Cinéma - Editoriaux - Histoire - 15 juillet 2019

Cinéma : Pour les soldats tombés, l’hommage maladroit de Peter Jackson aux héros de la Première Guerre mondiale

On le connaissait déjà pour son travail effectué sur la trilogie du Seigneur des anneaux. Bénéficiant, à l’époque, d’un budget pharaonique et faisant preuve de qualités de mise en scène incontestables, Peter Jackson réalisa sans doute l’une des plus grandes sagas de l’histoire du cinéma. Du moins, une saga qui ferait date. Les trois films entraînèrent, par la suite, une nouvelle trilogie, Le Hobbit, qui, contrairement à la première, ne parvint jamais à trouver son public. C’est en faisant la promotion du tout dernier volet de celle-ci, à Londres, que le cinéaste néo-zélandais fut approché par l’Imperial War Museum, lui demandant de réaliser un documentaire-hommage aux soldats britanniques de la Première Guerre mondiale. Un film composé à cent pour cent d’images d’archives et qui, ainsi, éviterait toute reconstitution superflue.

Après trois mois passés à restaurer de vieilles bobines, Peter Jackson, impressionné par le résultat, accepta le projet et obtint la permission d’incorporer au futur film des extraits audio d’entretiens de vétérans de la Grande Guerre enregistrés dans les années 60-70 et conservés, depuis, par la BBC.

Le documentaire, sorti récemment sur les écrans, s’intitule sobrement Pour les soldats tombés et fait montre d’une sincérité indéniable de la part de Peter Jackson (le film est dédié à son grand-père mort au combat). Néanmoins, si les divers procédés mis en œuvre à la restauration des images et à leur agencement valent sans conteste le détour, l’ensemble provoque un certain malaise. Celui, d’abord, de constater que rien n’est fait pour contextualiser ce qui nous est montré sous les yeux : la politique internationale n’est jamais évoquée, ni l’évolution par dates du conflit, ni sa géographie, pourtant capitales à la compréhension de cette période. En cela, le documentaire atteste l’idée selon laquelle les soldats ne seraient que des pions sur l’échiquier de dirigeants belliqueux et inconséquents, des « victimes », comme on se plaît tant à en désigner de nos jours. Et ce, bien que Peter Jackson semble comprendre, au début du film, la nécessité de valoriser le patriotisme de ces hommes qui, pour la plupart, estiment humblement avoir accompli leur devoir.

Le second malaise tient aux procédés mêmes de la mise en scène, au choix consistant à coloriser les visages et les silhouettes de ceux qui, pour certains, vivent devant la caméra leurs dernières secondes. Des jeunes gens qui, à un siècle de distance, voient esthétiser la mare de sang (rouge grenat, écarlate ou tomate, selon la fantaisie du cinéaste et de l’étalonneur…) dans laquelle ils baignent, avec pour fond sonore une musique de circonstance. Sur certains plans où un soldat bouge les lèvres, Peter Jackson s’est également permis de faire doubler et postsynchroniser une ligne de dialogue ! Tout cela, sans oublier les ajouts sonores qui vont des bruits de canon aux explosions en tous genres…

Le cinéaste justifie cette esthétisation pour le moins indécente des images par le besoin, selon lui, de restituer au plus proche l’horreur de la guerre. L’argument, dans une certaine mesure, peut s’entendre, seulement sa démarche, à travers les couleurs, le rythme du montage, les sons et la musique, tend au contraire à glamouriser la guerre comme dans un banal film hollywoodien. Plus grave encore, le documentaire en vient indirectement à admettre l’obsolescence des images passées et la nécessité de les réadapter sans cesse aux nouvelles générations. Comme si c’était au passé de s’adapter au présent, et non l’inverse. En admettant que le présent ne peut comprendre que l’imagerie et les modes de communication qui lui sont propres, Peter Jackson livre, sans forcément l’intellectualiser, un constat terrible sur le dialogue intergénérationnel. On attend alors avec impatience, dans un avenir proche, la refonte des peintures du XVIIe siècle adaptées à la mode contemporaine (manga, street art ou animation flash) ou encore l’émergence d’un cinéma total qui prendrait en compte les cinq sens – l’occasion, sans doute, de ressortir une version encore plus pêchue du documentaire de Peter Jackson…

1 étoile sur 5

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