Il faut malheureusement se méfier des raccourcis, trop souvent répétés de manière emphatique, où est annoncé le nombre de contaminations et de décès dans un pays sans le corréler à son nombre d’habitants. Le focus sur l’évolution de la pandémie est mis depuis une semaine sur le continent sud-américain. L’ est « un nouvel épicentre », a estimé, vendredi, l’Organisation mondiale de la santé. Qu’en est-il vraiment ?

Selon les données de l’université Johns-Hopkins, le pays avec le nombre d’infections à Covid-19 le plus répertorié est sans conteste le Brésil, avec plus de 230.000 cas enregistrés. Quatre autres pays sont également très sévèrement touchés : le Pérou (88.541), le Mexique (45.032), le Chili (41.428) et l’Équateur (32.763). Notons tout d’abord que la divulgation des chiffres n’est pas équivalente d’un pays à un autre, qu’elle est, de plus, très aléatoire car il faudrait également l’abonder avec le nombre de tests effectués… Les éléments chiffrés liés aux décès, lorsqu’ils sont communiqués (c’est loin d’être le cas pour tous les pays du continent), permettent une analyse plus pertinente.

Le Brésil, tout d’abord, où le nombre de décès, à ce jour, est de 22.070 personnes pour une population de 210 millions d’habitants, soit, pour l’instant, un taux de mortalité très inférieur à celui de notre pays : 28.432 décès pour 67 millions d’habitants ! Comme pour la plupart des grandes métropoles mondiales, c’est l’État à la fois le plus peuplé et le plus riche du Brésil, São Paulo, qui est également le plus touché par cette épidémie (4.420 morts pour 46 millions d’habitants).

La situation au Brésil résume, à elle seule, une des questions centrales liées au Covid-19 et à la marge de manœuvre des décideurs politiques : faut-il, oui ou non, pratiquer le confinement ? C’est cette divergence d’appréciations qui a entraîné la démission, vendredi, du ministre de la Santé, Nelson Teich, après celle du médecin orthopédiste Luiz Henrique Mandetta, lui aussi un défenseur du confinement. Ancien militaire, le président brésilien, Jair Bolsonaro, qui, dimanche dernier, a encore participé à un rassemblement en faisant fi de toutes les règles d’hygiène et de distanciation physique, est opposé à cette solution préconisée par nombre de gouverneurs au Brésil. Son inquiétude est autre : celle du possible effondrement économique du pays (12 millions de chômeurs avant la pandémie, une croissance en berne, etc.).

Le Mexique, dont on parle peu, est le deuxième pays en nombre de morts dus au Covid-19, soit 7.394 personnes pour une population de 126 millions d’habitants. Plusieurs confrères ont mis également le focus sur le Pérou, parlant d’épicentre à Lima (pays confiné jusqu’au 30 juin), en soulignant la propagation du virus à partir des quartiers populaires et des marchés alimentaires : 3.521 décès pour 32 millions d’habitants. Pour prendre un autre exemple, celui du Chili, en quarantaine depuis le 16 mai, ce pays de 18 millions d’habitants a un bilan de 761 décès. Il est également un pays dont on ne parle peu pour l’instant, c’est l’Argentine qui, à ce jour, compte 445 morts pour 45 millions d’habitants.

Bien entendu, toute cette dramatique comptabilité est provisoire. Sur tout le continent, le nombre de cas et de décès semble s’accélérer, et si cela est confirmé, ils provoqueront des situations intenables car les structures hospitalières de la plupart de ces pays ne pourront gérer l’afflux de malades. Il convient, cependant, tout simplement de raison garder.

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