Pour certains commentateurs, la crise ukrainienne présente au moins le mérite de pousser les Européens à se serrer les coudes. C’est une façon de voir les choses, même si l’actuel comportement de l’Allemagne en matière de défense commune tendrait plutôt à relativiser cet optimisme.

Ainsi, le Système de combat aérien du futur (SCAF), ambitieux projet européen, censé mettre en commun les technologies de pointe de Dassault et Airbus, se trouve aujourd’hui en passe d’être tout simplement enterré. En effet, les deux partenaires de la France, Allemagne et Espagne, rechignent encore et toujours à donner le feu vert au dernier volet de cette entreprise : la création d’un avion de combat hors normes.

Et Éric Trappier, PDG de Dassault-Aviation, de taper du poing sur la table, lors de la conférence de presse organisée le 4 mars pour présenter les résultats annuels, à quelques jours du sommet européen, prévu les 10 et 11 mars à Versailles : « Je suis prêt à signer, j’attends la signature d’Airbus. […] Il va falloir statuer, on ne peut pas rester l’arme au pied, à un moment donné, on dit oui ou on dit non ! »

Le premier problème, c’est qu’Airbus, qui doit pourtant beaucoup à la France depuis sa création, représente désormais, et ce, de manière de moins en moins officieuse, les intérêts allemands et espagnols, pays abritant tous deux des bases de l’OTAN. Du coup, Guillaume Faury, son président, tente de gagner du temps, affirmant dès le mois de février dernier que « les discussions prenaient plus de temps que prévu. […] Ce qui n’est pas rare dans ce genre de négociations. » A-t-il été entendu par Éric Trappier ? Rien n’est moins sûr, à en croire cette indiscrétion de BFM selon laquelle « Dassault a d’ores et déjà commencé à réaffecter une partie des ingénieurs des bureaux d’études vers d’autres tâches, voire bientôt la totalité de l’équipe ». Un signe qui ne trompe pas.

Le second problème nous vient directement de Berlin, dont on dit qu’il préférerait, au même titre que Madrid, acheter des avions de combat américains, F-18 ou F-35, plutôt que de continuer à financer le projet SCAF. Le contraire aurait été étonnant, et il n’y a guère qu’Emmanuel Macron pour s’en étonner et faire semblant de croire à une hypothétique défense européenne ou à la solidité d’un couple franco-allemand dans lequel la France a tout d’une femme, non seulement battue en permanence, mais qui, de plus, en redemande.

Plus réaliste, le même Éric Trappier pronostique : « On va voir, avec notre partenaire numéro un affiché qu’est l’Allemagne, si le premier choix qu’ils font est de signer le contrat SCAF ou d’acheter du F-35. […] Mais je suis persuadé qu’ils vont acheter du F-35… »

À croire que si l’OTAN est en « état de mort cérébrale », tel que diagnostiqué par le bon docteur Macron, cette organisation affiche néanmoins une santé de fer dès lors qu’il s’agit de faire appliquer son axiome fondateur voulant que la principale condition à son adhésion consiste à acheter de préférence du matériel militaire américain. Ce que, d’ailleurs, les Allemands ont toujours fait et continueront sans nul doute de faire ; surtout quand on apprend que le chancelier Olaf Scholz annonce vouloir consacrer cent milliards d’euros à la modernisation de l’armée allemande et un investissement de 2 % du PIB d’outre-Rhin, ce qui n’est pas rien. Une volte-face budgétaire qui permet surtout de se faire pardonner par une Maison-Blanche lui reprochant de longue date de faire exclusivement financer sa défense avec l’argent du contribuable américain. On peut comprendre l’arrogance américaine, la pusillanimité allemande ; moins l’aveuglement français.

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08 mars 2022 à 20:05

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80 commentaires

  1. Cela fait 50 ans que les politiques français s’échinent à croire que les allemands vont collaborer avec eux.
    « Deutchland über alles ! ». La chanson est toujours la même depuis 1936.
    Les allemands attendent que l’on collabore avec eux et pas l’inverse.
    Ils nous pilleront tous nos brevets, nos inventions, nos droits, nos sièges (ONU, …) sans rien donner en échange.
    Regardez, dans le dossier « Ukraine », c’est la prussienne qui mène la bal … et le petit crétin court derrière.

  2. Oups !… Parlez-moi de l’Union Européenne… N’est-ce pas ici la preuve que d’Union il n’y en a que dans les paroles, et encore ! La naïveté de nos dirigeants est affligeante. La crédulité et la bêtise de nos élites fait peur à voir. Que penser de cette Union Européenne qui n’est que désunion. Il n’y aura donc pas d’armée européenne et encore moins de vision commune stratégique de l’UE. C’est un fait et cela doit permettre à notre président de penser à s’armer au plan national d’abord.

  3. Un vrai président défendrait Dassault et reprendrait des parts d’airbus et d’arianespace pour fabriquer tout seul. Basta de partager avec des profiteurs!

  4. Pourquoi ne pas rejoindre le programme Tempest des Anglais. Cela a toujours mieux marché avec eux qu’avec les Allemands.

  5. Encore une belle gifle pour Macron .Combien lui en faut il pour comprendre qu’on le prend pour un c….

  6. Les Allemands ne veulent rien devoir à la France, pays qu’ils méprisent depuis sa défaite de 1940. Ils sont ulcérés de voir que nous avons pu construire des Mirages, puis des Rafales alors qu’eux, depuis leur défaite de 1945, ont été irrémédiablement distancés.

  7. Dans le domaine des hypocrites nous avons eu les anglais et les allemands on pris la relève. Ce sont des couilles molles au service des US. En plus ils nous piquent tout les brevets qui passent en sois disant collaboration.

  8. Après la triste histoire de nos sous marins annulés par nos amis Australiens, voila la triste histoire de nos Mistrals destinés à nos amis Allemands ; Vraiment Notre Macron n’a que des amis à travers le monde .

  9. Prenons les choses dans l’ ordre
    En premier, virer Macron
    En deux, sortir de l’ OTAN nous devons retrouver notre indépendance militaire
    3 ) Rendre la France au français, en expulsant les indésirable sans aucun état d’ âme
    4) Revoir notre système judiciaire, la justice s’ est égaré en chemin
    5) imposer le français au parlement européen et défendre nos intérêts avant ceux de l’ UE
    Un bon président aidé d’ un parlement honnête et juste devrait y arriver.

  10. Encore une fois, c’est Zemmour qui a raison, notamment en matière de défense et d’OTAN… Une antithèse de Macron en quelque sorte.

  11. Quand le populo aura enfin compris que l’Ue fut vendue par les larbins des milieux d’affaires anglo américains- Monnet, Schuman et Hallstein un Boche retourné par la CIA, avec pour dessein de la soumettre aux Usa et GB et que ces deux engeances ont eu à coeur de casser le continent européen de l’Atlantique à l’Oural, il jugera mieux les évènements. La guerre du Vietnam fut provoquée en août 1964 dans le golfe du Tonkin, par un incident et permit de bombarder humains et végétaux jusqu’en 1969.

  12. Mais les ANGLOS-AMERICAINS sont nos ennemis héréditaires! Ii faudrait absolument supprimer l’OTAN qui ne sert qu’a nous mettre « à la botte des Américains. On souffre de cette politique depuis maintenant 30 ans que le mur de Berlin est tombé. Souvenez -vous de l’histoire et que si les NAZIS n’avaient pas bombardé Londres, les Anglo-Américains auraient continué à emmerder DE GAULLE et ne seraient jamais venus à notre secours.

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