“Nos enfants sont-ils si intelligents ?”

C’est la question que pose Le parisien.fr.

Les miens, indiscutablement. En toute objectivité. Peut-être parce que je n’ai jamais eu l’idée saugrenue de les qualifier de surdoués et qu’ils se sont accommodés d’eux-mêmes le moins mal possible.

Il paraît que “de plus en plus de parents font passer des de QI à leurs bambins, les pensant surdoués, ce qui est souvent loin d’être le cas. Un business florissant.”

On comprend pourquoi j’ai eu envie d’aborder avec humeur cette problématique des surdoués.

D’abord parce que je suis effaré d’apprendre qu’on fait passer délibérément des de QI à des enfants comme si leurs géniteurs avaient besoin de s’assurer, par des méthodes diversifiées mais étiquetées scientifiques, de la qualité intellectuelle et psychologique de ceux-ci. Au lieu de laisser la quotidienneté, la familiarité, la psychologie et l’affection offrir leurs leçons naturellement. Alors qu’il n’est rien de plus passionnant, sans recourir aux tests, que de découvrir un petit garçon ou une petite fille et d’identifier leurs forces et leurs faiblesses, leur tempérament, pour appréhender leur avenir avec optimisme ou inquiétude. Je suis mal à l’aise avec tout ce qui prétend quadriller et évaluer l’humain, non pas comme un outil de connaissance complémentaire qui peut avoir son utilité mais comme un dogmatisme vaguement scientiste qui s’imagine pouvoir vous priver de l’honneur, du bonheur et de la difficulté d’éduquer.

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Directement reliée à cette manie des tests, l’incroyable propension, aujourd’hui, à voir des surdoués partout. Les familles en seraient remplies. Combien de moqueries ai-je dû ravaler face à des mères ou des grand-mères qui déroulaient longuement leur histoire familiale qui n’était riche que d’enfants surdoués, exceptionnels, atypiques, sortant de la norme terriblement ennuyeuse des tout simplement et bêtement intelligents…

Cette mode est devenue grotesque qui offre l’opportunité et le confort, pour des parents dépassés, débordés, impuissants, de nommer surdoués souvent ces gamins qui se tiennent mal, n’écoutent pas, ne travaillent pas, s’ennuient, sont indisciplinés et constituent un mauvais exemple. Ils n’ont pas besoin d’autorité et de fermeté puisqu’ils sont en réalité au-dessus du lot et qu’une classe devrait se féliciter d’avoir ces trublions magnifiques !

Cette hypertrophie des surdoués donne envie de se pencher sur le sort de cette multitude de sous-doués qui, tant par leur comportement que par leur bonne volonté et leur normalité si reposante, se laisse conduire et enseigner sans que des soient devenus nécessaires pour rendre désespérantes de destinées que les parents avaient jugées encore rachetables.

Forçant le trait, j’ai parfois l’impression que l’école, en raison de la dégradation du rapport entre parents et corps enseignant, entre élèves et professeurs, à cause de l’investissement considérable qui doit être mis sur la discipline, l’ordre et l’obéissance, est presque coincée. Condamnée à focaliser sur les pires alors que les meilleurs demeurent en roue et en intelligences libres, forcément moins intéressants que ceux qui permettent à l’univers scolaire d’être à la fois compatissant et stérile.

J’attends avec impatience la mode des sous-doués. Une fois celle-ci dissipée, peut-être qu’après, enfin, on s’attachera au commun des élèves.

Ceux dont on ne parle jamais.

28 mai 2018

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