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Editoriaux - Presse - 4 mai 2020

Ceci n’est pas une pipe (René Magritte)

On dit souvent que la presse écrite française se meurt, victime de son panurgisme conformiste, mais c’est là pure invention de collapsologue. À preuve, quelques semaines à peine après des obsèques que Macron – sans doute désœuvré – voulut nationales, l’esprit de Jean Daniel flotte encore dans les locaux de L’Obs. Depuis cette école d’exigence et de rigueur, la journaliste Renée Greusard vient, dans un papier du 29 avril, d’égrainer cette petite musique qui fait les grands organes de presse. Titre : « Et si on profitait de ce confinement pour réfléchir vraiment à l’autofellation ? »

Un article à garder pour la bonne bouche, donc, mais c’est vrai, après des semaines de confinement, tontes de pelouses tri-hebdomadaires terminées à la pince à épiler, recettes culinaires de Françoise Bernard épuisées, aiguilles de pendules briquées à mort, tenter l’autofellation… on n’y aurait pas pensé tout seul !

Il y a du prix Albert-Londres dans l’air, et peut-être même du Pulitzer, parce que la journaliste n’a pas craint d’interviewer le pape de cette pratique gymnique, un Américain bien sûr, qui vous explique tout sur son site solofuck.com.

Apparemment, il vaut mieux être bon adepte du yoga et… favorablement doté par la nature, sinon c’est comme dans Polyeucte, « le désir s’accroît quand l’effet se recule ».

Mais cette pratique serait-elle réservée aux hommes, avec cet égoïsme qui les caractérise depuis la nuit des temps ? Que nenni, la journaliste prend soin de respecter la parité en n’omettant pas d’évoquer la possibilité d’autocunnilingus ; tout en reconnaissant que pour d’évidentes raisons anatomiques, il demande encore plus d’entraînement. Heureusement, le 12 mai, on pourra enfin échapper au « fait maison » !

Quelle satisfaction de constater qu’il existe encore un vrai journalisme d’investigation, ainsi que de belles subventions d’État pour le maintenir en vie.

Mieux encore : vu certaines pénuries dans les rayonnages des grandes surfaces, le journal peut connaître, après lecture, une deuxième vie loin du salon, dans « la cabane au fond du jardin » si bien chantée par Laurent Gerra imitant Francis Cabrel : « Accroché au clou rouillé/Y a du journal déchiré »

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