Il regrette. C’est déjà ça. Christophe reconnaît qu’il n’aurait pas dû employer le mot « attaque ». Il aurait dû dire « intrusion violente ». C’est mieux. En effet, une attaque implique la notion d’action délibérée. Dans le vocabulaire militaire, l’attaque vise à la conquête d’un objectif ou à la destruction de l’ennemi. Vu le foutoir ambiant, que l'on devine à travers les images qui circulent, cette affaire de la Pitié-Salpêtrière, ça ne ressemblait pas trop à une manœuvre montée par Foch !

La délicieuse Amélie de Montchalin, secrétaire d’État aux Affaires européennes, expliquait, ce vendredi matin, pour défendre le soldat Castaner, chez la non moins délicieuse Apolline de Malherbe, que tout cela n’était, finalement, que de « l’étymologie ». Faux, avons-nous envie de dire à « Madame Je-sais-tout » (surnom que certains députés En Marche ! lui auraient donné lorsqu'elle siégeait à l'Assemblée) : l’étymologie est l’étude de l’origine des mots. Il eût été plus correct de parler de « sémantique ». Sauf que Mme de Montchalin ne peut balayer d’un revers de sa belle main d'albâtre ces questions sémantiques. Les mots ont un sens. Les mots tuent, dit-on souvent. Il y a même des mots qu’on n’a plus le droit d’employer. Pour dire ! C’est donc qu’on ne peut pas dire n’importe quoi. Surtout lorsqu’on est ministre.

Mais revenons à Christophe Castaner. On en vient à se demander sérieusement s’il n’a pas un léger problème pour mettre les bons mots sur les faits et choses qui l'environnent. En clair, un problème de vocabulaire. Tout simplement. Prenez cette déclaration magique prononcée par le ministre des Cultes devant le parvis après l’incendie : « Notre-Dame n’est pas une cathédrale. » On est allé chercher dans ces propos une signification polémique, on y a vu une manière de nier la vocation religieuse, catholique de l’édifice. Et si, finalement, ce n’avait été qu’une question toute bête de vocabulaire ? Si Christophe ne savait pas que ce grand bâtiment religieux où siège l'évêque s’appelle une cathédrale ? Autre exemple : « Les séditieux. » Souvenons-nous, c’était au début du mouvement des gilets jaunes. Le nouveau ministre de l’Intérieur dénonçait les « séditieux » », un mot exhumé des années 30, que même en Mai 68 on n’avait pas employé. Sédition : « soulèvement concerté et préparé contre l’autorité établie », nous dit le dictionnaire. Autrement dit, une sorte de complot contre la République. Alors, qui sont les meneurs, les organisateurs ? Car pour que l’action soit « concertée », « préparée », il faut bien des chefs. Six mois après, on ne les a toujours pas trouvés ? Alors, exagération provençale, grossissement épique ? Non, question de vocabulaire.

Au moment où j’écris ces lignes, un responsable syndical policier recommande que l’on remette un communicant pour porter la parole du ministère de l’Intérieur. En creux : que le ministre se taise !

Donc, exit « l’attaque », place à « l’intrusion violente ». Faisons notre savant, comme Mme de Montchalin, en citant Boileau : « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. » C'est peut-être ça, tout le problème de Castaner. Alors, de la pédagogie, comme on dit en langage macronien : plutôt que d’exiger la démission du ministre de l'Intérieur, comme certains le demandent dans l’opposition, peut-être devraient-ils suggérer à que Christophe profite de ses soirées parisiennes pour prendre quelques cours de vocabulaire ? Brigitte fera ça très bien. On verra, après, pour les rédactions. Une idée de sujet pour la première : « Commenter cette phrase : il faut se méfier des mots. »

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3 mai 2019

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