Economie - Editoriaux - International - 22 août 2019

Brexit : Bang ! Bang ! Yellowhammer, pourquoi Bojo n’a même pas peur

Le Brexit est un choix de civilisation, pas une négociation de boutiquiers, c’est pourquoi ça parle tant aux peuples de tous les pays de l’Union européenne. D’anciens ministres remainers (rester dans l’Union européenne) ont-ils fait fuiter (leak) ce rapport gouvernemental alarmant pour affaiblir la position de Boris Johnson dans la négociation face à Bruxelles ? Fair-play, ce dernier reconnaît que « la sortie de l’Union européenne sans accord ne se fera pas sans quelques soubresauts en chemin » et conclut, lors d’une visite en Cornouailles, lundi dernier : « Mais je n’ai absolument aucun doute sur le fait que nous puissions être prêts. »

Le ministre chargé de planifier la sortie de l’Union européenne sans accord a affirmé que les documents fuités étaient « anciens » et dataient du temps où le précédent gouvernement faisait de l’obstruction à tous les préparatifs nécessaires en cas de « no deal ». Depuis sa prise de poste, fin juillet, 2 milliards de livres sterling (2,2 milliards d’euros) ont été dégagés pour un divorce sans accord, reconnaît Le Monde.

Relayant les infos du Sunday Times, le journal Le Monde titrait pourtant : « Le chaos et des pénuries prévisibles au Royaume-Uni en cas de Brexit. » « Les Britanniques bientôt en manque de papier toilette ? » faisait déjà la une du Monde avec un point d’interrogation, le 17 janvier dernier, même si, le cas échéant, les journaux anti-Brexit et les autres retrouveraient alors leur ancienne fonction hygiénique. Mais, plus sérieusement cette fois, le Sunday Times s’appuie sur une hypothèse pessimiste du genre « envisageons le pire » issue d’un rapport au nom de code Yellowhammer, mélange de Yellow Submarine et de Bang! Bang! Maxwell’s Silver Hammer (on se croirait presque dans une séquence du film Yesterday – et si les Beatles n’avaient jamais existé ? Mais là, il ne s’agit pas d’un feel good movie). Le Monde, traduisant le Sunday Times, veut nous faire peur. À la manière du philosophe Hans Jonas, récupéré par l’idéologie réchauffiste, qui préconisait l’heuristique de la peur, la journaliste du Monde s’est abattue sur ces fuites de documents confidentiels avec cette joie maligne que les Allemands nomment la Schadenfreude.

Le Monde, ce journal qui faisait mon admiration parce que recommandé pour son sérieux par ma jolie prof de français de 5e quand je voulais encore devenir reporter comme Tintin, loin d’imaginer que ce quotidien du soir serait un jour phagocyté par des trotskistes comme Plenel (La Face cachée du Monde, Pierre Péan). Même si déjà, sous Hubert Beuve-Méry, il s’en prenait sans relâche à la politique du général de Gaulle préférant, du point de vue de Sirius, l’Union européenne naissante qui déjà s’éloignait de l’Europe des nations.

Ces prévisions gouvernementales pessimistes, même remises à jour, publiées par le Sunday Times, resteront un détail pour ce peuple doté d’un véritable fighting spirit, comparées à la nécessité pour Boris Johnson d’organiser une alternative au « backstop » sans couper l’Irlande en deux ; néanmoins, elles révèlent que les Britanniques doivent s’attendre au pire. Pénurie de légumes et de fruits frais, d’autant qu’en novembre, les détaillants ont surtout recours aux importations. Réintroduction d’éventuelles taxes. Manque de produits chimiques pour le retraitement des eaux. Risque de ruptures d’approvisionnement dans les pharmacies et les hôpitaux. Engorgements pour trois mois du trafic de camions, dû aux contrôles douaniers que la France mettrait en place. Pénurie de carburant. Échauffourées entre pêcheurs britanniques et bretons, sachant qu’à compter du 1er novembre, plus de 280 bateaux européens pêcheront illégalement dans les eaux britanniques.

Mais, au fond, ces fuites compliquent-elles tant que ça la tâche du Premier ministre Boris Johnson ? Maintenant, chacun sait que Bojo est préparé au pire lui aussi, et cette éventuelle « pire des situations », ce n’est quand même pas « le sang, le labeur, les larmes et la sueur » » offerts par son illustre prédécesseur Sir Winston Churchill.

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