À une semaine du sommet de l’OTAN, la « drôle de guerre » d’Europe

Le commandant en chef des forces aériennes allemandes vient de déclarer que la Luftwaffe était prête à combattre la Russie « dès ce soir, s’il le fallait ».
Capture d'écran Urheberrecht:
Bundeswehr/Team Luftwaffe
Capture d'écran Urheberrecht: Bundeswehr/Team Luftwaffe

Actuellement, les pays de l’Union européenne ne sont pas encore en guerre ouverte avec la Russie mais seulement en situation d’attente stratégique. En quelque sorte, en « drôle de guerre ». Et même si l’entrée de l’Ukraine dans l'Union européenne avait lieu en 2027, il n’est pas du tout sûr que ces pays seraient en mesure de faire la guerre à la Russie, comme certains de leurs généraux le proclament déjà.

Alors que la guerre entre la Russie et l’Ukraine se poursuit sans espoir immédiat de cessez-le-feu, la rumeur d’une possible guerre de l’Europe (l’OTAN, l’Union européenne ?) contre la Russie reste persistante dans le discours des chefs d’État et de gouvernement européens et de leurs responsables militaires. Dans ce contexte, le prochain sommet de l'OTAN, les 7 et 8 juillet prochains en Turquie, est un rendez-vous crucial au cours duquel ne manquera pas d’être abordée la question du retrait partiel de troupes américaines du Vieux Continent et de ses conséquences pour la sécurité de l'Europe.

L’Europe, une source de déstabilisation de la paix mondiale

Serguei Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe, a déclaré, mardi dernier, que l’Europe, par son soutien à l’Ukraine, redevient « la principale menace pour la sécurité mondiale ». Cela paraît certes un peu exagéré de la part du ministre d’un pays qui n’a pas hésité à attaquer son voisin européen. Un voisin qui cumulait les malchances : celles de ne pas être membre de l’OTAN et de l’UE, mais surtout d’avoir renoncé aux armes nucléaires héritées de la fin de la guerre froide au profit de la Russie. Un renoncement, à l'époque, garanti par les États-Unis, le Royaume-Uni et la France qui ne tinrent finalement pas leurs engagements, sinon par l’aide matérielle qu’ils consentent actuellement à l’Ukraine. Cette aide matérielle considérable permet actuellement à l’Ukraine de résister à l’offensive russe qu’elle a en partie contenue sur le front du Donbass même si la situation à Konstiantynivka n’est pas très claire.

Le 15 juin dernier, le général Holger Neumann, commandant en chef des forces aériennes allemandes, déclarait que la Luftwaffe était prête à combattre la Russie « dès ce soir, s’il le fallait ». La semaine dernière, lors de la réunion sur la reconstruction de l'Ukraine qui s'est tenue à Gdansk, en Pologne (à laquelle le président Volodymyr Zelensky n'a pas participé mais y a mandaté son Premier ministre, Yulia Svyrydenko, sur fond de querelle de retrait de décoration), Radmila Shekerinska*, secrétaire générale déléguée de l’OTAN, y a évoqué « la nécessité d’intensifier le soutien militaire apporté à l’Ukraine ».

Comment intensifier l’aide à l’Ukraine sans faire la guerre à la Russie

Depuis maintenant presque cinq ans, l’Union européenne aide financièrement l’Ukraine sans pour autant déclarer une guerre ouverte à la Russie. Ce chemin choisi est parsemé d’embûches d’autant que, outre une assistance de plus en plus significative, notamment depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, l’Europe prend à sa charge le paiement de plus en plus d’armements destinés à l’armée ukrainienne et souvent achetés aux États-Unis (comme les fameux missiles antiaériens Patriot).

Malgré des déclarations souvent excessives selon lesquelles les pays européens seraient déjà en guerre contre la Russie, dans les faits, mis à part la capture spectaculaire de pétroliers « fantômes » de la flotte commerciale russe, les forces armées européennes se sont bien gardées de « réveiller l’ours russe », et ce, au grand dam des autorités ukrainiennes qui souhaiteraient ardemment une aide plus efficace que celle des vingt et un trains de sanctions financières et économiques mises en œuvre par l’Union européenne, certaines depuis seulement mai dernier, avec le départ de Viktor Orbán.

