Editoriaux - 13 octobre 2017

Affaire Cantat : Marlène Schiappa est à nouveau mal inspirée

Marie Trintignant meurt au mois de juillet 2003 à la suite des violences commises par Bertrand Cantat. Celui-ci est condamné au mois de mars 2004 à la peine de huit années d’emprisonnement.

L’exécution de la sanction se déroule normalement.

À son expiration, Bertrand Cantat a fait preuve de discrétion avant de reprendre peu à peu des activités artistiques, notamment celle de chanteur.

À chacune de ses apparitions publiques, de son obligatoire médiatisation, la polémique a surgi qui consistait à trouver indécentes son exposition et presque la continuation de sa profession d’avant le crime.

Qu’on m’entende bien : si, à deux ou trois reprises, j’ai été conduit à défendre Bertrand Cantat à la suite des controverses qu’il subissait et qui me semblaient injustes – le processus judiciaire ayant été totalement mené à son terme -, je n’ai jamais éprouvé la moindre sympathie pour lui, j’ai détesté évidemment son crime, je connaissais mal ses chansons, pour ne pas dire pas du tout.

Pourtant, je persiste. L’effervescence est repartie de plus belle avec la couverture des Inrockuptibles. Il est en lumière, en exhibition médiatique. Soit. Dans un monde idéal, et si Cantat avait exercé un autre métier, nous aurions tous été satisfaits de son effacement au quotidien. Mais il est chanteur et artiste. C’est sa passion, sa vie et, pour beaucoup qui l’apprécient, son talent.

Il n’empêche. Quand Marlène Schiappa, à nouveau mal inspirée, l’accable au nom des droits des femmes, elle devrait au moins parler juste. Bertrand Cantat n’a pas “assassiné” Marie Trintignant mais il lui a porté des coups ayant entraîné sa mort sans intention de la donner. Ce n’est donc pas un assassinat, pas non plus un homicide volontaire, mais le crime sur le plan de la qualification pénale juste en dessous. Toujours un crime mais qui impose, quand on s’élève contre la médiatisation de Bertrand Cantat, qu’on rappelle exactement ce pour quoi il a été condamné.

Par ailleurs, je ne peux pas m’empêcher de songer à certaines médiatisations d’anciens criminels – plus gravement impliqués -, vulgaires, choquantes, blessant aussi douloureusement les familles meurtries que celle, aujourd’hui, de Bertrand Cantat, qui résulte d’une existence qui a repris équilibre et normalité, du moins je l’espère au regard des éléments dont je dispose.

Parce que Marie Trintignant était une personnalité infiniment appréciée dans le monde artistique, que sa famille, à cause de sa terrible douleur, n’a jamais cessé d’être réactive contre Cantat et que celui-ci, paradoxalement, appartenait aussi au milieu artistique, ce condamné n’a jamais été considéré comme quitte.

Je mesure les émotions intimes.

Mais j’ose dire, aussi, qu’il est temps d’achever l’affaire Cantat !

Extrait de : Justice au Singulier

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