Ceuta : combien d’entrées illégales pour avoir le droit de parler d’invasion ?

En mai 2021, c'était près de 10.000 migrants qui étaient entrés illégalement sur le territoire de Ceuta. En une nuit. On pensait alors voir atteint un sommet. Mais non. Et demain ?
© Jorge Guerrero AFP
© Jorge Guerrero AFP

Ceuta ! Un confetti espagnol – et donc européen – de 18 km2 adossé au Maroc (710.000 km2, Sahara occidental inclus) et plus largement au continent africain (plus de 30 millions de km2 !). « Retournez la carte et vous saisirez le poids du continent africain sur le continent européen », nous disait notre professeur de géographie, en classe prépa à Saint-Cyr, il y a près d’un demi-siècle de cela. Un conseil teinté de prophétie : ce professeur – paix à son âme – qui voyait loin car il voyait long, avait sans doute lu Le Camp des saints, publié cinq ans plus tôt. Ceuta, donc, ce 30 juillet, a connu une vague inédite de migrants illégaux qui a littéralement déferlé sur la petite enclave, principalement par la mer. Ce vendredi 31 juillet, on évoque plus de 60.000 personnes, dont une immense majorité de jeunes hommes. Ceuta compte 80.000 habitants, on vous laisse imaginer… « Cela représente 70 % de la population de Ceuta. C’est comme si, en 24 heures, 34 millions de personnes entraient sur le territoire espagnol. Évidemment, c'est impossible d’absorber cette pression », a d’ailleurs déclaré le président du gouvernement local de Ceuta.

25.000 auraient d’ores et déjà rejoint « volontairement » le Maroc, a annoncé le ministère de l’Intérieur espagnol, qui veut peut-être ainsi se rassurer et nous rassurer. Nous rassurer car, évidemment, compte tenu de l’ampleur du phénomène, l’affaire n’est pas qu’hispano-espagnole ou hispano-marocaine ! Elle est européenne et donc française. In fine, quel sera, d’ailleurs, le « delta » de cette expédition migratoire entre ceux qui n’auront fait qu’un petit aller-retour à Ceuta et ceux qui chercheront à aller plus loin, c’est-à-dire à rejoindre la péninsule Ibérique, c’est-à-dire le continent européen, c'est-à-dire aussi, fatalement, statistiquement, la France, même si M. Nuñez a annoncé avoir pris toutes les dispositions comme il se doit ? Nul ne le sait, à cette heure.

« Attaque contre l'intégrité territoriale »

Le président socialiste du gouvernement espagnol s’est rendu, ce vendredi, à Ceuta. Dans sa déclaration, il ne parle pas d’invasion mais d’« attaque contre l’intégrité territoriale de l’Espagne », ce qui veut dire la même chose. Des attaques contre l’intégrité territoriale, l’Espagne, la France et bien d’autres pays européens, notamment ceux qui sont en première ligne sur le pourtour méditerranéen comme l’Italie et la Grèce, en subissent depuis plus de dix ans de façon quasi quotidienne, à plus ou moins bas bruit. La question est donc celle-ci : à partir de combien de franchissements instantanés illégaux de nos frontières a-t-on le droit de parler d’invasion, d’attaque qui « mérite notre condamnation la plus retentissante et énergique », pour reprendre les mots du chef du gouvernement espagnol prononcés d’un air martial à Ceuta ? Et ce, sans se voir reproché d'« instrumentaliser la situation », comme l'écrit déjà notre presse de gauche.

 

Sánchez, pompier-pyromane

Un chef de gouvernement espagnol qui ressemble de plus en plus à un pompier-pyromane. Certes, il faudra évaluer la part de manipulation de la part des autorités marocaines dans cette invasion inédite, mais comment nier l’appel d’air qu’a constitué, ces derniers mois, l’annonce unilatérale de Pedro Sánchez de régulariser plus de 500.000 migrants illégaux vivant en Espagne ? Comment, aussi, ne pas souligner l’inconséquence d’une Justice espagnole, qui n’a sans doute rien à envier à la nôtre. En effet, le 8 juillet dernier, la Cour suprême du royaume a estimé que les refoulements immédiats n’étaient pas légaux pour les migrants arrivant par la mer à Ceuta ou Melilla (l’autre enclave espagnole sur la côte marocaine), tout en les maintenant possibles en cas de franchissement par voie terrestre d’un obstacle physique, comme une clôture. Le roi d’Espagne ne s’appelle pas Philippe mais Ubu !

