[Chronique] Le 9 juin, quelle Union européenne souhaitons-nous vraiment ?

A view of different flags of the European Union Members during a debate on Poland's challenge to the supremacy of EU laws at the European Parliament, in Strasbourg

Le débat politique national s’invite naturellement dans le débat européen. À l’évidence, le résultat des élections européennes aura des conséquences sur le paysage politique français, notamment si certaines listes n’atteignent pas le seuil fatidique des 5 %. De surcroît, il ne faut jamais oublier qu’il existe deux co-législateurs dans l’Union européenne, le Parlement européen mais aussi le Conseil de l’Union européenne, qui est composé de représentants des gouvernements. Donc de la Macronie, pour ce qui concerne la France. La politique européenne est aussi la politique française. D’autant plus que notre Parlement est devenu une chambre d’enregistrement de la législation bruxelloise pour une bonne part de son activité. Il doit, en effet, « transposer » dans le droit positif français les innombrables directives européennes et nombre de décrets participent aussi à cette transposition. En 1988, Jacques Delors avait pronostiqué : « Dans dix ans, 70 à 80 % de la législation adoptée le sera sous influence européenne. »

Mais les élections européennes sont évidemment déterminantes pour l’orientation donnée à la politique de la Commission européenne, qui possède le monopole de l’initiative législative. D’abord par le « vote d’investiture » accordé ou non au président de la Commission par le Parlement européen, sur le fondement de son programme de mandat.
Or, il est notable que les formations politiques favorables à la constitution d’un État supranational cherchent toujours à éluder les questions de fond. La tactique est de réduire le débat à une dialectique puérile : pour ou contre l’Europe. Ou encore à des slogans tout aussi creux : « Il nous faut plus d’Europe ! » Mais la question essentielle du « pour quoi faire » n’est jamais posée.

Mme Hayer tente d'« enfumer » les électeurs par l’exploitation éhontée de la guerre en Ukraine. Il est probable que cette manœuvre n’aura pas les effets escomptés par les conseils en communication politique de Renew. En revanche, il est intéressant de mettre en lumière la vision européenne des macronistes. Celle-ci est exposée dans les statuts du groupe en question : « un véritable processus d’intégration en profondeur ». Mais leurs convictions profondes ont été exprimées lors des débats des 28 et 29 novembre derniers à l’Assemblée nationale, au sujet de la résolution du Parlement européen sur les suites de la conférence sur l’avenir de l’Europe. M. Pieyre-Alexandre Anglade (président de la commission des Affaires européennes) y a notamment affirmé que « sans l’Europe, notre souveraineté nationale est nulle et non avenue », parfaite illusion, comme le remarquait Brzeziński : « Le problème, cependant, tient au fait qu’une Europe vraiment européenne n’existe pas […] ce n’est pas une réalité », et de continuer avec ironie : « À travers la construction européenne, la France vise la réincarnation, l’Allemagne la rédemption » (Le Grand Échiquier, Pluriel, 2023). L’UE n’est pas la France en réalité augmentée. En l’état actuel, c’est la France rapetissée. Dans un esprit similaire de dépréciation française, le député MoDem Frédéric Petit énonçait : « Quand vous parlez du référendum de 2005, mes chers collègues, sachez que c’est un petit bout de l’Europe qui a voté contre ! […] C’est la France […] et les Pays-Bas. » Oubliant, au passage, que neuf États membres avaient interrompu leur processus de ratification ! La France n’est donc plus qu’un petit bout d’Europe. Quant au référendum, « c’est un blocage que nous devons maintenant corriger » car il faut « aider les citoyens à grandir » ! C’est entendu, ces gens ne croient plus en la France et n’ont pas de respect pour la démocratie référendaire. Pour éclairer les électeurs, apparemment considérés comme des enfants, il conviendrait qu’ils exposent franchement le fond de leur idéologie. Vain espoir !

