Résidant depuis quelques années en Amérique, Gad Elmaleh rentre à Paris pour – dit-il – rendre visite à ses proches. En vérité, l’humoriste, fasciné par la Vierge Marie depuis son enfance à Casablanca, compte demander le baptême et prépare secrètement sa conversion au catholicisme, au grand désespoir de ses parents et de sa sœur qui en prennent peu à peu conscience. En le voyant ainsi se détourner du judaïsme et de sa communauté juive d’origine, sa craint en effet de le perdre pour de bon…

de fiction aux faux accents autobiographiques, Reste un peu, réalisé et interprété par Gad Elmaleh en personne, est un objet cinématographique peu commun. Loin de l’esprit de Coco, son précédent long-métrage en tant que cinéaste, il fut produit en trois mois et demi seulement avec un budget dérisoire et met en scène sa véritable famille.

Évoquant auprès d’eux la volonté de faire un sur la de la cinquantaine, l’acteur-réalisateur fit improviser des dialogues à ses proches autour de situations précises et prédéterminées afin de garantir leur spontanéité au tournage et d’obtenir d’eux le meilleur jeu d’acteur possible.

Le résultat est aussi bluffant pour le spectateur que l’exercice dut être cruel pour ses parents, amenés à sublimer à l’écran leur désarroi (réel ?) eu égard à la fascination de leur fils pour la Vierge – ce qui constitue, rappelons-le, un véritable péché d’idolâtrie aux yeux des juifs.

In fine, Gad Elmaleh aborde de façon légère, et avec un humour plus diffus qu’à l’accoutumée, le difficile dialogue des religions et la douleur – bien compréhensible – des familles confrontées à la conversion d’un proche. L’occasion aussi, pour Elmaleh, de défendre les chrétiens et de déplorer chez eux, au détour d’un spectacle, une réserve trop précautionneuse face aux autres religions, dont notamment un certain laïcisme aussi agressif que dévot.

Si l’acteur-réalisateur fait la part belle au catholicisme, le sujet de sa foi, admet-il volontiers, n’est pas tant le Christ et la Sainte Trinité – dont il peine à saisir le sens – que la Vierge Marie. Une fascination un peu excentrique qui, n’étant jamais véritablement expliquée ou intellectualisée, risque bien de laisser le spectateur au bord du chemin. D’une certaine façon, Gad Elmaleh se bricole sa propre sur un mode libéral, finalement très américain. Le personnage qui s’exprime à travers lui ne cache d’ailleurs pas sa sympathie pour les protestants chez qui les sectes pullulent depuis le XVIe siècle : anglicanisme, calvinisme, luthérianisme, quakerisme, méthodisme, évangélisme, adventisme, etc. Faudra-t-il désormais ajouter le « marisme » de Gad Elmaleh à cette liste ?

Un film un peu curieux mais malin dans son dispositif.

3 étoiles sur 5

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25 novembre 2022

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15 commentaires

  1. Je n’aime pas que ces gens du monde « des peoples » du « spectacle/ showbiz » comme l’on dit, expriment leurs opinions de foi, quelle qu’elle soit. Car si c’était un quidam qui parlerait d’une façon publique de sa « conversion » à l’Islam, j’aimerai bien savoir ce que vous en diriez.
    De plus, si ce quidam vous imposait un film au sujet de ses états d’âme, je souhaiterai avoir votre opinion. Je n’irai pas voir ce film de toute façon, un humoriste copieur pris en défaut, j’ai peur de sa sincérité ……

  2. J’ai regardé des passages de ce film,je n’irai pas le voir,je n’apprécie pas le style intimiste,d’autre part il me semble que cet homme devrait parler de Jésus,de la Sainte-Trinité ,ou du moins approfondir notre foi qui ne se limite pas à la Vierge-Marie,même si la mère du Seigneur,qui est également celle de tous les fidèles, tient une place de premier plan dans notre foi.
    Le témoignage de foi de Véronique Lévy,soeur de BHL ,convertie au catholicisme ,me semble plus beau et plus explicite .
    Malgré cela je reconnais le mérite de Gad El Maleh lorsqu’il dénonce notre timidité ,en cela il rejoint un grand nombre de convertis,c’est qu’ils ont la fougue des premiers chrétiens,alors que nous baignons depuis longtemps dans une société sécularisée,et une Eglise en crise qui ne prêche que l’oecuménisme et le dialogue interreligieux !

  3. je ne comprends pas le commentaire de Pierre Marcellesi.
    au contraire, je trouve courageux et vrai ce scénario ou effectivement il est tiraillé entre sa foi et sa famille qu’il ne veut pas blesser et au contraire lui expliquer ce qu’il a trouvé dans cette conversion.
    les dialogues sont tellement vrais et sa famille remarquable d’avoir accepté de se mettre à l’écran.

    c’est un témoignage exceptionnel qui fait chaud au coeur car à notre époque les chrétiens ont souvent peur de se dire croyant.
    le film est remarquable à tout point de vue et mérite d’être vu, y compris par des incroyants, car il respecte toutes les pensées.

    1. Moi non plus je ne comprends pas ce commentaire.
      Je trouve qu’Elmaleh, en nous faisant part de son cheminement déjà perceptible dans son film « Chouchou », est très crédible. Chouchou, homosexuel est accueilli sans discuter par la communauté catholique. quelle autre religion est capable de ça ?
      Je redoutais la caricature, j’ai trouvé ce film lumineux à l’heure où il est de bon ton de taper sur les cathos, déboulonner leurs statues et endurer les propos d’un pape félon.
      J’ai trouvé ce film courageux, car Elmaleh sait qu’avec ce genre de sujet, il ne déplacera pas les foules et risque d’être mal compris.
      Le public aurait intérêt pourtant à se déplacer pour un film qui montre qu’il existe une spiritualité plus profonde que dans les religions imposées comme l’écologie, le wokisme et l’amour de l’autre à sens unique

  4. Ce film a au moins un avantage, c’est de montrer que Gad Elmaleh à un certain courage. En effet, afficher ainsi sa volonté de se convertir au catholicisme, quand la mode est de brûler des églises, cracher sur les curés, de profaner des cimetières catholiques… et, à contrario, d’accueillir à bras ouvert le voile, le halal, la charia… « Il faut être gonflé… ».

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