Christophe Castaner avait donc raison. En mars dernier, celui qui était encore ministre de l’Intérieur déclarait que le traçage numérique, pour lutter contre la propagation du virus, n’était « pas dans la culture française ». Effectivement. L’application , finalement lancée en juin dernier, n’aurait permis de notifier que… 72 contacts à risque. C’est l’AFP qui nous apprend cela. Tout ça pour ça, a-t-on envie de dire. Une fois encore !

Que d’énergie, de salive, de temps dépensés. Fallait-il débattre ou pas sur le sujet ? Voter ou pas ? Gilles Le Gendre, qui a le mérite d’exprimer la pensée profonde de la Macronie, voulait bien qu’on débatte mais pas voter, ne voyant pas « comment un vote de l’Assemblée apporterait quelque chose ». C’est vrai, ça ! On avait donc débattu : quatre heures à l’Assemblée nationale, fin mai. Un débat sous tension, comme on dit. Au Sénat, ce fut plus calme. Finalement, on avait voté aussi. On avait voté oui, ça va sans dire. 215 députés avaient quand même voté contre.

Donc, 72 contacts à risque notifiés, deux mois après la mise en application appliquée de l’application. Téléchargée 2,3 millions de fois, ça fait, sauf erreur de notre part en votre faveur, un rapport de 0,003 %. L’éléphant est-il en train d’accoucher d’une souris ? Pas tout à fait, quand même. On dira même que c’est beaucoup mieux, puisque le poids moyen d’une souris est de 20 grammes et celui d’un éléphant d’Afrique de 6 tonnes. Faites le calcul : souris divisée par éléphant multipliée par cent, ça fait 0,0003 %. L’application StopCovid présente un rapport dix fois supérieur. Donc, l’éléphant n’a pas accouché d’une souris. Donc, c’est bien, c’est même très bien. Disons-le : encourageant.

Cependant, de son côté, la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) n’a pas l’air spécialement emballée par le bébé de , secrétaire d’État chargé de la Transition numérique, puisque, fin juillet, elle a mis en demeure le gouvernement de régler « plusieurs irrégularités » dans un délai d’un mois et de se prononcer – et c’est là que ça fait peut-être le plus mal – sur l’efficacité de StopCovid contre la pandémie. Comment peut-on douter ainsi ?

Cela dit, ce ne serait pas la première fois qu’une idée lumineuse termine aux encombrants de la République. On ne remontera pas au temps des croisades mais souvenons-nous de l’aérotrain, ou train sur coussin d’air. Au nord d’Orléans, on peut encore voir le vestige d’une voie ferrée sur 18 kilomètres perchée à une dizaine de mètres du sol. En 1974, « Terminus, tout le monde descend » en rase campagne. Choc pétrolier et crainte de la SNCF de perdre son hégémonie eurent raison du projet.

Plus près de nous, on pourrait évoquer les fameux portiques fixes de sécurité à l’entrée des gares pour lutter contre le terrorisme. Un truc promis en 2015 lors des élections régionales en PACA par Christian Estrosi, inventeur Trouvetou à ses heures perdues. En 2018, on arrêtait les frais. Entre autres raisons, le système était « dépendant de la qualité des hommes et des femmes qui opéraient les contrôles », avait expliqué le vice-président de la région, chargé des transports. Comme quoi, quelque part, on a encore un peu besoin de l’homme.

L’échec de StopCovid : la preuve que les Français ne sont peut-être pas complètement disposés à laisser les clés du camion de la liberté à n’importe qui ou quoi. Castaner avait au moins compris quelque chose.

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