Un boulanger se prend un pain !

Le plaisir ambigu de résider en France de loin en loin, c’est d’y constater les mille et un règlements débiles que des chafouins bien planqués dans leurs bureaux ont concoctés pour em… leurs compatriotes. Par exemple, ce boulanger de l’Aube, condamné à 3.000 € d’amende pour avoir travaillé sept jours sur sept, alors que dans son département, deux arrêtés datant de 1994 et 2000 imposent, sauf dérogation, un jour de repos hebdomadaire.

De nombreuses dérogations étaient accordées, surtout dans les zones à forte fréquentation touristique estivale, comme Lusigny-sur-Barse, proche de la forêt d’Orient. Mais l’année dernière année, patatras! finie la dérogation, et bing l’amende !

L’étonnante décision du préfet ne manque pas de déchaîner médias, bloggers et twittos.

À gauche, on la justifie au nom de la défense des jours de repos des “travailleurs et des masses laborieuses”, sans oublier de stigmatiser au passage les grandes surfaces qui, elles, ne se gênent pas pour vendre quand elles veulent d’horribles pains industriels.

Chez les libéraux, on s’offusque que des fonctionnaires qui ont emplois, salaires et retraites garantis à vie, et qui n’ont jamais mis les pieds dans une entreprise, s’autorisent à régenter la façon de travailler de ceux qui les nourrissent. Bref, la classique chamaillerie franco-française…

Et si cette pénalité – dont il était assez prévisible qu’elle fît, comme on dit, “le buzz” – n’était en réalité qu’une habile provocation pour créer un choc dans le débat en cours entre la Fédération des entreprises de boulangerie (FEB) et les boulangers de quartier ?

La première (Jacquet, Brossard, France Pain…), avec 45 % du marché (en hausse constante), plus réactive aux goûts néo-bobos (sans gluten, céréales, bio), présente dans les espaces boulangerie et les points de vente des grandes et moyennes surfaces, s’est engouffrée derrière le discours macronien favorable à la libéralisation. Ce que les seconds, boulangers de quartier attachés la baguette traditionnelle, considèrent comme une menace pour leur existence. Au premier trimestre 2017, les boulangeries représentaient un tiers des défaillances d’entreprises dans l’agroalimentaire… Selon la corporation, soutenue par la Confédération nationale de la boulangerie et boulangerie-pâtisserie française, la fin du jour de fermeture obligatoire mettrait en péril 180.000 actifs au sein de leurs 32.000 entreprises. “Pour ouvrir 7 jours sur 7, il faut avoir plusieurs salariés pour faire des rotations, ce que n’ont pas les artisans. Quel jeune aurait envie d’ouvrir une boulangerie avec cette perspective ?”

Nous ne devrions donc pas tarder à savoir si l’affaire du boulanger de Lusigny-sur-Barse n’est qu’une anecdote ou l’une des cinq bandes d’une partie de billard entre gros et petits…

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