Armées - Editoriaux - Education - Histoire - 7 mai 2019

Camerone et Ðiện Biên Phủ : ces batailles qu’on ne trouve plus dans nos livres d’Histoire

« Garçon, si par hasard sur ton livre d’histoire
Tu tombe sur ce nom:
Camerone!
Garçon, regarde bien cette page d’histoire
Et n’oublie pas ce nom:
Camerone ! »

chante Jean-Pax Méfret dans un hommage aux soldats de la Légion étrangères tombés lors de la bataille du même nom (1863).

Chaque année, le 30 avril, cette héroïque défaite qui est considérée comme un haut fait parce qu’elle a vu tenir des dizaines de légionnaires face à des milliers de Mexicains dans une hacienda, est commémorée par les képis blancs.

N’en déplaise à Jean-Pax Méfret, aujourd’hui, le hasard pour qu’un collégien ou un lycéen tombe sur le nom de Camerone dans son livre d’histoire est très faible, voire quasiment nul. La faute à l’Éducation nationale. Feuilletez les manuels scolaires, vous ne trouverez pas une page, pas un paragraphe, pas une ligne qui ne traite de la bataille de Camerone.

Il n’est pas étonnant que beaucoup d’adolescents se désintéressent de l’histoire ; les technocrates de la rue de Grenelle ont désincarné cette matière en privilégiant une approche thématique.

De fait, au lieu d’étudier, par exemple, les hauts faits de l’armée française en classe de première, le programme prévoit d’aborder des « Questions pour comprendre le XXe siècle ». Au lieu d’étudier des batailles comme celles de Camerone ou Ðiện Biên Phủ ainsi que les chefs qui ont marqué ces événements (capitaines Danjou, Bigeard), on abordera « l’enracinement de la culture républicaine », thème peut-être intéressant pour un chercheur en histoire, mais qui sonne quelque peu creux et ennuyeux pour un élève de 15 ans qu’on voit déjà dormir ou « instagramer » au fond de la classe à l’annonce de ce titre de chapitre.

Cependant, le plus dramatique, pour Jean-Baptiste Noé, professeur d’histoire, ne sont pas tant les insipides programmes scolaires que l’inculture de certains professeurs.« Finalement, il y a une liberté pédagogique importante pour l’enseignant », nous confie le rédacteur en chef de la revue Géopolitique des conflits.

Jean-Baptiste Noé dresse un constat peu valorisant de certains hussards noirs : « Je suis un historien, je raisonne en termes de génération, je me rends compte que la génération de professeurs qui arrive a des lacunes intellectuelles, il y a peu de chance qu’eux-mêmes ne connaissent le nom de batailles comme Camerone ou Ðiện Biên Phủ. »

Jean-Pax Méfret ne croyait pas si bien dire lorsqu’il chantait : « Aujourd’hui tout le monde s’en fout de Ðiện Biên Phủ ».

À lire aussi

Cette année, le pèlerinage de Chartres partira de…

Après l’incendie de Notre-Dame de Paris se posait la question du maintien du lieu de dépar…