D’abord, il convient, une fois pour toutes, de ne plus récuser par principe le système de la primaire comme s’il était responsable de la défaite de la droite et de François Fillon en 2017. Alors que cet échec a été causé seulement par ses non-dits et la mise en pièces judiciaire de sa victoire annoncée.

La primaire est innocente de ce dont on l’accable. La suite a été calamiteuse.

Je constate, d’ailleurs, qu’« à droite », il y a un progressif retour en grâce de la primaire. Face à une pluralité de candidats possibles, il n’y a pas de meilleur système, plus équitable, et plus transparent, pour les départager. C’est du bon sens.

Le président du Sénat, Gérard Larcher, a été le premier à sortir la primaire de son absurde discrédit en la défendant, peut-être avec d’autres modalités.

Face à l’évidence de cet inévitable retour en grâce, la nomenklatura LR, de moins en moins sûre d’elle, peine à convaincre en développant la thèse du candidat naturel que serait . Encore récemment, Aurélien Pradié a usé de cette argumentation en pourfendant la primaire et en soutenant clairement François Baroin.

Mais nombreux sont ceux qui doutent de cette stratégie car, comme je l’ai écrit dans mon billet du 12 juillet, « François Baroin parlera en septembre : ah bon ? » Ensuite, que serait donc un candidat « naturel » qui par sa seule déclaration de candidature rendrait vaine celle de ses rivaux ? À l’évidence, sauf à considérer que le candidat naturel serait le candidat décrété officiel, il est inconcevable aujourd’hui de prétendre que LR dispose de cette chance miraculeuse d’une personnalité acceptée par tous. « Imposé, aucun candidat ne sera légitimé », selon Éric Woerth, qui voit juste en l’occurrence.

Comme l’a souligné un partisan de la primaire, « la vérité est que le parti est désormais trop faible pour imposer un candidat, quel qu’il soit ».

Surtout, aussi estimables que soient François Baroin – toujours dans un silence un tantinet sadique pour ceux qui l’espèrent tel un messie – et les autres plausibles dans une rivalité présidentielle – notamment Bruno Retailleau, dont le projet est prêt, structuré et complet, et , qui élabore pragmatiquement le sien -, aucun de ceux-ci n’a l’arrogance de se croire par principe au-dessus du lot.

Pour peu que François Baroin décide de dire oui, je ne vois pas au nom de quoi il pourrait refuser la primaire. Bruno Retailleau et Valérie Pécresse y sont favorables. Quant à Xavier Bertrand, revenu dans les marges de LR, il a clairement manifesté au sénateur Pierre Charon qui constatait « l’absence de champion évident à droite », par un tweet – « Cherche pas, je suis là » -, sa volonté d’en découdre en 2022.

Cependant, Xavier Bertrand aspire à une liberté qui le placerait dans la posture gaullienne du lien exclusif du candidat avec le peuple.

Je perçois ce qu’il y a de fidélité dans une telle démarche et d’affirmation d’indépendance mais il me semble, sans offenser cet ancien ministre dont l’épidémie a permis de rappeler son excellent bilan en matière de santé, que le climat démocratique a changé. Ce qui était on ne peut plus concevable – et en quelque sorte obligatoire – avec le général de Gaulle ne peut plus l’être avec ceux qui, après lui et sans son histoire, aspirent à présider notre pays.

J’espère que Xavier Bertrand le comprendra et qu’il partagera mon sentiment que, si de Gaulle était unique, il y aura un honneur authentique, et une forte légitimité, à l’emporter dans un débat qui créera des modalités d’ouverture et d’égalité, une primaire irréprochable.

Qu’on ne s’y trompe pas : la primaire n’est pas un signe d’appauvrissement ni de réduction mais celui d’un embarras du choix. Rien ne serait pire que de laisser croire à une fausse unité et à un consensus douteux en refusant de soumettre qui que ce soit au vote des adhérents et des sympathisants.

Enfin, il paraît que Philippe Juvin et Éric Ciotti souhaiteraient, si François Baroin faisait défaut, le retour de Nicolas Sarkozy. Je devine bien, dans cette appétence qui n’en finit pas de nous engluer dans le passé, ce qu’il y a d’hostile à l’égard d’autres candidats qui ont le droit de voir leur talent reconnu et consacré par une primaire.

Faudrait-il donc considérer que le vivier de droite est si peu fourni qu’il condamne à se trouver un sauveur battu en 2012 puis à la primaire de 2016 et, de surcroît, si peu opposant à l’actuel Président ?

Il n’y a plus de candidats naturels. La vie démocratique, pour remédier à ce manque qui n’est pas une catastrophe républicaine, a la primaire. Qu’elle n’hésite pas à en profiter.

Extrait de : Justice au Singulier

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