Ainsi, rien ne démontre, pas plus aujourd’hui qu’hier, un engagement militaire imminent des pays européens aux côtés de l’Ukraine, même si tout pourrait évoluer si l’Ukraine entrait, en 2027, dans l’Union européenne. Toutefois, l'entrée d’un pays en guerre dans l’Union européenne n’est théoriquement pas possible. Qui plus est, certains gouvernements européens sont méfiants, voire hostiles, à ce projet. Ainsi, la Hongrie de Péter Magyar, successeur de Viktor Orbán, a-t-il déclaré qu'« il ne donnerait pas son feu vert, à moins que Kiev ne renforce les droits de la minorité hongroise de 70.000 à 80.000 personnes dans l’oblast de Zakarpattia, dans l’ouest du pays ».

La « drôle de guerre » d’Europe

Les pays européens, même s’ils se sentent concernés de près ou de loin par la guerre en Ukraine, sont donc dans une phase transitoire, au plan stratégique et militaire. L’économie de guerre n’est pas réellement mise en œuvre, sauf un peu en Allemagne où la Bundeswehr met les bouchées doubles pour atteindre ses effectifs de 1989, soit 460.000 personnels environ, dont 260.000 d’active, et ce, en 2035, au lieu des 184.300 d’aujourd’hui. Le plan de financement destiné à moderniser ses équipements et nommé « Bazooka » fait de l’Allemagne le premier pays européen en termes d’efforts en armements conventionnels, loin devant la France et le Royaume-Uni. Ces efforts militaires allemands partent d’une hypothèse : celle d’une présumée attaque russe à partir de 2030.

En Allemagne, point de plan à vingt ans ou à trente ans, mais la posture pragmatique d’un gouvernement qui poursuit des ambitions (inavouées, inavouables) de revanche à l’égard de la Russie (URSS, à l’époque) qui l’a obligée à lui céder des terres aujourd’hui « injustement nommées » « Russie occidentale », autour de l’ancienne ville hanséatique de Königsberg, la ville du grand philosophe des lumières Emmanuel Kant.

Alors, nous sommes bien dans une période d’attente qui pourrait peut-être durer jusqu’en 2030, à moins que d’ici là, d’autres surprises stratégiques ne surviennent.

 

*Femme politique macédonienne du nord, née en 1972, membre de l’Union sociale-démocrate de Macédoine dont elle est présidente entre 2006 et 2008, ancien ministre de la Défense de 2017 à 2022 et secrétaire générale déléguée à Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN depuis 2024.

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Vincent Arbarétier
Ancien officier, docteur en sciences politiques, expert géopolitique et militaire

Vos commentaires

80 commentaires

  1. Je lis : »En Allemagne, point de plan à vingt ans ou à trente ans, mais la posture pragmatiqud’un gouvernement qui poursuit des ambitions (inavouées, inavouables) de revanche à l’égard de la Russie (URSS, à l’époque) qui l’a obligée à lui céder des terres aujourd’hui « injustement nommées » « Russie occidentale », autour de l’ancienne ville hanséatique de Königsberg, la ville du grand philosophe des lumières Emmanuel Kant. »
    Voilà une phrase bien péremptoire !
    Il n’est pas etonnant que l’auteur de l’article s’est d’ailleurs bien gardé de l’étayer…

    • Merci! Je suis allée à Königsberg, berceau d’une des branches de mes ancêtres. Les « Germano-Russes » qui y vivent ne sont pas malheureux. L’ambre y est exploitée et travaillée. Les sous-marins russes y ont trouvé une base, un abri. C’est en effet un endroit où la Baltique ne gèle pas… »Les Russes veulent Königsberg, et un jour ils l’auront » disait-on autrefois…Sans compter ce qui a été donné aux Polonais…Mais attention, les Russes ne sont peut-être pas les plus dangereux!

