Economie - Editoriaux - People - 2 décembre 2019

Bernard Arnault, l’homme le plus riche du monde : entrepreneur ou prédateur ?

Dieu que les Français sont bêtes, boudant leur bonheur alors que l’homme le plus riche du monde n’est autre que l’un des leurs : Bernard Arnault.

Ah, le génie entrepreneurial de chez nous, c’est tout de même quelque chose. Des frères Joseph-Michel et Jacques-Étienne Montgolfier à la dynastie Dassault, de Théophraste Renaudot à Pierre Lazareff, des bâtisseurs de cathédrales à la famille Bouygues, de Joseph Cugnot à Armand Peugeot ; que des compatriotes d’élite, partis de rien pour s’en aller, à leur force du poignet, tutoyer les sommets.

Bernard Arnault, c’est tout pareil ; à ce détail près qu’il incarne l’exact contraire de ce roman, national et industriel : il est né capé, a suivi la voie royale des grandes écoles avant de faire carrière, fort de la fortune familiale.

En 1971, rejoignant l’entreprise de BTP fondée par son père, il parvient à le convaincre de passer de constructeur à promoteur. En 1981, comme tant d’autres héros de la résistance au socialo-communisme mitterrandien, il s’exile. Non point à Londres, mais aux USA. Ayant tôt compris qu’il n’y avait pas péril en la demeure, il rejoint la mère patrie en 1984 et investit la fortune de ses parents (90 millions de francs d’alors, tout de même) dans le rachat du groupe Boussac, alors fleuron du textile français.

Il promet évidemment d’y « maintenir l’emploi », avec l’aide de l’État français, qui ne sera pas avare en matière de subventions ; soit d’argent du contribuable. Avec une vélocité ne pouvant que forcer l’admiration, Bernard Arnault dépèce le groupe en question, n’en gardant pour lui que le joyau : Christian Dior ; opération qui, en 1987, en fait l’homme le plus riche de France et lui permet de prendre le contrôle d’un autre groupe, LVMH. Le coût social de cette opération en matière de chômage de masse ? Un simple détail trivial.

Ce coup de Trafalgar lui donne ensuite les moyens financiers de faire main basse sur l’ensemble du noble artisanat du champagne et du parfum français. Inutile de citer les autres marques rachetées plus ou moins à l’arrache, s’agissant du Bottin mondain du luxe mondial.

Histoire de diversifier ses investissements, il place également ses billes dans le monde politique : témoin du mariage de Nicolas et Cécilia Sarkozy en 1996, invité du Fouquet’s du même Sarkozy en 2007, inauguration de sa fondation Louis-Vuitton en 2014 par François Hollande et ouverture d’une de ses usines aux USA, avec la présence de Donald Trump, deux ans plus tard.

On ajoutera que celui qui donne des leçons d’économie à nos gouvernants est le même qui, en 2012, manqua de prendre la nationalité belge ; histoire de fuir l’enfer fiscal français, on imagine. D’où la savoureuse une de Libération : « Casse-toi riche con ! » Douze mois plus tard, il affirmait, sans rire, son « attachement à la France ». Mais peut-être pas à ses ouvriers et autres petites mains ayant fait la réputation du luxe à la française, sachant que la majeure partie de ce qui est produit au sein du groupe LVMH l’est à l’étranger. À ce titre, il est assez emblématique que son seul échec majeur en matière de rachat d’entreprise demeure celui d’Hermès, marque tenue par une vieille famille huguenote s’enorgueillissant de faire fabriquer la majeure partie de sa production en notre vieux pays. L’opération n’a d’ailleurs pas dû être menée dans les règles de l’art boursicoteur, puisque lui ayant valu une amende de huit millions d’euros infligée par l’Autorité des marchés financiers.

Avec le rachat de l’Américain Tiffany, le voilà donc aujourd’hui célébré comme « homme le plus riche du monde ». Et voilà qui résume assez bien l’état de l’économie française. Pendant que les industries nobles périclitent ou sont rachetées par l’étranger, celles des fringues importables, au coût prohibitif, fabriquées par le sous-prolétariat délocalisé et achetées par l’hyperclasse mondialisée, caracolent en tête du Monopoly™ planétaire.

À part ça, il paraît que Bernard Arnault joue assez bien du piano.

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