Editoriaux - Sport - 14 juillet 2019

Le Tour de France, patrimoine de l’humanité ?

Et si l’on classait le Tour de France au patrimoine culturel immatériel mondial de l’humanité ? C’est la proposition lancée par 54 députés qui ont signé une tribune dans le Journal du dimanche, en ce 14 juillet, fête nationale.

Pour l’UNESCO, le « patrimoine culturel immatériel, transmis de génération en génération […] procure un sentiment d’identité et de continuité » qui contribue « à promouvoir le respect de la diversité culturelle et la créativité humaine ». Il se manifeste notamment, toujours selon l’UNESCO, dans « les pratiques sociales, rituels et événements festifs ». Ah, ce sentiment d’identité qui serait légitime lorsqu’il s’exprime partout dans le monde ! Sauf en France, évidemment. Souvenons-nous de ce dessin de Faizant, dans Le Figaro, montrant de « valeureux patriotes » chinois, cubains, vietnamiens, russes, le patriote français étant qualifié, lui, de « vieux con, cocardier, chauvin, xénophobe et présumé facho ». Ah, ce sentiment de continuité qui s’appuie sur des réalités, au fond, bien concrètes : l’histoire d’une nation, les liens du sang d’une famille, par exemple… À ce titre, du reste, une idée en l’air, comme ça : et si on classait la famille traditionnelle (un père, une mère, un ou plusieurs enfants) au patrimoine culturel immatériel de l’humanité ? À lire la définition et les critères définis par l’UNESCO, il semble que ça entre pile-poil dans les clous. Mais nous nous éloignons de l’étape du jour.

Le Tour de France, c’est du sport. Mais pas seulement. C’est la France des villes et des villages qui se rassemble pour voir passer le peloton, la caravane. La France qui se rassemble aussi dans le souvenir. À l’hôpital, dans sa maison de retraite, devant la télévision, le grand-père se souvient : « La dernière fois qu’ils sont passés par ici, c’était en cinquante et des brouettes… J’étrennais ma première bicyclette. Les gendarmes, débonnaires, suant sous le képi, maintenaient à distance les gamins qui proposaient le ravito. » Pas besoin d’être sportif, d’ailleurs, pour aimer le Tour de France. Ça se saurait… Aimer la France suffit. Enfin, la France en vacances qui prend l’apéro au bord de la route. Et comme la France est le centre du monde (c’est bien connu), normal que l’humanité tout entière s’intéresse au Tour de France ! Notre peloton de députés, dans une échappée lyrique digne des plus grandes étapes de la Grande Boucle, quelque part entre l’Alpe d’Huez et le mont Ventoux, ne souligne-il pas que « le Tour de France, plus qu’un emblème national, est un mythe mondial » ?

Le Tour de France, c’est aussi la promesse que, pendant quelques instants – le temps de voir passer les coureurs à la vitesse de l’éclair -, les Français ne vont plus se faire la guerre civile. Une sorte de fête nationale bis, si vous voulez. Moins militaire, plus populaire. La preuve ? Ces 54 députés qui ont signé cette tribune. De tous bords. Et là, pas de « cordon sanitaire », pour reprendre les mots élégants de la très aseptisée, mais néanmoins catholique, Amélie de Montchalin, à propos de l’ostracisme mis en place contre les députés « eurosceptiques » au Parlement européen. Pardon de m’être, encore une fois, éloigné de l’itinéraire du Tour.

L’idée de classer le Tour de France au patrimoine mondial vient du député LREM du Tarn Philippe Folliot. Certes, cette tribune a été signée par une majorité de députés de La République en marche, mais parmi les signataires, on trouve aussi des députés PS, MoDem, LR et… Louis Aliot, député RN des Pyrénées-Orientales. Si Folliot et Aliot ne sont pas connus pour pratiquer la petite reine, en revanche, ils ont comme passion commune… le rugby. N’appartiennent-ils pas, tous les deux, au XV parlementaire, tout d’ailleurs comme l’Insoumis Alexis Corbière ? Mme de Montchalin devrait peut-être se mettre au ballon ovale. En plus, ce serait excellent pour la parité. Cela dit, la « petite reine » pour les petites marquises, c’est bien aussi.

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