  2. L’Europe en guerre contre la Russie, je la méprise et je préfère la quitter. L’Europe en guerre contre les Mollah et leurs proxy, y compris en France, je la respecte.

  3. A la fin des années 90, le Kossovo a voulu se séparer de la Serbie qui a refusé en réagissant durement. résultat: l’Otan a bombardé la Serbie pendant des mois, y compris les populations civile. Une dizaine d’année plus tard, le Donbass a voulu d’abord une fédéralisation pour pour pouvoir maintenir sa culture, l’Ukraine a alors bombardé le Donbass sauvagement pendant des années, entrainant la réaction de la Russie. Et qu’avons nous constaté? l’Otan vient au secours de l’Ukraine an bombardant le Donbass et la Russie.
    Le colonel Arbaretier pourrait m’expliquer cette bizarrerie comportementale de l’Otan?

    • OTAN… cette machine de guerre américaine. Il nous faut la quitter ainsi que l’UE et l’OMS. F R E X I T ! ! ! Paix aux hommes de bonne volonté.

  4. Les boshs n’ont pas eu assez de la dernière, ils en redemandent. Ils seraient pas un peu masos??

  5. Qu’ils y aillent les allemands ainsi on en sera débarrassés. Je n’en peux plus de cette guerre entretenue par les despotes européens qui pensent que ce sera leur heure de gloire. Foutez la paix à la Russie, arrêtez de financer l’Ukraine et la paix reviendra toute seule. On ne parle plus des raisons qui ont poussé la Russie à envahir l’Ukraine, car l’Europe y a largement contribué.

  6. Il n’y a que deux raisons pour lesquelles La Russie ferait la guerre à l’Europe de l’Ouest :
    L’Ukraine dans l’OTAN. Mais l’OTAN va finir par s’effondrer. Comme l’ONU, d’ailleurs.
    L’Europe de l’Ouest sous califat. Ça, l’Ours ne laissera pas passer.

      • Panpan,
        Il est exact que la Russie collabore avec l’Iran, notamment dans le domaine du nucléaire civil aux fins de produit d’électricité et pour le dessalement de l’eau de mer, ce que je trouve parfait et profitable au peuple iranien.
        C’est dans ce cadre électrogène que les Iraniens ont confié à l’atomiste russe Rosatom la mission d’équiper leur centrale civile de Bouchehr d’un un réacteur nucléaire russe à eau pressurisée VVER 1000V-406 d’une puissance électrique nette de 915 Mwe. Son combustible est de l’uranium 235 faiblement enrichi à 4,5 %. Son unique fonction est la production d’électricité et le dessalement de l’eau de mer pour la région de Bouchehr depuis son couplage en septembre 2011 au réseau électrique de l’Iran. Cette centrale est opérée par des atomistes iraniens avec le support technique de 198 spécialistes russes de Rosatom. Pour moi, il s’agit là d’une bonne et saine coopération.
        Bien que parfaitement informés que par sa conception le VVER 1000 ne peut pas produire de l’U235 ni du plutonium 239 de qualité militaire, Trump et Netanyahou n’ont pas trouvé mieux que de bombarder le 17 mars 2026 dans le cadre de l’opération Epic Fury cette centrale civile de Bouchehr sans aucune justification opérationnelle. Ces frappes intenses ont contraint Rosatom d’évacuer et rapatrier en Russie ses atomistes.
        Dans ce cas de figure, qu’on le veuille ou non, les agresseurs sont les Etats-Unis et Israël, et les victimes sont l’Iran et la Russie.

      • Cela vous étonne ? Quand l’Europe cherche la guerre avec l’ours elle trouve aussi le tigre.

    • Comme le dit si bien RIRI06 , pendant que les Russes aident l’Iran pour la survie de sa population, les US veulent l’anéantir.

