Vous venez de consacrer votre dernier hors-série de Valeurs actuelles à et . « Une épopée française », titrez-vous en couverture. Qu’est-ce que ces deux acteurs peuvent encore évoquer dans la France d’aujourd’hui ?

Un peu de la « France d’avant », justement… En près de soixante ans de carrière, les deux, qui sont nés au début des années 1930, ont commencé à tourner à la fin des années 1950 et connu leur apogée dans les années 1970-1980, ont traversé plusieurs époques sans jamais sombrer dans le « modernisme ». Les valeurs qu’ils incarnent n’ont pas varié : code d’honneur, culte de l’amitié virile, passion des femmes… Même dans leurs rôles de truands, ils n’ont jamais été serial killers ou psychopathes ! Toujours dignes, malgré tout… Qu’ils soient flics ou voyous, c’est « à l’ancienne ». Comme leur vie. La France d’aujourd’hui, avec sa culture de la repentance, sa tyrannie des minorités, son écriture inclusive et ses cortèges LGBT, n’est clairement pas la leur. Brigitte Bardot, à qui nous consacrons une longue interview, le souligne : ils sont les héritiers d’une époque révolue. Ce que nous dit également Clelia Ventura, la fille de Lino, à qui nous donnons aussi la parole.

Si l’on vous dit : Belmondo, c’est le copain qu’on voudrait avoir et Delon, l’homme auquel on aimerait ressembler, sommes-nous dans le vrai ?

Assurément. Pour autant, même s’ils sont très différents, les deux ont énormément de points communs. Le premier est plus complexe qu’on le pense, le second plus attachant qu’on le croit. Ce sont tous les deux des ultra-bosseurs, leur jardin secret est constitué d’art et de littérature. En matière politique, ils sont clairement de droite, ce qu’on sait pour Delon, moins pour Belmondo. Leur principale différence, en réalité, c’est leur nature : Belmondo est habité par une extraordinaire joie de vivre, tandis que Delon, comme le dit l’un de ses amis, « est doué pour tout, sauf pour le bonheur ».

De même, ils incarnaient respectivement une France canaille et une France plus aristocratique. Les deux paraissent désormais en voie de disparition. Cela signe-t-il la fin d’une époque ?

Le paradoxe, c’est que le « canaille » Belmondo est issu d’un milieu extrêmement favorisé et aimant, tandis que « l’aristocratique » Delon vient d’une famille modeste et déchirée. Tandis que le premier a eu la vocation artistique très tôt, et a étudié au Conservatoire, le second a passé son CAP de charcutier et s’est engagé trois ans dans l’armée, où il a failli rester. Il n’empêche : même si c’est à rebours de leur parcours, l’un et l’autre incarnent effectivement ces deux France, celle des bistrots et des châteaux, du béret et du heaume, toutes les deux en voie de disparition. Parce qu’elles sont enracinées et s’inscrivent dans une longue filiation, ces deux France ont toujours été prises pour cible par la bien-pensance. D’où le fait que Belmondo et Delon ont été (presque) toujours étrillés par la critique. Pour les 50 ans du Festival de Cannes, ils n’ont même pas été invités !

En vous lisant, on découvre que les deux hommes vouent un véritable culte aux grands acteurs français. S’inscrivent-ils dans cette lignée ?

Incontestablement. On dira que leur filmographie – près de 300 films à eux deux ! – ne compte pas que des chefs-d’œuvre, mais c’était aussi le cas pour Louis Jouvet, Jules Berry, Pierre Fresnay, Michel Simon, Bourvil, Fernandel ou Jean Gabin, auxquels nous consacrons toute une partie du magazine. Qui, aujourd’hui, se réfère encore à ces légendes de notre cinéma national ? Là aussi, la bien-pensance les a mises au rebut : trop mâles, trop blancs, trop français.

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

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