Pour la sincérité du scrutin, LR devrait exposer clairement quelle est sa vision de l’Union européenne. Membre du PPE, groupe favorable à une « Union européenne fédérale », dont le programme électoral réclame que l’UE devienne « une démocratie parlementaire à part entière », l’instauration d’un ministre des Affaires étrangères de l’UE et la fin de l’unanimité pour les sanctions internationales, LR se veut aujourd’hui eurocritique et votera contre Mme von der Leyen, candidate adoubée par le PPE ! Comprenne qui pourra. Que veulent-ils, en vérité ? M. Ciotti a voté d’un cœur léger le traité de Lisbonne et, depuis Chirac, cette famille politique a constamment approuvé la dérive supranationale de l’Union européenne. En dépit des qualités de leur tête de liste, peut-on encore leur faire confiance ?

Mais il est une autre conception de l’Europe. Celle de fortes coopérations entre nations souveraines sur des projets d’intérêts communs, tels les réseaux transeuropéens, les coopérations industrielles majeures, l’indépendance stratégique, l’affirmation forte de sa place dans le monde et la défense sans faille de sa civilisation contre ceux qui veulent la miner. Pour ce projet, il faut une France forte et libre, c'est-à-dire souveraine. Le 9 juin, il est un votre utile : battre sans appel la « Macronie » et l’esprit d’abdication française.

Stéphane Buffetaut
Stéphane Buffetaut
Chroniqueur à BV, élu de Vendée, ancien député européen

Vos commentaires

40 commentaires

  1. Personnellement, je souhaite une Union Européenne démocratique, qui respecte le choix libre, des nations libres regroupées dans cette Union. Certes sans « quelque » contrainte , ça peut tirer à hu et à dia ; mais cordonnier pas au delà de la semelle ! Les lois votées au Parlement en France doivent primer sur la loi des Commissaires etc non élus, de plus !

  2. J’espère que les électeurs, considérés comme des enfants, reprendront « la guerre des boutons » contre les idéologues européistes qui ont déclaré leur guerre contre la suprématie des états, indépendants et …. libres.

  3. « Pour la sincérité du scrutin, LR devrait exposer clairement quelle est sa vision de l’Union européenne. » = Oui.
    ** » il faut une France forte et libre, c’est-à-dire souveraine. » = Oui.
    ** Il faut un vote utile, « un votre utile : battre sans appel la « Macronie » et l’esprit d’abdication française. » = Oui.

    Mais je rajouterai : Il faut un vote qui nous redonne la fierté de nos racines chrétiennes , datant de Clovis.
    C’est pourquoi il faut voter Non à la macronie, mais aussi non à ceux qui réfutent cet aspect français (donc Reconquête qui est « contre le Christ » confirme son président)

  4. Quittons l’europe une fois pour toute et redevenons une NATION LIBRE donc quittons aussi l’euro et quittons aussi l’OTAN!!!!!
    Pas bien haut mais TOUT SEUL !!! Cela n’empêchera pas des relations commerciales libres avec qui le voudra. Plus jamais de subordination à un quelconque système sinon c’en est fini de notre nation de FRANC (libre)

  5. Logique conclusion de cet article. Mais, pour battre cette Europe, attention aux leurres mis devant les électeurs!

  6. Illusion, tout cela n’est qu’illusion, car lorsque l’on est endetté officiellement à hauteur de 3100 milliards d’euros et sans doute près du double avec la dette cachée, notre sort ne nous appartient plus, il dépend en partie de l’Europe et cela l’incapable de l’Elysée l’a fort bien compris.

  7. Inutile de tourner autour du pot. L’union européenne est une organisation politique supranationale. Elle ne peut pas respecter les volontés des peuples dont les intérêts sont divergeant, voire opposés (histoires, géographies, cultures, toutes différentes). Elle est donc – par nature ! – antidémocratique. On le constate tous les jours, par les mauvais coups portés à la France. – – – – – Toute velléité de « changer l’u.e. » est une utopie et un mensonge, une arnaque. Ne pouvant pas prendre en compte les intérêts des peuples, l’u.e. est au service de l’élite mondialiste richissime, (c’est une définition de l’extrême droite). Elle ne peut pas être au service d’autre chose. – – – – – – Donc, la SEULE solution est de cesser le déni et d’en sortir. Assez de fables pour enfants naïfs !

  8. L’U.E.? Non merci, on a déjà donné : place aux partisans du Frexit et au retour des entreprises nationales, arrêtons de vendre nos bijoux de famille aux Etats du golfe….Mais je pense raisonnablement qu’il est trop tard !

