Editoriaux - Justice - 6 février 2019

Ces grenades de maintien de l’ordre qui ont déjà fait des morts

Alors que la polémique sur les LBD 40 fait rage, causant plus d’une centaine de blessés graves dont 60 au visage et crevant les yeux à 18 citoyens à l’occasion des manifestations des gilets jaunes, il conviendrait également d’évoquer le cas des grenades lacrymogènes dites GLI F4.

Outre ses effets lacrymogène (gaz CS pulvérulent) et sonore (165 décibels à cinq mètres), la GLI F4 produit une forte explosion. Elle contient de la tolite, un explosif également présent dans la grenade OF F1 plus connu sous le nom de TNT, responsable de la mort de Rémi Fraisse en octobre 2014. La OF F1 avait, par la suite, été interdite. Un rapport commun aux inspections générales de la gendarmerie et de la police nationale reconnaissait même sa dangerosité, mais elle a malgré cela été utilisée massivement contre les gilets jaunes, occasionnant des mutilations graves (mains arrachées, yeux et tympans crevés, etc.).

“Le maintien de cette panoplie de moyens devrait impérativement conduire à un réexamen des conditions légales dans lesquelles l’autorité civile serait amenée à les autoriser. Dans tous les cas, les précautions avant usage de ces moyens devraient être renforcées en distinguant les situations, selon le milieu, conduites de jour ou de nuit. Tout lancer à main devrait faire l’objet d’un contrôle renforcé afin que les conditions légales d’usage et les précautions maximales soient respectées”, conclut le rapport.

Autrement dit, la grenade GLI F4 n’est pas une simple grenade lacrymogène mais bien une arme de guerre à l’effet dévastateur.

La dangerosité de cette grenade est telle que le gouvernement a cessé d’en commander de nouvelles (un appel d’offres a été lancé en août 2018 pour une nouvelle grenade moins dangereuse) mais le stock est encore important et il faut l’écouler pour des raisons économiques alors que l’on connaît sa dangerosité notoire équivalant à une grenade offensive.

Personne ne l’a évoqué à ce jour, mais cette grenade qui a déjà arraché la main à de nombreux gilets jaunes avait déjà fait une victime, en 2014, lors d’une explosion à l’usine d’Alsetex. Cette usine est, en effet, le principal fabricant de ces grenades. Or, une employée de cette usine, Nathalie Desiles, avait été tuée en juillet 2014 lors de la fabrication de la GLI F4 suite à une explosion lors de la fabrication. Cette affaire a fait peu de bruit à l’époque, mais elle risquerait de relancer le débat compte tenu de l’actualité.

Malgré cet accident, le cynisme a amené le gouvernement à utiliser massivement cette arme à la dangerosité pourtant avérée.

Aujourd’hui, les forces de l’ordre, souvent utilisées à mauvais escient – c’est le cas de la BRI ou des BAC – car utilisées en maintien de l’ordre alors qu’il ne s’agit pas de leur mission première, se sentent couvertes voire encouragées à ne pas respecter les conditions d’utilisation légales des armes, à savoir l’état de nécessité et la légitime défense.

En 2005, lors des émeutes urbaines avec « les jeunes des cités » (qui se soldèrent par l’abandon, par l’État, de centaines de quartiers aux prédicateurs islamistes – c’est ainsi qu’on achète la paix sociale) pourtant beaucoup plus violentes, le gouvernement n’avait pas jugé bon couvrir les policiers pris à partie par des armes à feu alors que la situation justifiait l’état de nécessité et la légitime défense. Les forces de l’ordre épuisées et sous pression devraient, cependant, méditer sur les conséquences d’un usage disproportionné de la force contre les « Gaulois réfractaires ».

Pour rappel, les violences volontaires commises avec arme par personnes dépositaires de l’autorité publique exposent leur auteur à une peine criminelle de quinze ans. Les gouvernements changent et demain, ces policiers et gendarmes qui ont dû appliquer des ordres illégaux pourront se retrouver devant une cour d’assises alors que leurs anciens donneurs d’ordres ne seront plus là.

Ils auront gâché leur vie, leur honneur et leur carrière pour des hommes que le peuple aura massivement désavoués et qui couleront peut-être des jours heureux dans des paradis fiscaux pendant qu’ils termineront les leurs à Fresnes entre un dealer et un pointeur. Le jeu en vaut-il la chandelle ?

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