Trop provinciales, les villes moyennes semblaient jusqu’à présent à l’ombre du dynamisme des grandes métropoles. Pour Bertrand Cassaigne, rédacteur en chef de la Revue Projet, elles étaient rarement sous le feu de la rampe, « coincées entre l’attachement toujours porté par les Français aux territoires ruraux et l’inéluctabilité d’un mouvement de métropolisation » et « n’ont guère été l’attention des politiques publiques d’aménagement, préoccupées avant tout des grandes agglomérations ». Mais depuis, la crise sanitaire est passée par là.

Avec un prix de l’immobilier inférieur à celui des métropoles tout en offrant de bonnes infrastructures et un cadre de vie apaisé, les villes moyennes connaissent un nouvel élan. En témoigne ce baromètre Qualitel : l’insatisfaction liée à l’offre de services et commerces dans leurs communes, de la qualité de la connexion Internet ou de l’accessibilité aux transports est plus importante dans les territoires ruraux (55 %) que dans les métropoles (14 %). Néanmoins, c’est dans les petites et moyennes villes qu’on trouve le plus de Français qui déclarent ne vouloir changer de logement « pour rien au monde ». Ce couple de Parisiens a troqué son loft dans le 11e arrondissement pour une ferme briarde, il témoigne dans Le Figaro : « Les nouvelles technologies nous permettent de simplifier notre vie à la maison, de travailler à distance efficacement et de consommer durablement. L’Île-de-France est tissée de fermes et de productions artisanales locales, permettant de profiter des commerces de proximité. À Paris, la nuit, le ciel est orangé, ici c’est noir et rempli d’étoiles brillantes ! »

Pour le sociologue Jean-Didier Urbain, les villes moyennes offrent ce compromis entre la ville et la campagne que recherchent les « coronaruraux » : « Le citadin qui décide de vivre à la campagne ne choisit plus celle-ci contre la ville. Il veut les deux : la ville pour les emplois qu’elle offre, les contacts humains dont on s’aperçoit qu’ils sont essentiels mais aussi les hôpitaux, les universités, les écoles… sans pour autant renoncer à la campagne, si ressourçante dans un monde de plus en plus virtuel et technologique. »

« Le grand avantage des provinciaux, c’est qu’après avoir admiré Paris, ils peuvent le quitter », écrivait Henri Rochefort. Une reventilation démographique bien nécessaire, en France, quand 12 millions de personnes sur 67 sont concentrées en région parisienne. Et si le gigantisme laissait place à la dimension humaine marquant la revanche de la France périphérique ? Aux élus locaux de saisir cette chance pour valoriser leurs atouts, créer du dynamisme et des emplois tout en préservant cette fameuse qualité de vie, ce charme de la province…

23 octobre 2020

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