Brexit : « Tu veux ou tu veux pas ? »

À en juger du spectacle donné par le personnel politique anglais et son Brexit, on s’interdira désormais de railler son homologue italien, tout aussi baroque, mais finalement plus sérieux : qui l’eût cru ?

Ainsi, traiter du sujet est en passe de devenir le cauchemar des journalistes : entre ça et la corvée de latrines, la corporation vendrait son âme – et la ferait même livrer par Chronopost – pour se résigner à la seconde de ces deux punitions, quitte à faire briller les goguenots avec une brosse à dents. Même Jean Quatremer, journaliste à Libération et spécialiste incontestable et incontesté de la question, finit par en perdre son latin – pardon, son anglais.

Ainsi, nous voilà au troisième report de la sortie anglaise de l’Europe en… sept mois ! Et les autorités de cette dernière de mettre deux conditions à ce nouveau semblant d’accord. La première consiste à ce que celui-là ne soit pas remis en cause, la seconde obligeant le Royaume-Uni à désigner un Anglais pour postuler à la candidature de commissaire européen. Emploi strictement fictif, puisque consistant à inspecter des travaux finis n’ayant même pas encore commencé. Vous suivez ? Non. C’est normal.

Citée par Le Figaro de ce lundi 29 octobre, une éminente figure bruxelloise reconnaît : « Je n’ai plus aucune certitude. Je ne sais plus rien là-dessus. » On ne saurait mieux dire.

De son côté, Boris Johnson, encore plus ébouriffé qu’à l’accoutumée, ne parvient toujours pas à réunir un début de majorité parlementaire afin de trancher, une bonne fois pour toutes, la question.

À l’époque, l’intrusion de notre encombrant voisin dans la difficile unification de notre Vieux Continent ne coulait certes pas de source ; sa sortie paraît ne pas aller non plus de soi. C’était peut-être plus simple du temps de Sherlock Holmes et de James Bond : « N’oubliez jamais que l’Angleterre est une île », se plaisait à rappeler le général de Gaulle dans l’un de ses lapalissades flamboyantes qui, nonobstant, scellaient souvent une assez large part de vérité.

Du coup, le Premier ministre anglais entend en appeler à nouveau au verdict des urnes, non point pour un nouveau référendum sur le , mais destiné à enfin dégager un consensus censé réunir au moins deux tiers des députés. Pour ce faire, il pourrait éventuellement compter sur le soutien des Libéraux-démocrates, éternelle troisième force du paysage politique local, sans oublier celui du Scottish National Party, ces indépendantistes écossais partisans, pour leurs propres intérêts, du maintien de la Grande-Bretagne dans le giron européen tout en appelant à un second référendum sur le , ce qui ne simplifie rien. Ce, d’autant plus que Nigel Farage, militant historique de ce même , serait un peu comme aux abonnés absents. Sans oublier ces Irlandais qui, du Nord comme du Sud, sont eux aussi assez divisés sur la question.

Les conservateurs, de leur côté, ne seraient pas contre une telle initiative. Quant aux travaillistes et leur nouveau chef, Jeremy Corbyn, à la fois eurosceptique et pro-européen, après avoir refusé trois fois le retour aux urnes, voilà qu’ils relèveraient bien le gant tout en s’en lavant les mains ! C’est dire si tout devient de plus en plus limpide…

Pour tout arranger, certains dirigeants des Libéraux-démocrates proposent d’abaisser l’âge légal du droit de vote à seize ans, mesure qui pourrait encore, s’il en était besoin, clarifier ces prochaines élections législatives annoncées.

Ces choses écrites, on rappellera que si la perfide Albion a inventé les Beatles, notre vieille nation fleurant bon l’ail et la cuisse de grenouille fut le berceau du regretté Marcel Zanini, auteur immortel de ces vers : « Tu veux ou tu veux pas, tu veux c’est bien, si tu veux pas tant pis. Si tu veux pas, j’en ferais pas une maladie. Oui mais voilà réponds-moi non ou bien oui. C’est comme ci ou comme ça, ou tu veux ou tu veux pas. »

On dit que l’humour serait l’apanage des Anglais. Peut-être, mais les Français, eux, ont encore de l’esprit.

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