Le monde de la santé va mal. Les problèmes liés à l’encombrement des services d’urgence ont déjà longuement alimenté les chroniques, mais les problèmes qui touchent au fonctionnement de ces services ont des racines plus profondes, que ce soit en milieu extra-hospitalier (et nous en avons déjà, plusieurs fois, parlé) comme en milieu hospitalier, car ils ne font que mettre en évidence une grave pénurie de moyens et de personnel, qui met en péril la qualité des soins voire, parfois, la vie des malades.

Pour attirer l’attention sur les problèmes de l’hôpital public, 660 médecins hospitaliers menacent, dans une tribune parue récemment dans le Journal du dimanche, de démissionner si le gouvernement n’ouvre pas de réelles négociations pour desserrer les contraintes imposées à l’hôpital public.

« Les médecins hospitaliers ont beau sonner l’alarme, la rigueur est devenue austérité, puis l’austérité, pénurie », écrivent les signataires de ce texte, et ils poursuivent en regrettant que « le vrai ministère de la Santé soit désormais à Bercy ».

On ne peut que souscrire à ces revendications, qui n’ont pour autre but que d’essayer d’améliorer la qualité des soins apportés aux malades, et non des revendications catégorielles.

Mais les médecins n’ont pas la capacité de nuisance sur la vie collective des cheminots, des aiguilleurs du ciel, des transporteurs routiers ou d’autres grands pourvoyeurs de grèves, et nos dirigeants savent très bien qu’ils ne se mettront jamais en grève des soins, pas plus que les infirmières et les aides-soignantes ; leurs revendications resteront purement formelles, elles n’ont alors que peu de chances d’aboutir, à moins bien sûr qu’ils n’arrivent à alerter suffisamment l’opinion publique pour que cela puisse avoir des répercussions électorales.

Les médecins hospitaliers contestataires estiment que « l’hôpital se meurt et la ministre ne lui administre que des soins palliatifs », évoquant les mesures gouvernementales qui se résument, pour 2020, à moins de 300 millions supplémentaires alors que, de l’avis général, il faudrait plus de 1,2 milliard d’euros pour répondre à la seule augmentation programmée des charges.

Depuis plusieurs années, l’administration a voulu gérer les hôpitaux comme des entreprises, en appliquant des méthodes de gestion qui peuvent se justifier lorsqu’on fabrique des trottinettes ou du mobilier, mais qui sont difficilement applicables lorsqu’on gère de la souffrance et de l’humain. On a vu se multiplier les cadres, les « sur-cadres » et toutes sortes d’experts en management au sein des hôpitaux, mais pas les médecins ni le personnel soignant. Cherchez l’erreur !

Il faut ajouter l’augmentation des dépenses de santé liées, entre autres, à l’utilisation de techniques très onéreuses, à l’augmentation de la durée de la vie et donc des pathologies qui l’accompagnent, et à la manière de se soigner qui font qu’au XXIe siècle, la santé revient beaucoup plus cher qu’au XXe, mais il ne faut pas oublier pour autant que c’est un moteur économique loin d’être négligeable.

Pour les médecins et les soignants hospitaliers, seul le soin apporté aux malades est important, et ils laissent à d’autres les problèmes de gestion. Chacun son travail, car il est rare qu’on puisse être bon médecin et bon gestionnaire. Mais on peut constater que les gestionnaires en titre, malgré l’augmentation exponentielle de leur nombre dans les hôpitaux, n’ont pas réussi à trouver le bon équilibre entre les dépenses et la qualité des soins, et que ce sont aujourd’hui les patients et les soignants qui en font les frais.

À lire aussi

Outre le Covid-19, virus en stock pour l’hiver !

Cet hiver nous aurons à faire face au virus grippal, au coronavirus et à tous leurs cousin…