Ceuta : derrière la vague migratoire, le jeu trouble du Maroc

Bien que partenaire de l'Europe, Rabat est soupçonné d'utiliser les flux migratoires comme levier politique.
Capture d'écran Le Parisien
Capture d'écran Le Parisien

« Ce qui s'est passé est une attaque contre l'intégrité territoriale de l'Espagne et mérite notre condamnation la plus ferme et la plus énergique. » Les mots sont forts. Ils ne sont pourtant pas ceux d'un dirigeant de Vox, le parti espagnol de droite nationale, mais de Pedro Sánchez, chef du gouvernement socialiste espagnol et l'un des responsables européens les plus favorables à une politique migratoire ouverte. Pourquoi le Premier ministre espagnol évoque-t-il une « attaque contre l'intégrité territoriale » plutôt qu'une simple crise migratoire ?

Depuis mercredi, près de 60.000 migrants ont tenté de rejoindre les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, seules frontières terrestres entre l'Union européenne et le continent africain. Un chiffre vertigineux, lorsqu'on sait que Ceuta ne compte qu'environ 83.000 habitants sur à peine 18,5 km². Face à cette pression sans précédent, le président de Ceuta a demandé au gouvernement espagnol de décréter l'état d'urgence national. Madrid s'y est refusé, tout en renforçant le dispositif de la Garde civile.

Pour Rocío de Meer, députée espagnole de Vox, il ne s'agit pas d'une simple poussée migratoire mais d'« une invasion ». « Ce ne sont ni des exilés, ni des réfugiés, ni des femmes, ni des enfants. Ce sont des hommes en âge militaire », affirme-t-elle à Boulevard Voltaire.

Un partenaire... mais un voisin ambigu

Depuis le début de la crise, plusieurs vidéos largement relayées sur les réseaux sociaux montrent des policiers marocains présents à proximité des franchissements sans intervenir. Des images qui alimentent les interrogations sur l'attitude de Rabat. Pour Fadila Maaroufi, directrice de l'Observatoire européen des fondamentalismes, interrogée par BV, cette situation est inhabituelle. « Il est assez étonnant que le Maroc laisse passer autant de personnes d'une manière aussi facile, alors que généralement, le Maroc est assez ferme », observe-t-elle, estimant qu'il existe au minimum une forme de laisser-faire des autorités marocaines.

Cette attitude interroge d'autant plus que le Maroc est l'un des principaux partenaires de l'Union européenne dans la lutte contre l'immigration clandestine. Rabat bénéficie depuis plusieurs années de financements européens destinés à renforcer le contrôle de ses frontières et à limiter les départs vers l'Espagne.

Ceuta et Melilla, un vieux contentieux

Le contexte territorial éclaire aussi les événements actuels. Depuis son indépendance en 1956, le Maroc revendique officiellement la souveraineté sur Ceuta et Melilla. En décembre 2020, le Premier ministre marocain de l'époque, Saad-Eddine El Othmani, ravivait ce contentieux en affirmant que « Ceuta et Melilla sont marocaines comme le Sahara ». Quelques mois plus tard, en mai 2021, près de 10.000 migrants pénétraient à Ceuta en moins de quarante-huit heures après un relâchement des contrôles marocains, en pleine crise diplomatique liée à l'accueil en Espagne de Brahim Ghali, chef du Front Polisario.

Le constat est partagé jusque dans le débat politique espagnol. Selon Rocío de Meer, « le Maroc exerce une pression migratoire sur Ceuta et Melilla depuis des années » et utilise les migrants comme « boucliers humains contre l'Espagne ».

Une stratégie de pression ?

Pour Florence Bergeaud-Blackler, directrice du Centre européen de recherche et d'information sur le frérisme (CERIF), interrogée par BV, le royaume ne se contente pas de laisser faire : « Il encadre ce mouvement de population. » Elle établit un parallèle avec la Marche verte de 1975, lorsque le roi Hassan II avait mobilisé près de 350.000 civils marocains pour pénétrer dans le Sahara occidental alors administré par l'Espagne. Cette démonstration de force avait conduit au retrait espagnol. Sans assimiler les deux situations, la chercheuse évoque une « guerre de reconquête qui ne dit pas son nom ».

L'utilisation des flux migratoires comme instrument de pression n'est pas inédite. La Turquie de Recep Tayyip Erdoğan a déjà utilisé cette menace pour peser sur Bruxelles. En 2021, la Biélorussie d'Alexandre Loukachenko était accusée d'avoir instrumentalisé les migrants à la frontière polonaise dans le cadre d'une « attaque hybride ».

Le cas marocain présente évidemment ses spécificités et rien ne permet d'affirmer que Rabat orchestre directement les franchissements observés ces derniers jours. Mais les revendications territoriales anciennes sur Ceuta et Melilla, les précédents de 2021 et les images diffusées depuis la frontière relancent une question que Pedro Sánchez lui-même semble avoir soulevée en évoquant une « attaque contre l'intégrité territoriale de l'Espagne » : derrière cette vague migratoire se joue-t-il aussi un rapport de force géopolitique entre Rabat, Madrid et l'Union européenne ?

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

Vos commentaires

64 commentaires

  1. La France dont les Aides sociales, médicales, éducatives sont les plus avantageuses de l’Europe, ils vont logiquement tous débarqués chez nous ! comment allons-nous continuer à payer ces aides avec nos impôts, notre économie étant devenue exsangue et les Français n’en peuvent plus ! Une bombe à retardement !
    Le seul moyen de s’en sortir, c’est de supprimer toutes ces aides sociales, et ils repartiront ailleurs …….

