En juin dernier (on en a peu parlé dans les médias), Ratko Mladić a vu confirmer sa condamnation à perpétuité de 2017 pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. En cause, notamment, son rôle déterminant dans le siège de Sarajevo et le massacre de Srebrenica durant lequel l’ancien chef militaire avait fait tuer plus de huit mille hommes…

Sorti le 22 septembre dernier, La Voix d’Aida, de la réalisatrice Jasmila Žbanić, revient donc avec intérêt sur les événements de juillet 1995 lorsque les populations bosniaques de Srebrenica vinrent se placer sous la protection de l’ à Potočari, suite à la prise de leur ville par le général Mladić.

Le récit du film suit Aida, une prof d’anglais réquisitionnée pour servir d’interprète entre les populations locales et les Casques bleus néerlandais. Lesquels voient leur camp submergé par les réfugiés et peinent à contenir la situation entre, d’un côté, ceux qui leur réclament les frappes aériennes promises par New York contre les agresseurs serbes et, de l’autre, les démonstrations d’apaisement de Mladić qui cachent, en vérité, un odieux stratagème.

À mesure qu’avance le récit, et que s’imposent les Serbes à proximité, puis à l’intérieur même, du camp, le massacre à venir paraît inéluctable. Impuissante au regard des événements, Aida fera alors son possible pour tenter au moins de protéger sa de la fureur génocidaire de l’ serbe.

Les plus grandes qualités du film, disons-le d’emblée, résident en sa capacité de synthèse des événements survenus à Srebrenica et en sa pudeur esthétique dans la représentation des violences commises. Une pudeur appréciable qui s’explique naturellement par la contemporanéité de l’histoire qui nous est contée – nous sommes loin de la horrifique et émotionnelle déployée bien trop souvent autour de la représentation de la Seconde Guerre mondiale au cinéma.

Aigre-douce, la conclusion laisse deviner le ressentiment actuel des uns et des autres qui tentent plus ou moins d’aller de l’avant et se réfugient dans le présent pour ne pas trop regarder le passé.

Là où le film pèche, cependant, c’est par son manque de contextualisation sur l’éclatement de la Yougoslavie. La réalisatrice tend à limiter son œuvre à l’évocation d’un massacre dont les Serbes sont responsables, et n’explique jamais ceux dont ils ont eux-mêmes été victimes depuis la Seconde Guerre, que ce soit en Croatie ou en Bosnie où ces populations ont été régulièrement chassées de leurs villages. Dès lors, la crainte des Serbes, depuis la proclamation d’indépendance, au début des années 90, de la Slovénie, de la Croatie, puis de la Bosnie, de voir disparaître l’unité géographique et administrative de leur peuple, éparpillé sur chacun de ces territoires en minorités ethniques vulnérables, est largement compréhensible. À défaut de justifier quoi que ce soit, cette crainte des Serbes explique au moins leur attitude durant la guerre de Bosnie-Herzégovine. Tout n’est pas noir ou blanc, contrairement à ce que laissait penser la presse française de l’époque qui vantait la Bosnie comme un formidable exemple de réussite de la société multiculturelle malencontreusement gâché par la mauvaise volonté des Serbes… L’histoire est manifestement plus complexe que cela (on pourrait aussi évoquer les tensions entre Croates et Bosniaques).

Le multiculturalisme n’a fonctionné durablement dans aucun pays du monde, et certainement pas en Yougoslavie, ce film en est une démonstration supplémentaire…

9 octobre 2021

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