Heureusement, Ursula fait le nécessaire

Ce qui se passe à Ceuta n’est en fait que le concentré tragique, en un lieu et un temps restreints, d’un phénomène qui dure depuis des années. On aurait presque envie de sourire en lisant la réaction d’Ursula von der Leyen, qui résume en fait toute la pensée de la majorité des gouvernants européistes : « Les images venant de Ceuta sont inacceptables. Nous ne pouvons permettre à quiconque de venir dans notre Union sans respecter nos règles. Les traversées dangereuses doivent cesser immédiatement. » Très bien. S’ensuit le couplet traditionnel sur les réseaux de passeurs : « Les réseaux de contrebande doivent être démantelés. » Des réseaux capables de faire franchir la frontière à 60.000 personnes en 24 heures, elle en connaît beaucoup, von der Leyen ? Et l’incantation se poursuit : « Et les retours doivent être rapides, comme nos règles le permettent. » Des règles qui permettent des retours rapides, c’est bien (on pense au règlement « retour » auquel Emmanuel Macron est opposé), mais on aimerait mieux des moyens qui empêchent ces entrées rapides. Plus compliqué… Néanmoins, Mme von der Leyen a chargé deux commissaires d’aider l’Espagne à contrôler la situation et Magnus Brunner, commissaire de l’UE aux Affaires intérieures et à la Migration, est même prêt à se rendre sur des points critiques. On est rassuré.

En mai 2021, c'était près de 10.000 migrants qui étaient entrés illégalement sur le territoire de Ceuta. En une nuit. On pensait alors voir atteint un sommet. Mais non. Et demain ?

 

Picture of Georges Michel
Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

94 commentaires

  1. Lors du débarquement de Normandie en 1944 ils étaient environs 80-90000 dans une première vague, avant la deuxième de la journée pour assurer la première, donc au total une affaire de 100-120 000  » jeune hommes  » comme on dit maintenant, et il n’y avait pas de femmes , comme maintenant aussi. Et tous les livres d’histoires parlaient d' »invasion de l’Europe, le Jour J, Overlord, etc… » Voilà , on a un indice pour le montant du chiffre pour évaluer une invasion.  » Overlord », j’y pense, il faudrait trouver un mot comme çà, percutant, pour qualifier l’invasion de l’Europe actuellement. A étudier…Overbord?

  2. Quand j’étais petit, mon Papa m’avait expliqué que l’armée et ses militaires étaient faits pour repousser les invasions étrangères. Il m’aurait menti ?

  3. vidéo Proche de Ceuta, des dizaines de migrants descendent d’un camion au Maroc, pour rejoindre la frontière. la police marocaine ne réagi pas

      • Quand la police ne réagit pas , tout est dit sur le but recherché … il faudra que les français votent pour en finir avec la faiblesse de la France

  4. Sanchez nous a presque totalement rassurés : 60 000 entrants mais 48 000 remigrants.
    12 000 c’est une invasion à l’échelle de Ceuta.
    48 000 pillards c’est un simple « rezzou » pluriel « razzia » à la mode des Bedouins.

    • Au fait Sanchez, le Chef de l’Etat ne dit rien ? Pas de réaction évidemment d’Ursula, si c’était en Hongrie avec Orban, là c’était le bazar, hein ?

  5. À Brigantin : Ce que cherche l’aristocratie mondialiste eurocentriste, c’est se préserver et s’enrichir. Il en a toujours été ainsi. Actuellement, ils utilisent une main d’œuvre à bas coût quasiment esclavagisé pour faire les travaux que soi-disant les natifs ne veulent pas faire, alors que ces derniers ne veulent pas être exploités. De plus ils nous trouvent trop rebelles et veulent nous diluer, nous abêtir afin de nous diviser et nous contrôler Si vous lisez ou relisez un peu l’histoire, vous verrez que les peuples divisés en plusieurs minorités sont toujours faibles. Pourquoi les migrants d’Afrique du Nord en priorité ? Parce que faire venir des peuples chrétiens pourraient trouver par une religion commune, un lien d’union entre eux et moins se diviser. Ce qui rendrait leurs objectifs plus difficiles à atteindre.

  6. La mafia a orchestré la rumeur selon laquelle l’Espagne ouvrait une « fenêtre d’opportunité » (Sánchez lui-même a facilité cette ouverture en régularisant un demi-million de migrants) et a constitué le premier groupe, tandis que les 80 à 90 % restants ont appris l’existence de l’expédition via les réseaux sociaux. Tous sont arrivés à Ceuta en auto-stop, en bus ou à pied à travers les montagnes, payant des bateaux pour débarquer sur les plages espagnoles de Ceuta. Les passeurs ont également exploité activement deux décisions récentes du gouvernement espagnol dans leurs publicités, garantissant que les migrants ne seraient pas expulsés rapidement.

    • Des hommes adultes (regroupement familial ) mineurs à 18 ans le droit de faire venir frères et sœurs (proposition de Macron , loi votée ) .

