Audio - Editoriaux - Entretiens - 7 mai 2019

André Bercoff : « Donald Trump s’est attaqué aux problèmes de l’Amérique des oubliés ! »

Baromètre au beau fixe pour les États-Unis grâce à la politique menée par Donald Trump : baisse du taux de chômage, une croissance à 4 % et augmentation des bas salaires. Un beau succès qui pourrait faire des émules en Europe et booster les candidatures euroréalistes aux élections européennes. Réaction d’André Bercoff au micro de Boulevard Voltaire.

Il semblerait que la boule de cristal des observateurs occidentaux soit définitivement cassée. On nous annonçait que Donald Trump ne finirait pas son mandat. Or, il n’en est rien. Tous les baromètres sont au beau fixe pour le président américain. Est-ce une surprise ?

Il faut bien dire que tout se passe comme si les observateurs dont vous parlez avaient perdu la boule depuis longtemps. Je ne sais pas si elle était de cristal ou pas…
En 2016, lorsque Trump s’était présenté, certains disaient que c’était un fasciste et un débile. Il était là pour faire la publicité de ses immeubles et de ses terrains de golf. Je me rappelle un article du prix Nobel d’économie qui disait, quelques semaines avant la présidentielle, que si Trump était élu président, l’Amérique entrerait dans une récession absolument catastrophique. Je me rappelle les ricanements, aux États-Unis, de mes amis les sachants, experts et autres intellectuels, et ne parlons pas de la France !

C’est très significatif lorsqu’on voit un certain nombre de gens hiberner quand ils ne veulent pas voir ce que Prévert appelait les terrifiants pépins de la réalité.

À quoi attribuez-vous le succès de Donald Trump ?

Donald Trump a raisonné comme un entrepreneur. Quand on lit ses bouquins, on s’aperçoit qu’il a toujours eu les idées très précises sur ce qu’il voulait faire. Il a appliqué son programme. Quand il a baissé de façon drastique les impôts sur les entreprises, il a bien dit que cela signifierait une économie de ruissellement. Tout le monde a dit que cela n’existait pas. Or, on voit aujourd’hui que le chômage est au plus bas depuis cinquante ans. La croissance est à 4 % et les bas salaires, eux, augmentent. Je crois qu’il a simplement attaqué de front l’Amérique des oubliés et l’Amérique en décomposition, l’Amérique périphérique. Un certain nombre de sachants et d’observateurs ne quittaient jamais la Californie ou New York. La Californie et New York, c’est très bien, mais ce n’est pas toute la vérité.

On ne va pas comparer la France et les États-Unis. Néanmoins, vous avez parlé d’Amérique périphérique. La France périphérique va voter contre l’Europe telle qu’elle est défendue par Merkel, Macron et Cie. Le succès de Donald Trump ne va-t-il pas donner un peu plus d’élan aux listes eurosceptiques qui se rapprocheraient davantage, idéologiquement, de Donald Trump ?

Je ne sais pas si c’est eurosceptique ou euroréaliste. Il serait temps que l’Europe se débarrasse de ses oripeaux bureaucratiques non élus et se rapproche d’une véritable Europe. Bien sûr, on ne pourra rien faire sans une Europe unie. Où est cette Europe unie dans l’harmonisation fiscale ? Elle est aussi inexistante que le monstre du Loch Ness.
Où est-elle dans le côté social ?
Où est-elle dans la solidarité industrielle ?
Où est-elle pour s’occuper de ses propres peuples dont le retour est là ?
Je ne vais pas parler de mon livre, mais on voit bien ce qui se passe en Europe de l’Est, en Italie et ailleurs… Il est temps de savoir de quelle Europe on veut parler !
En 1997, trois ans avant l’euro, Philippe Séguin disait qu’il n’y aurait pas de nationalité européenne si on ne préserve pas les identités nationales. Il avait complètement raison.
Les résultats de Trump vont-ils donner du grain à moudre aux eurosceptiques ? Je pense que oui !
Je pense, vraiment, que les élections européennes, en France, seront d’abord un référendum pour ou contre la politique de Macron.

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