Dans l’émission « Le monde en face », ce mardi 2 juin 2020, sur France 5, un enfant d’environ dix ans conçu par donne sa définition de la famille : « Une famille, c’est trois êtres vivants, un plus petit que les deux autres, qui s’aiment. » C’est en réalité la définition d’une « association », dont on ne voit pas pourquoi il y aurait une personne plus « petite » que les deux autres et qui implique que la famille soit constituée de trois personnes. L’enfant ne dit pas « personne » mais « être vivant » : les animaux font donc partie de la famille… Sa définition est délicate, mais peut être résumée comme suit : « La famille est un groupe de personnes appartenant à un même code génétique ou unies par contrat », selon la loi, ou « un groupe de personnes unies autour d’objectifs et de valeurs communs représentés par un chef de famille », selon l’étymologie.

Dans l’Antiquité, les esclaves font partie de la « famille » ; il n’est pas avéré que tous les esclaves « aient aimé » leur chef de famille… Ce n’est d’ailleurs pas toujours avéré non plus de l’épouse ou des enfants ! Par conséquent, de tout temps, la question de la famille ne repose pas sur le sentiment de l’amour, mais plutôt sur celui de la communauté d’intérêts. La famille peut chercher à transmettre des valeurs communes, partagées ou non par ses membres, à transmettre un patrimoine, matériel ou immatériel, ou à se reproduire pour perpétuer un nom (c’est la préoccupation de la filiation). Bref les objectifs peuvent varier, mais ce qui unit la « famille », c’est un patrimoine commun autour de valeurs communes, préservées par un chef de famille qui, dans certaines civilisations, sera un homme ou une femme.

La question n’est donc pas de remettre en cause l’idée que cet enfant conçu par PMA fasse partie de la famille constituée de sa mère génétique et de son amie, mais de vouloir définir la famille en y intégrant un modèle marginal de constitution et, pire, de cacher sciemment des informations, dont on veut faire croire qu’il ne s’agirait que de préoccupations sentimentales. Pourtant, il s’agit en réalité d’informations factuelles, scientifiques : le « père », devenu « un donneur », n’est pas simplement un « être vivant » qu’il faudrait absolument « aimer », mais également la personne qui a fourni la moitié du code génétique de l’enfant. Sous prétexte d’un amour entre deux femmes, dont l’une seulement est la mère génétique de l’enfant, on cherche à justifier l’éradication d’une vérité scientifique : c’est totalement irrationnel !

On sent bien que l’enfant a intégré les paradigmes idéologiques qui lui ont été présentés comme les seules vérités garantes de son bonheur, mais est-il vraiment heureux ? Il le croit, parce qu’on le lui affirme, mais l’est-il en vérité ? Rien n’est moins sûr, surtout lorsqu’il déclare : « Mon donneur, il est anonyme, je le saurai jamais… » Notez l’utilisation du possessif « mon » qui marque que, malgré le caractère médical de sa conception, l’enfant cherche à créer un lien affectif avec le « donneur ». Même si l’enfant affirme qu’il lui est indifférent de connaître son « donneur », le verbe « savoir », au lieu de « connaître », marque de plus que cette partie de sa conception reste incertaine. Il éprouve un manque dans sa connaissance, qui deviendra tôt ou tard un « désir », c’est-à-dire le besoin de lever le voile sur cette partie du mystère de sa conception, ce qui est déjà confirmé par une autre de ses déclarations : « On a pris une graine du monsieur, j’sais pas comment, ça, ma mère, elle l’a pas expliqué… »

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