  7. Un peu présomptueux les allemands : Que fera la Lutfwaffe contre les Sukhoï-27 et ses dérivés ( avions de chasse) ; sans compter les Tupolev, Antonov ( bombardiers)…La flotte aérienne Russe se positionne troisième mondiale… et les allemands ?

  8. Dommage sur ce sujet BV est aussi décevant que les autres médias aucune analyse objective sur l’attitude des uns et des autres, ni sur la subjectivité de notre ministre européenne des affaires étrangères dont une partie de la famille dans le passé avait été deportee par les russes, rien sur le refus de bases de l’Otan à ses frontières de la Russie comme Kennedy avait menacé la Russie en cas de présence militaire à Cuba? rien sur le sabotage des accords de Minsk par Merkel et Hollande avouée par Merkel dans son autobiographie, rien sur l’attitude ambiguë de Zelinski qui ne reste au pouvoir que grace à la guerre.

    • Et je crains fort qu’il serve de modèle à son grand copain Manuel Macron qui n’accepte pas de quitter son « trone ».

    • Il en sera de même pour notre Mozart de la finance. La guerre, la guerre, la guerre. Il n’a qu’à aller la faire sa guerre et en première ligne. Ma famille en a connu deux!…ÇA SUFFIT!…

  9. A Ray…faudra dire ça à vos deux chefaillons qui veulent rester dans l’Europe sans rien changer…

    • Venant d’un électeur du RN ça nous ferait rire si la situation de la France n’était pas si catastrophique vous nous expliquerez ce que le RN va bien pouvoir changer en Europe. Ça m’étonnerait que vous puissiez y arriver

  10. « Je connais 100 façons de faire sortir l’ours russe de sa tanière, je n’en connais aucune de l’y faire rentrer »… Talleyrand.

  11. Quel est la volonté réelle de ces va-en-guerre? Les Allemands ont au max 2000 avions de chasse. Combien de temps ce général peut il espérer qu’ils restent opérationnels sans travaux de maintenance ? Un Rafale nécessite 30 à 32 heures de maintenance au sol pour une heure de vol, selon les données du ministère des Armées. Ce temps de maintenance est réparti entre différends techniciens, mais ça démontre qu’au combat, ces 2000 avions nécessiteront 60000 heures de maintenance par heure de vol, soit 2500 jours…Ce général sait il au moins que la a Bundeswehr ne compte qu’environ 182 000 militaires dont 27 600 pour l’armée de l’air, ou ce général compte t’il trouver des techniciens pour l’entretien de ses avions et de nouveau pilots pour remplacer ceux qui seront abattus? Les allemands ont acheté leurs appareils aux Américains, ils sont donc soumis à L’ITAR (International Traffic in Arms Regulations), cette réglementation extraterritoriale qui contrôle l’exportation des matériels militaires US. Pour finir, les guerres d’ukraine et d’iran éclairent un fait important, l’assaillant n’arrive jamais à ses fins.
    Alors ce général est de la même veine que notre CEMA, choisit pour son allégeance au pouvoir allemand actuel…

    • Vous surestimez les capacités de l’Allemagne. Elle a 226 avions de chasse: 141 Euro fighter et 85 Tornado. Pour la France, c’est du kif: 185 pour l’Armée de l’air et 41 pour l’aéronavale. Total 226 également. La Russie en a plus que les deux réunis (486)…

      • La Russie est déjà aussi sur une économie de guerre et ça c’est la grosse différence ! La Russie est aussi extrêmement résiliente. l’Allemagne est un colosse aux pieds d’argile en comparaison.

  12. Oui l europe est belliqueuse avec la russie. Le parallele avec lla crise des missiles a cuba en 1962 est evident mais occulte. L europe a bien agressé la Russie en voulant faire entrer l Ukraine dans l otan. Encore un exemple de plus montrant le suicide de l europe we l ouest dirigée par des enfants gâtés qui n ont jamais manque de rien comme macron est l archétype

  13. ils arrêtent quand les belliqueux de sortir une connerie par jour , s’ils s’ennuient autant qu’ils pratiquent la boxe entre eux ou jouent aux échecs

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