Le PIB de la France a plongé de 8,2 %, en 2020, un chiffre catastrophique jamais atteint, sauf en temps de guerre. On escomptait, jusqu’à présent, un rebond de 6 %, en 2021, et un retour en 2022 au niveau de 2020. On voyait comme un bon présage le rattrapage de 18 % au troisième trimestre 2020, après la fin du premier confinement et avant le deuxième. Las ! Le troisième confinement va amputer le sursaut du PIB.

Pour l’instant, Bruno Le Maire est prudent : il annonce 5 % de hausse au lieu de 6 %, du fait de la fermeture des magasins non essentiels, mais la perte sera sans doute supérieure d’un point. Rappelons, en effet, que le premier confinement, qui partage avec le troisième la fermeture des écoles, avait vu notre PIB s’effondrer d’un tiers. Le ministre de l’Économie insiste sur les mesures de soutien aux commerçants qui seront aidés comme les restaurants. On pourra leur verser jusqu’à 200.000 euros et une partie de leur stock sera rachetée. En avril, la facture s’élèvera à 11 milliards d’euros, à rajouter au trou vertigineux creusé en 2020 où la dette est passée de 97,5 % du PIB à 115,8 %. Le « quoi qu’il en coûte » sera maintenu le temps qu’il faudra et l’arrêt des aides sera progressif pour éviter d’étrangler des commerçants ou des restaurateurs qui auront du mal à repartir.

M. Le Maire se veut rassurant : la France n’a aucune difficulté à emprunter, et à des taux bas. On prévoit qu’elle lèvera, en 2021, la somme record de 260 milliards (10 % de la dette) à des taux qu’on espère négatifs, malgré l’alerte du mois dernier qui a vu les taux à 10 ans redevenir positifs (à 0,03 %). Ils sont actuellement à -0,05 %. La France « s’enrichit » en empruntant, et cela durera tant que la Banque centrale européenne continuera sa politique de rachats d’emprunts, ce qui revient à faire tourner la planche à billets. Celle-ci est partie pour durer jusqu’en 2023, mais elle s’arrêtera tôt ou tard. Les États surendettés trouveront-ils, alors, encore des banques pour leur prêter ?

Bruno Le Maire – et on ne peut pas le lui reprocher – tient un discours volontariste. Le surplus de dettes serait payé sans austérité par un rebond de la croissance et une maîtrise des publiques. Pourtant, depuis l’époque Jospin (1997-2002), nous n’arrivons plus à dépasser les 2 % de croissance et nous devons, le plus souvent, nous contenter d’un maigre 1 % d’expansion alors qu’il faudrait atteindre 3 % pour combler notre déficit. Quant à la maîtrise des dépenses publiques, tous les gouvernements nous le promettent sans jamais y arriver. M. Macron s’est lui-même engagé à contenir les dépenses en 2017, promesse qu’il n’a pas tenue, même avant la des gilets jaunes.

Bien sûr, les 100 milliards empruntés pour relancer l’économie vont faire du bien, sauf si on utilise ce pactole à des projets sans impact économique, comme la rénovation des quartiers ou l’instauration du revenu universel, comme tant « d’experts » l’exigent. En outre, nous pourrons compter sur les fonds débloqués par l’Europe. Mais ceux-ci sont retardés par les ratifications parlementaires qui traînent, par l’action du Tribunal constitutionnel allemand qui veut étudier plus avant cet emprunt supranational de 750 milliards d’euros. Nous n’aurons pas, notamment, la première tranche de 5 milliards qui était prévue en juillet 2021.

4 avril 2021

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