Décidément, quand on est journaliste, mieux vaut présenter la météo que de se risquer dans les coins chauds. Ainsi deux reporters de M6 ont-ils violemment été pris à partie à Canteleu, en Seine-Maritime, ce lundi 11 octobre. Ce que les voyous de cette bourgade proche de Rouen leur reprochaient ? D’avoir couvert une opération policière visant les trafics de drogue. Résultat ? La direction de M6 tweete illico : « Une fois à l’intérieur de leur véhicule, ils ont été pris pour cibles à coups de barres de fer et de projectiles. Nous condamnons cette agression inadmissible envers nos journalistes et la liberté de la presse. »

Cinq individus ont donc été mis en examen. Un événement qui n’a rien d’isolé, sachant que le 15 août dernier, c’est un journaliste de France 3 qui est agressé à Saint-Étienne-du-Rouvray, alors qu’il couvre les suites d’une fusillade à moto survenue la veille dans cette ville proche de Rouen. Et rappelons aussi le cas de Christian Lantenois, travaillant à L’Union-L’Ardennais, laissé pour mort, le 27 février, alors qu’il effectue un reportage dans un de ces quartiers dits « difficiles », aux abords de Reims. Après plusieurs mois de réanimation intensive, son employeur nous dit : « Rien, bien sûr, n’est tout à fait comme avant : le côté droit de son visage, paralysé, apparaît légèrement affaissé et lui interdit de sourire ; compter est devenu difficile, et la mémoire immédiate lui joue parfois des tours. »

À l’époque, Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières, signe une tribune dans Le Figaro : « Journaliste agressé à Reims, les banlieues, “terrain hostile” à bas bruit pour les médias. » Ce texte sera, lui aussi, diffusé « à bas bruit »… Logique, lorsqu’il y est écrit : « Il est patent que dans certains quartiers, une haine similaire vise ceux qui ont pour mission de construire la société future (enseignants), de protéger la société actuelle (policiers), d’assurer la vie et la santé de ses membres (pompiers, médecins). »

Fort bien. En revanche, rien sur l’identité des agresseurs de Christian Lantenois, alors que ces mêmes journalistes sont si prompts à dévoiler celle de zozos d’extrême droite à l’esprit enflammé, dont les attentats à venir sont déjoués avant même d’avoir connu un début de mise en œuvre… Naviguant manifestement entre deux eaux, Christophe Deloire admet néanmoins : « Un certain fatalisme accepterait que les journalistes ne puissent pas se rendre sans mille précautions et sans risques dans certains quartiers. »

Et le même de rappeler : « En juin 2020, durant une nuit de violences dans le quartier Grésille de Dijon, une quinzaine d’individus masqués, armés de battes de baseball, de pierres et de bouteilles, ont agressé une équipe de France 3 et caillassé son véhicule. » De tels fait divers sont, certes, assez peu fréquents. Pourquoi ? Deux hypothèses : la première consisterait à penser que l’ordre public règne à nouveau dans les « quartiers » en question. La seconde, autrement plus plausible, pourrait laisser à penser que les journalistes, pas fous, s’y rendent de moins en moins.

Dans ce théâtre de faux-semblants et de faux derches, la palme revient néanmoins au SNJ (Syndicat national des journalistes) dont Emmanuel Poupard, son premier secrétaire général, met la violence faite à ses confrères sur le dos des gilets jaunes et des anti-passe sanitaire, à l’occasion d’une autre tribune, publiée dans Libération, le 8 octobre. Certes, il a pu arriver que certains journalistes aient été hués ou bousculés lors de ces manifestations. Mais Emmanuel Poupard ne paraît pas tout à fait bien faire la différence entre crachat et coma.

On notera que le même s’inquiète de la perte de confiance des Français envers la profession de journaliste. À qui la faute ? Un peu la sienne.

 

 

13 octobre 2021

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