  2. C’est l’effondrement de Rome .
    Le Maroc, mais il n’est pas le seul , profite de la faiblesse de la France et de l’Europe, et on en recueille les fruits pourris . On récolte toujours ce que l’on a semé ! Si nous étions plus fermes, voire très dur, nous aurions été respectés et nous n’aurions pas ce problème d’invasion car il s’agit bien d’une invasion, n’en déplaise à certains !

  3. Il est évident qu’une invasion comme celle-là ne peut exister qu’avec au moins l’accord et les encouragements de la dictature royale marocaine. On doit même supposer que quelque part ce sont les services du roi qui ont entièrement organisé cette invasion.
    Le Maroc est une dictature, ne l’oublions pas, tenue d’une main de fer et où il ne fait pas bon s’opposer au régime héréditaire : la prison et les mauvais traitements sont inévitables lorsqu’on s’y risque ! Et on nous raconte que ces gens sont nos amis, mais ce sont des amis mal élevés alors, qui passent leur temps à menacer, à nous vendre de la drogue et à nous exporter leurs jeunes délinquants ! Basta cosi !

  4. Comme toujours c’est la faute aux autres alors que l’ignoble pendant de Macron de l’Espagne en est le responsable. Toute l’Europe est pourrie par cette même génération de minables voir de binationaux et à tous les niveaux de la politique et de la haute publique qui n’en ont que faire de leur pays pourvu qu’ils en profitent sans aucune responsabilité de leurs actes et moins encore des conséquences.

  5. Concernant la vague de 60 000 migrants arrivés en Espagne et donc certains voudront certainement passer en France pays beaucoup plus généreux (AME 1,2 milliards d’euros sans compter les hotels occupés en permanence par des migrants aux frais des contribables. Surtout PAS D’ANGOISSE PARTICULIERE..
    En effet Mr Nunez le meilleur ministre de l’intérieur de la V ème république vient d’envoyer des renforts des renforts à la frontière ,Ouf avec Mr NUNEZ comme pour les manifestations , ou plutôt des émeutes
    TOUT EST SOUS CONTROLE, on peut lui faire confiance.
    Au pire, si d’aventure quelques uns passaient la frontière pour la France la plupart des écologistes Pro immigration aussi fortement qu’ils sont pro éoliennes, seront très probablement heureux pour respecter leur idéologie de les recevoir . Aussi je m’attends comme des milliers de français que probablementt Md BARBUT en recevra quelques uns dans sa villa du Var elle a plusieurs transats et du temps libre faute d’avoir été en Grionde pour soutenir les pompiers et agriculteurs .
    Je pense que Md Sandrine ROUSSEAU ne voulant pas probablement être en reste, en recevra plusieurs dans sa maison secondaire près des gueux qui font des barbecues.
    Elle en est obligée moralement car lors du décès de Brigitte BARDOT , elle l’a critiqué vertement en disant qu’elle aurait mieux fait de s’occuper des migrants au lieu de son association pour les animaux.
    ( J ‘ai gardé cette formule).
    Elle pourra leur faire gouter à non pas de la viande mais  » des cadavres d’animaux ».
    Voilà au moins des migrants qui seront bien reçus.

    • Non, la plaie c’est la faiblesse, le droit de l’hommisme et la bien-pensance européenne. Le Maghreb ne fait que nous retourner en pleine figure les leçons de moraline que nous distillons au monde entier de notre piédestal fissuré qui s’écroule. Le problème c’est l’UE. Le problème ce sont les français, largement majoritaires, qui veulent rester dans l’UE. Le problème c’est d’accepter toutes les lois liberticides et de censure (que vote à chaque fois le RN soit dit en passant…). Le problème c’est de se mettre à plat ventre devant Zelinsky et la corruption la plus immonde qu’il représente. Le problème c’est nous ; c’est ce que nous sommes devenus, des êtres faibles, dépendant du pouvoir, peureux, gâtés comme un fruit trop mur qui n’a plus aucune vigueur.

    • Il eut les dix plaies d’Égypte, selon le livre de l’Exode, voici la onzième pour l’Europe cette fois-ci, espérons que nous n’ayons pas aussi à fuir à travers le désert, ce serait dommage pour Mélenchon, et les antisémites.

  6. « Bien que partenaire de l’Europe, Rabat est soupçonné d’utiliser les flux migratoires comme levier politique »

    Quand est ce que le Maghreb a « respecté » sa parole ? …
    Quand est ce qu’on va mettre fin à tout ce bordel ? ! …
    Sûrement pas avec les « gooochos » qui régentent l’UE actuellement aidés dans cette trahison envers les souverainetés des peuples européens par certains dirigeants connus depuis longtemps par les « trafiquants d’êtres humains » …

  7. C’est honteux et les espagnols sont un réel problème pour l’Europe! Je rappelle que 60% de l’Afrique est francophone donc ils vont finir où ? Plus d’Europe, plus d’espace Schengen, des sanctions contre le Maroc… On ne veut plus ça, on n’arrive déjà pas à les gérer en France et les chiffres des prisons sous évalués par le gouvernement le prouve!

    • Cheche. Incroyable ! Le Maroc envahit la ville espagnole de Ceuta, et pour vous « le réel problème » c’est l’Espagne. Et de plus pour vous, « des sanctions contre le Maroc…on ne veut plus ça » ! « On » c’est vous, parlez pour vous, pas pour la majorité des Français. Demandez aux citoyens franças ce qu’ils pensent de la submersion migratoire en provenance du Maghreb.

      • Vous avez raison et je vous suis, RIRI06, mais il y a un paramètre que beaucoup oublient : nous vivrons une époque des échanges et le Maroc principalement et d’autres au Maghreb et ailleurs sont malheureusement de très gros clients ou fournisseurs qui créent des fortunes entre personnes de bonne morale.

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