L’industrie du logiciel est étrange, parce qu’un programme informatique est un produit bizarre. Le client y est invité à payer une redevance de maintenance périodique pour que l’éditeur corrige – entre autres – les erreurs qu’il n’aurait pas dû commettre dans la conception et la réalisation de son produit. La métaphore animale est sans doute probante : un logiciel est en constante métamorphose, au point que l’on y numérote les versions. Parfois, le code est changé pour corriger ses petits insectes (traduction littérale de l’américain « bug »), d’autres fois pour ajouter de nouvelles fonctionnalités, comme les ailes qui permettent le vol à la chenille devenue papillon. Et puis, à force d’imposer de multiples métamorphoses à un logiciel, il arrive que ses ailes deviennent du plomb et l’animal s’écrase sur le sol. Cela peut être un plantage technique ou alors la multiplication de résultats erronés, non conformes aux attentes. Le logiciel est devenu ingérable.

C’est ce qui arrive à l’algorithme d’évaluation et de sélection des contenus de Facebook. Il est censé jauger les publications et minimiser la diffusion de celles qui seraient « haineuses » ou désinformeraient. Soit des informations pro-Trump, pour simplifier, mais pas que. Sauf que, dans sa schizophrénie, Facebook ne peut oublier son ADN de formidable machine à polariser. Il le fait parfois en promouvant des messages suscitant l’adhésion et, d’autres fois, avec des contenus non consensuels, voire conflictuels. Mais adhésion ou rejet sont toujours des engagements, et c’est avec cet engagement qu’augmente le trafic et, conséquemment, les dollars. L’entreprise ne se nourrirait pas aussi copieusement avec seulement de très « bisounoursiques » photos de chatons ! Alors, les évolutions de l’algorithme deviennent erratiques, les résultats des arbitrages et modérations opérées ne sont pas conformes aux spécifications et du porno soft est affiché en Inde. Bref, les ingénieurs en charge perdent le contrôle du monstre aux ailes de plomb qu’ils ont engendré. Et Marc Zuckerberg risque, une fois de plus, de devoir faire le grand écart devant une commission d’enquête, car son discours officiel est démenti par les faits commis dans sa propre entreprise et révélés par des lanceurs d’alerte. Il éludera les questions difficiles et présentera des excuses. Comme d’habitude. Il se chuchote même que l’entreprise pourrait changer de nom, comme pour se défaire des casseroles qui lui sont attachées.

Facebook a, en outre, annoncé l’augmentation de son programme de rachat de ses propres actions pour un montant de 50 milliards de dollars. Est-ce parce que la tête de Facebook ne sait pas où investir ou pour augmenter ainsi son bénéfice par action ?

Il serait temps que les autorités légales et judiciaires de chaque pays cessent de considérer les comme de simples hébergeurs : ils sont des éditeurs comme les autres, avec une ligne éditoriale, et doivent en assumer les responsabilités, y compris fiduciaires, leur profitabilité dût-elle en souffrir. Mais peut-être que les pouvoirs en place sont trop corrompus pour prendre le risque de légiférer contre les faiseurs de roi ?

La menace d’une obligation de transparence sur ce d’algorithme pèse, en outre, sur ces entreprises avec le projet de directive européenne Digital Services Act. Cela dévoilerait peut-être comment ces entreprises font de l’argent avec vos données. Nul doute que le lobbying sera actif à Bruxelles sur ce sujet !

27 octobre 2021

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