Quand j’étais petite, j’allais dans une école turque pour apprendre la langue. La première chose dispensée dans cette école, c’était “je suis turque, je suis fière”. Comment se fait-il que soit enseignée la fierté d’appartenance à une nation étrangère sur le territoire français ? “Je suis français, je suis fier” devrait être la base de l’enseignement. On a laissé croire que cette formule serait fasciste. »

Mais inutile de dire qu’il faudra une sacrée révolution, rue de Grenelle, mais surtout, d’abord, dans les salles des profs, pour en arriver là. Car ce n’est pas qu’une affaire de revalorisation du métier d’enseignant. Trois mois après l’assassinat de Samuel Paty et au moment où notre collègue de philosophie de Trappes sonne le tocsin sur sa « ville perdue », est-il permis d’espérer une telle révolution du corps enseignant ?

7 février 2021

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