  9. Il faut sortir de cette Europe dictatoriale ,néfaste et bien dangereuse ..donc je voterai comme il faut ..et contre celui qui se voudrait le grand manitou …et qui casse notre pays .

  10. Personnellement ça se limite à quatre souhaits :
    1. La decomposition des gauche européennes à Bruxelles,
    2. La montée en flèche des droites européennes,
    3. L’élimination de la Von der Leyen, et sa condamnation pour sa Pfizer Gate,
    4. Le début du Frexit !
    C’est pourquoi j’irai voter le 6 juin.

    • Si vous êtes français, je vous conseille plutôt de voter le 9 juin (je vous taquine). Pour le Frexit, je voterai Patriotes, liste sans langue de bois, sans entourloupe.

      • Comme je l’ai dit plus haut, moi aussi, car en plus, il y a alliance avec F Poisson et Dupont Aignan n’ayant pas pu faire une liste par manque de financement, a promis de voter pour cette alliance et de la soutenir.

  11. Le seul vote cohérent consiste à choisir ceux qui veulent sortir de l’emprise de cette Europe de bandits qui veut détruire les nations et effacer toute forme de démocratie.

  12. Il faut revenir à ce pour quoi cette union a été créee et ne pas y accepter n’importe qui . L’urgence est de virer ceux qui la dirige et s’il le faut faire comme les anglais , la quitter .

  13. Le seul vote utile est un vote souverainiste. Le vote Bardella, le gendre idéal (?), est un vote pro OTAN, du style Meloni, sera décevant puisque son parti ne s’oppose à rien.

    • Et que proposez vous, quand on a 3000 milliards de dettes ? En réalité, comme l’a constaté Meloni en Italie, ce sont nos créanciers qui gouvernent, et les grandes envolées lyriques des y’a « ka faut qu’on » ne servent à rien. Même si Bardella, ne pourra pas faire tout ce qu’il souhaiterait, ce sera quand même mieux que ce que nous avons depuis cinquante ans.

    • Quand au vote souverainiste, que je souhaiterais moi aussi, on peut toujours rêver de dépasser 10%, vu que chacun tire de son coté. Il faudrait prendre exemple sur les deux ânes attachés par le cou et ayant deux meules de fois à manger, qui EUX ont compris qu’en allant manger ensemble, ils pourraient manger les deux. Et qui a dit « bête comme un âne souverainiste.

      • Cela a changé : Poisson s’est allié à Philippot et Dupon Aignan les soutient.
        Cela fait donc trois petits partis ensemble. Il suffit que les chrétiens se rendent compte qu’il ne faut pas voter pour quelqu’un qui est contre le Christ car le Christ c’est la mort (la résurrection n’existe pas pour ce monsieur sans doute), et cela peut peut être changer les choses.

  14. En lisant le développement de l’article, je pensais que la conclusion allait déboucher sur le choix du Frexit…Or la conclusion se limite au « battre la macronie ». Très très largement insuffisant. L’article préconise de voter PS, RN, LR voire EELV ? Que des partis pro UE qui approuveront la même politique que celle qui est menée par VDL. Quand on voit que LR a voté « pour » et que le RN n’a pas voté « contre » l’accord bilatéral Macron/Zélinsky qui nous engage dans la guerre contre la Russie, il n’y a rien à espérer de cette soit disant opposition bien peu courageuse.

  15. L’union européenne est née d’un accord commercial,et rien d’autre..a aucun moment elle aurait dû devenir  » ce machin »,nid de politicards et fonctionnaires médiocres qui prétendent supplanter la souveraineté des états,avec la traîtrise d’un certain nombre de chefs d’états infeodes aux États Unis et au  » mondialisme » comme notre guignol mégalomane de l’elysee..

    • D’où l’intérêt de virer tous ces gauchistes et LR complice ! Il faut savoir ce que l’on veut ! Je voterai Reconquête ! Et ces élections seront une sorte de referendum ! Car sortir de l’Europe n’est pas réaliste, donc autant bien voter RN ou Reconquête malgré leurs défauts, on n’est pas parfaits mais ce serait un premier pas !

      • En tant que chrétienne, je ne peux voter pour Reconquête. De plus je suis pour le frexit. Et le frexit, oui c’est réaliste. Il suffit de voir l’Angleterre qui s’en est très bien tirée.

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