  7. Ceuta et Melilla sont des villes de la côte marocaine, considérées comme occupées par l’Espagne. Afin d’empêcher l’afflux de migrants dans ces villes, Rabat a obtenu la reconnaissance par Madrid de son projet d’accorder au Sahara occidental un statut d’autonomie et de renoncer à son indépendance. Cependant, le gouvernement de Pedro Sánchez a commencé à améliorer ses relations avec l’Algérie, rivale du Sahara occidental (qui lutte pour son indépendance). Il est donc logique de penser que l’effondrement du flux migratoire à Rabat rappelle brutalement à Madrid l’impossibilité d’un rapprochement économique avec l’Algérie.

    Des migrants affirment que la police marocaine les a aidés à traverser (en contournant les brise-lames) pour rejoindre Ceuta. Il est évident qu’il est impossible de rassembler 60 000 personnes sur l’étroite bande de terre de la ville marocaine de Fnideq (limitrophe de Ceuta) sans que les services de sécurité marocains ne s’en aperçoivent. La mafia a donc tout simplement exploité la décision politique de Rabat d’ouvrir temporairement ce point de passage pour faire pression sur Madrid.

  8. Seul Rabat pouvait organiser 60 000 hommes pour prendre d’assaut Ceuta.
    Vendredi, le maire de Ceuta, Juan Vivas, a annoncé que 60 000 migrants étaient arrivés dans la ville ces dernières heures. Selon des sources au sein du ministère espagnol de l’Intérieur, environ 25 000 personnes étaient retournées volontairement au Maroc à la mi-journée.

    De tels mouvements de population massifs ne peuvent s’expliquer uniquement par les activités des réseaux criminels impliqués dans le trafic d’êtres humains. Il est certain que quelqu’un coordonne et finance ces activités à un niveau supérieur.

  9. 1/ Les ancêtres des Espagnols auraient traité la question plus rapidement.
    2/ Ces migrants sont forts de nos faiblesses.
    3/ l’Espagne devrait abandonner ses colonies en Afrique, véritables portes d’entrée. Comme on devrait faire avec Mayotte.

  10. Pedro Sánchez a été accueilli par les espagnols de Ceuta d’une manière particulièrement houleuse, sous des quolibets qui ne cachaient pas ce que le peuple pense de lui. S’il n’y avait pas eu une « armée policière » pour le protéger, personne ne pouvait donner cher de sa peau !
    Quand aux « envahisseurs » très très majoritairement de sexe masculin, de très nombreuses vidéos montrent à quel niveau de respect ils placent les espagnols :
    – aucun respect même envers l’aide qui leur était offerte,
    – destructions sur leur passage,
    – pillages de magasins,
    – irrespect ; pour rester correct ; envers les forces de l’ordre dépassées par les événements,
    Et pendant ce temps là, comme pour les incendies « tout va bien », tout est sous contrôle », « tout est renforcé » quoi on ne sait pas !
    C’est une catastrophique invasion ignorée par ceux qui sont sensés nous protéger !

  11. Dans la horde des postulants à l’arrivée en Europe, vous avez vu beaucoup de femmes ? Juste une poignée …

  12. Etonnant comme l’UE, (la France, l’Espagne, l’Angleterre… )se laissent « pénétrer » aux frontières. Ça ne cesse de m’esbaudir et en même temps de me sidérer. Combien de frontières dans le monde peuvent-elles ainsi être « traversées », sans formalités, sans identification, sans visa, ?.. chez moi, j’ai une porte, close, et si quelqu’un veut entrer, il sonne, et demande l’autorisation. Ce basique bon sens a l’air complètement déconstruit dès qu’il sagit des « migrants ». QUI pour remettre l’église au centre de NOTRE village?

  13. Maroc : L’affaire des migrants de Ceuta des pions dans un jeu diplomatique : Les États-Unis et le Maroc, une alliance objective pour contrôler le détroit de Gibraltar – L’Informateur
    9–11 minutes

    L’AFFAIRE DES MIGRANTS DE CEUTA: Le Maroc utilise ses propres citoyens comme monnaie d’échange pour forcer Madrid et l’Union européenne à isoler l’Algérie, mais cela risque de se retourner contre lui.

    Selon nos informations, le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, a effectué une visite à Alger il y a quelques jours, où il a signé des accords fructueux avec l’Algérie, notamment des accords énergétiques qui pourraient isoler le Maroc. D’après nos sources, le Maroc a réagi en faisant pression sur Madrid pour qu’il ouvre les frontières et laisse les migrants rentrer en Espagne, et par conséquent, dans l’Union européenne.

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Eliot Deval encense le travail de BV !
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois