Tandis que le projet de loi sur la fin de vie devrait être présenté au Conseil des ministres en décembre, un documentaire sur ce sujet est diffusé, ce mardi soir, sur C8. L'enquête au cœur de la fin de vie réalisée par Géraud Burin des Roziers et produite par Bernard de La Villardière est suivie d'un débat animé par Christine Kelly. La célèbre journaliste de « Face à l'info » répond à nos questions.

Sabine de Villeroché. Pourquoi diffuser ce reportage et pourquoi un débat maintenant ?

Christine Kelly. Il s’agit de donner toutes les clés au téléspectateur pour réfléchir et être informé. Qu’est-ce qui peut changer concrètement en cas de nouvelle loi ? Qui a intérêt à appliquer la loi lorsqu’on constate qu’il y aura 54.000 centenaires en 2030 en France, 125.000 en 2050 ? La pénurie du personnel médical se pose déjà cruellement, aujourd’hui. Certains se demandent si une loi pour la fin de vie aiderait aussi sur le plan économique ? Posons-nous toutes les questions avant de légiférer.

S. d. V. Quels sont vos invités sur le plateau pour débattre du sujet de la fin de vie ? Toutes les opinions sont-elles représentées ?

C. K. Sont présents sur le plateau : Bernard de La Villardière, Damien Le Guay, philosophe, Jeanne Amourous, infirmière en soins palliatifs, Charles Rodwell, député Renaissance, Olivier Falorni, député MoDem et Indépendant, et Muriel Derome, psychologue clinicienne.

S. d. V. En annonçant la soirée, sur les réseaux sociaux, vous n'hésitez pas à prononcer le mot « euthanasie », contrairement aux rédacteurs du projet de loi, qui préfèrent l'expression « aide active à mourir ». Le documentaire diffusé mardi soir pointe un certain nombre de dérives des pratiques euthanasiques. Ne craignez-vous pas d'être accusée de parti pris sur un sujet qui, nous dit-on, est déjà tranché par les Français, puisqu'ils seraient majoritairement favorables à la légalisation de l'euthanasie ?

C. K. C’est l’unique documentaire qui permet de réfléchir dans un autre sens. Laissons les Français décider. Mais ne leur cachons pas les dérives possibles. Oui, les Français sont favorables, et quand on fouille, ils ne connaissent pas vraiment les lois existantes, ils ne savent pas que l’acharnement thérapeutique est interdit, ils ne connaissent pas le fonctionnement des soins palliatifs et ils sont nombreux à changer d’avis au moment venu, même s'ils étaient en faveur de l'euthanasie. Chacun est libre, mais il doit être aussi totalement informé. Euthanasie ou aide active à mourir, ne jouons pas sur les mots pour enjoliver ce moment difficile pour tous.

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07 novembre 2023 à 17:55

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34 commentaires

  1. G. Orwell doit en rire dans sa tombe, car une telle loi est un permis de tuer légalement, point barre ! Mais on notera aussi « l’objectivité » de M. Falorni qui a traité de menteur M. Guay qui affirmait que la Belgique s’était vue condamnée par la CJUE pour non respect des conditions mises dans sa loi sur l’euthanasie. Il a aussi mentionné que selon un sondage de la Croix, soixante et quelques pour cents des catholiques pratiquants étaient pour une telle loi. Comme s’il fallait prendre la Croix pour un journal objectif, tout le monde sachant que depuis des années ce journal devrait arborer comme logo, au mieux, la rose socialiste ! Sans parler de la commission mise en place pour étudier le sujet qu’il a qualifiée de parfaitement représentative. Ce député nous prend vraiment pour des imbéciles ! Et tout le monde sait d’avance que, comme partout où une telle loi a vu le jour – on l’a déjà vu pour l’avortement – elle fera l’objet de modifications allant toutes dans le même sens. Il était d’ailleurs à noter qu’une personnalité hollandaise interviewée dans le documentaire, initialement pour l’adoption d’une telle loi le regrette aujourd’hui et dénonce les dérives dont elle a fait l’objet.

  2. Expérience personnelle. Exemple de dérive : Certains du corps médical confondent miséricorde et permis de tuer.

  3. L’agonie interminable de Vincent Lambert a été un exemple flagrant pour justifier une aide active à mourir, surtout qu’il l’avait lui-même évoqué avant de devenir « légume ». Le suicide assisté ou l’aide active à mourir si nous ne sommes plus en mesure de le faire doivent être privilégié (il n’y a donc pas euthanasie si les directives de la personne concernée allait dans ce sens.

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